Les problèmes que rencontraient les personnels de santé en cette période de pandémie de coronavirus, notamment en matière de comportements violents de la part de certains accompagnateurs de malades, et en moyens de protection et d’équipements, semblent se résoudre progressivement, à mesure que la pression se fait moindre dans les hôpitaux.
Aussi, depuis la promulgation de la loi criminalisant les actes d’agressions verbales et physiques contre l’ensemble des personnels des établissements de santé publics et privés, il n’y a plus eu de médecins ou autres employés qui se sont plaints de mauvais comportements. Il y a toujours des malades ou leurs accompagnateurs qui se mettent en colère ou se font entendre pour une raison ou une autre, mais ce ne sont pas les agressions verbales d’il y a quelque temps. Quant aux agressions physiques, il n’y en a plus. Il semble que la loi a eu l’effet dissuasif escompté. C’est ce que nous confirme le Dr Kaidi Abdelhafid, médecin spécialiste en chef en maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik.
«Cette loi est tombée au bon moment, surtout en cette période de Covid-19 où nous subissons une grande charge de travail», dit-il, tout en notant que les agressions ne datent pas d’aujourd’hui. «Il faut savoir que les agressions, les personnels de la santé les vivent depuis un bon moment déjà, notamment au niveau des services des urgences où des parents qui ramènent un malade font preuve d’impatience, soit parce qu’ils doivent attendre soit parce qu’ils sont effrayés devant la situation d’urgence… Ce qui fait qu’après nous subissons leurs agressions verbales et physiques», a-t-il expliqué.
En cette période de pandémie, il y a eu «une recrudescence d’agressions, surtout à un moment donné où il y a eu une hausse du nombre de cas de coronavirus. Une situation qui a fait que nous n’avions pas beaucoup de place pour hospitaliser tous les malades qui se présentaient et que nous sommes passés à un autre mode de travail, à savoir prendre en charge les malades en ambulatoire, c’est-à-dire les traiter chez eux».
Mais durant cette période difficile, il n’y avait pas que les malades qui étaient là, il y avait «en même temps beaucoup de monde autour des unités Covid et l’attente était aussi très longue, ce qui a fait que les agressions devenaient de plus en plus fortes», témoigne Dr Kaidi. Devant ces agressions qui se sont multipliées dans de nombreux hôpitaux à travers le territoire national, et où les gens se filmaient et postaient leurs vidéos sur les réseaux sociaux, immortalisant leur agression, la situation était devenue insupportable pour l’ensemble des personnels de la santé. C’est pourquoi, «l’Etat a pris des mesures fermes qui ont eu des résultats», estime Dr Kaidi, argumentant que «la population est devenue plus sage en quelque sorte. Il n’y a plus d’agressions physiques. Il y a toujours des gens qui rechignent et d’autres qui parfois parlent fort parce qu’ils sont paniqués, effrayés, il y a aussi des caractériels, mais ce ne sont pas des agressions comme celles auxquelles on assistait avant. Elles sont moins intenses et les gens ne s’emportent plus aussi facilement».
Autre raison qui a fait que la situation s’est améliorée au niveau comportemental, révèle notre interlocuteur, c’est qu’il y a «plus de sécurité au niveau des urgences notamment, où les médecins travaillent maintenant de façon plus sécurisée, plus sereine». Il continue sur ce chapitre en affirmant qu’«effectivement, on peut noter qu’il y a une amélioration assez sensible en matière de sécurité et donc moins d’agressions verbales et pas du tout d’agressions physiques». Les résultats sont «très positifs car il ne faut pas oublier que nous travaillons déjà dans des conditions très difficiles et que nous sommes très fatigués, voire épuisés», a-t-il affirmé. Le personnel de l’EPH de Boufarik est le premier à avoir «côtoyé» la pandémie puisque les premiers cas de coronavirus en Algérie y ont été découverts au début de mars dernier. Il est donc à l’avant-garde depuis six mois. Entre temps, «beaucoup parmi les collègues sont tombés malades et les effectifs se sont retrouvés amoindris et n’ont pas été renforcés», poursuit Dr Kaidi pour illustrer «l’état d’épuisement» dans lequel se trouve le personnel resté sur le terrain.
Pour lui, la baisse des cas de Covid-19 qu’il constate au niveau de l’hôpital où il exerce ainsi que celle des cas graves et en réanimation, de même que la baisse des consultants, permettent au personnel de souffler un peu. «Nous avons plus de lits inoccupés qu’il y a une dizaines de jours et nous souhaitons que cela continue de la sorte afin que nous puissions reprendre notre souffle». Concernant les moyens de protection ainsi que les problèmes d’oxygène qui surgissaient parfois, le spécialiste en maladies infectieuses nous révèle qu’ils ne font plus face à ce genre de difficultés qui, à un certain moment, ont alimenté le débat.
Dr Kaidi conclut que s’il y a moins d’agressions, c’est «un tout». «Il y a eu la loi. Il y a aussi le fait qu’il y a moins de malades, donc on arrive à les prendre en charge très rapidement et donc il y a moins de mécontents et, par conséquent, moins d’agressions».
Pour rappel, la loi criminalisant les actes de violence en milieu hospitalier est entrée en vigueur au début du mois en cours. Elle œuvre à dissuader toute tentative d’agression contre le personnel soignant avec des sanctions pénales d’emprisonnement pour agressions verbales et physiques, pouvant aller jusqu’à la perpétuité en cas de décès de la personne agressée. n