Malgré les effets négatifs de la pandémie Covid-19, l’économie vietnamienne a enregistré une croissance de +2,91% en 2020, tirée par la production industrielle (+3,4%), les ventes au détail (+2,6%) et les exportations (+6,5%). Alors que l’économie mondiale devrait se contracter de -4,5% environ, le Vietnam est, a priori, la seule économie d’Asie de l’Est à connaître une croissance positive en 2020, avec la Chine et la Birmanie.

Après un troisième trimestre qui a vu la croissance repartir nettement (+2,69%, après +0,39% au T2 et+3,68% au T1), les données de l’Office Général des Statistiques du Vietnam (GSO) confirment la reprise en cours depuis la mi-2020, avec un résultat de +4,48% au T4. Sur l’ensemble de l’année, la croissance est de +2,91%. L’activité a été inégalement répartie selon les secteurs: agriculture (+2,68%), industries et construction (+3,98%), services (+2,34%). A l’intérieur de chaque secteur, les évolutions ont été contrastées, les services notamment ayant été affectés par la perte des revenus des activités liées au tourisme. Selon le GSO, la production industrielle du Vietnam a augmenté de +9,5% en décembre 2020, soit un résultat de +6,3% sur le 4e trimestre, et de +3,4% sur l’année. Le creux du deuxième trimestre (+0,2%, après +5,6% au T1) a été effacé dès le T3 (+2%), le T4 venant confirmer le net rebond de l’offre. Parallèlement, la demande a retrouvé son dynamisme avec une progression des ventes au détail de +9,4% en g.a. en décembre, soit un résultat total de +2,6% sur l’année. Encore ce dynamisme est-il ralenti par la crise que traversent les secteurs exposés au tourisme. L’économie du Vietnam a progressé de +4,5% au quatrième trimestre, et de +2,91% sur l’ensemble de 2020.
Les ventes en détail de marchandises ont crû de +6,8%, mais celles de l’hôtellerie-restauration ont reculé de -13%, et les services de voyage ont plongé de -60%. Au mois de décembre, le taux d’inflation a atteint +0,19% en g.a. Sur les 12 mois de 2020, ce taux est de +3,23%. Le Gouvernement a donc atteint son objectif d’une inflation inférieure à 4%. Côté IDE, les engagements diminuent de -25% pour un total de 28,5 Mds USD, selon l’Agence des investissements étrangers (FIA) relevant du Ministère du Plan et de l’Investissement. S’il traduit un recul, ce résultat reste encourageant dans un contexte où la CNUCED estime que les IDE vers l’Asie de l’Est baisseront de 30 à 45% en 2020.
Plus qu’au cours des années précédentes, ce sont les exportations qui ont tiré la croissance. Selon le GSO, les exportations en décembre ont augmenté de +17,6% en g.a. pour atteindre 26,5Mds USD (+5% par rapport à novembre). Les importations progressent de +22,7% en g.a. à 27,5 Mds USD (+11,5% par rapport à novembre). Si le mois de décembre dégage, en conséquence, un déficit commercial de 1 Md USD, la performance du Vietnam sur l’ensemble de l’année 2020 est remarquable: les exportations (281,5 Mds USD) ont connu une croissance de +6,5%, les importations (262,4 Mds USD) ont été contenues à +3,6%, dégageant un excédent commercial historique de 19,1 Mds USD. Les téléphones et composants continuent d’occuper la première place des exportations du pays à 50,9 Mds USD (-1%), même si la part des ordinateurs et composants se renforce (44,7Mds USD; +24,4%). Viennent ensuite le textile-habillement (29,5Mds USD; -10,2%), les machines et équipements (27Mds USD; +47,8%) et les chaussures (16,6Mds USD; -9,6%). Sur la même période, la structure des importations demeure concentrée sur les produits électroniques/ordinateurs (64Mds USD; +24,6%), les machines et équipements (37,4Mds USD; +1,7%), les téléphones et composants (16,6 Mds USD; +13,3%), et les produits textiles (11,8Mds USD; -11,1%). En 2020, les États-Unis demeurent le plus grand client du Vietnam à 76,4Mds USD (+24,5%), suivis de la Chine (48,5Mds USD; +17,1%), de l’UE (34,8Mds USD; -2,7%) et des pays de l’ASEAN (23,1 Mds USD; -8,7%). Côté importations, la Chine reste le plus important fournisseur du Vietnam avec 83,9Mds USD, en hausse de +11,2%. Suivent la Corée du Sud (46,3Mds USD; -1,5%), les pays de l’ASEAN (30Mds USD; -6,9%), le Japon (20,5 Mds USD; +5%) et l’UE (14,5Mds USD, +3,5%). Le confinement strict mis en place en avril contre le Covid-19 a été levé au bout de trois semaines et l’économie a rapidement rebondi (alors que la croissance du deuxième trimestre a été quasi-nulle à 0,4%, celle du troisième trimestre est repartie à 2,6%). Certes, la fermeture des frontières s’est traduite par l’effondrement des revenus du tourisme et, couplée à la récession des principaux marchés d’expatriation des travailleurs vietnamiens, par un recul de près de 8% des transferts des communautés vietnamiennes de l’étranger. Mais d’autres facteurs ont pris le relais. Ainsi la production industrielle et les ventes au détail, qui avaient reculé respectivement de -15% et -21% en g.a. en avril, sont reparties dès le mois de mai. En octobre, ces deux indicateurs progressaient de +5,4% et +6,1% en g.a., puis de +9,2% et +8,5% en novembre, et enfin de +9,5% et +9,4% en décembre. Un résultat qui s’explique par la maîtrise rapide de l’épidémie.
Ce rebond a été accompagné par une politique budgétaire accommodante (les dépenses publiques ont augmenté de 40% en glissement annuel). Depuis le début de la pandémie, le Gouvernement a vu ses recettes baisser (-11%) mais ses dépenses augmenter (+8%). La bonne surprise, en dernier lieu, est venue des exportations (+6,5%, à 281,5 Mds USD) dont la performance n’était pas nécessairement attendue, compte tenu de la récession qu’ont connue les principaux débouchés du Vietnam.
Une partie de ce résultat est évidemment due au fait que le Vietnam a maintenu ses usines ouvertes (en dehors des trois semaines de confinement en avril). Il s’appuie également sur la croissance des exportations à forte valeur ajoutée (informatique, électronique, téléphonie), qui a plus que compensé la mauvaise performance des secteurs traditionnels (textile-habillement, produits agricoles). A terme, imbriqué dans un réseau dense d’accords de libre-échange (directement ou à travers l’ASEAN), le Vietnam devrait voir ses exportations soutenues par trois accords majeurs, qui couvrent, selon les estimations du Ministère de l’Industrie et du Commerce, 81% des échanges extérieurs du pays: il s’agit du CPTPP, conclu en décembre 2018, de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne (entré en vigueur le 1er août 2020) et du RCEP (conclu en novembre 2020). Alors que l’OMC estime que le commerce mondial devrait se contracter de 10% environ en 2020. n