Par Alice PHILIPSON
Le Vietnam s’est fixé des objectifs ambitieux pour le climat, mais le pays asiatique peine à se sortir de sa dépendance aux énergies fossiles, allant jusqu’à emprisonner des militants écologistes qui s’opposent à ses projets de centrales à charbon. Hanoï a promis de suivre le mouvement lancé lors de la COP26 l’an dernier, qui a appelé à la « réduction » de la part du charbon, désigné explicitement pour la première fois comme l’un des principaux responsables du changement climatique. « Mais ce n’est pas vraiment ce que le Vietnam réalise sur le plan national », explique Nandini Das, chercheuse du groupe de réflexion Climate Analytics. Le pays de 98 millions d’habitants essaie de se tourner vers les énergies renouvelables pour alimenter sa croissance, l’une des plus élevées de la région, mais la politique autoritaire du gouvernement communiste met en péril son engagement d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Quatre activistes écologistes de premier rang ont été envoyés en prison cette année, parmi lesquels Nguy Thi Khanh, qui a reçu en 2018 le prix Goldman pour l’environnement, le « Nobel vert », condamnée à deux ans derrière les barreaux pour évasion fiscale. Une accusation « inventée » par les autorités, ont dénoncé plusieurs organisations de défense des droits humains, dans une lettre ouverte au secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, qui s’est rendu au Vietnam fin octobre.
« Avec des figures écologistes en prison, je pense qu’il y a des doutes sérieux sur la capacité du pays à atteindre ses objectifs », estime Michael Sutton, le directeur du prix Goldman pour l’environnement. « Des figures comme Mme Khanh sont importantes pour construire le soutien du public » vers des pratiques plus vertes, poursuit le responsable. Derrière la Chine et l’Inde, le Vietnam est le troisième pays dans le monde le plus impliqué dans les centrales à charbon, en matière de capacités de production existantes et à venir, selon l’organisme indépendant Climate ActionTracker. La part du charbon dans son mix énergétique est passée de 33% en 2015 à 52%en 2021, a relevé le groupe de réflexion Ember. Dans le même temps, la part du solaire a bondi de 2% en 2020 à 10% l’année suivante, l’une des hausses les plus importantes dans le monde, a souligné Ember.

Le boom du solaire
Le Vietnam prépare sa sortie du charbon par des investissements, ou des subventions à l’achat de panneaux photovoltaïques, qui en ont fait le dixième pays au monde en termes de capacité de production d’énergie solaire. Les effets de cette politique se font ressentir jusque dans un village reculé du delta du Mékong (sud), où Doan Van Tien arrose ses avocats, fraises et mandarines grâce à une pompe hydraulique alimentée par des batteries solaires.
« Ca a beaucoup changé ma vie », déclaré l’agriculteur, qui peut désormais arroser ses arbres fruitiers sans avoir à payer pour l’essence qui alimentait le vieux groupe électrogène utilisé jusque-là. Ce changement a été rendu possible grâce à l’ONG créée par Nguy Thi Khanh,GreenID. Hanoï veut reprendre à son compte la dynamique. Les derniers objectifs climat publiés en juillet par le ministère de l’Environnement sont « clairs et bien plus ambitieux que (les) précédents », a remarqué Thang Do, chercheur en politique publique à l’Université nationale d’Australie. Dans sa nouvelle stratégie, le gouvernement veut réduire de 43,5% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, alors que son précédent objectif était de 9%. Les autorités prévoient un pic d’émissions de gaz à effet de serre en 2035 avant une baisse drastique jusqu’à la neutralité carbone en 2050. Mais il reste à voir comment Hanoï va mettre en pratique ses intentions, d’autant que celles-ci restent difficiles à déchiffrer, notamment en raison de la répression visant des militants qui contribuaient à sa transition énergétique.
Dang Dinh Bach, un autre activiste derrière les barreaux, a travaillé pour informer les riverains des projets de centrales à charbon sur les risques posés par ces projets en matière de santé. « Il leur a donné des conseils pour qu’ils comprennent leurs droits et puissent les mettre en pratique », explique à l’AFP sa femme, Tran Phuong Thao.
Souvent, les habitants étaient « surpris et furieux », se rappelle-t-elle. « Les gens n’avaient aucune information sur ces projets ».
Si le Vietnam est engagé dans une course contre-la-montre contre le changement climatique, qui menace sa population dense concentrée le long du littoral en raison de la montée des eaux, il faut rester patient, prévient Thang Do. « Toute l’économie dépend du charbon, donc c’est très difficile de faire changer les choses », explique-t-il.
« Ce n’est pas une décision facile de fermer une centrale à charbon pour aller ensuite vers le solaire ou l’éolien, ça prend beaucoup de temps et de ressources, et les mentalités doivent aussi changer », insiste-t-il.Source AFP