Le drame des personnes brûlées est venu s’ajouter aux incendies qui ont ravagé la wilaya de Tizi Ouzou, outre les autres wilayas du nord du pays, d’Est en Ouest, qui vivent un véritable calvaire depuis lundi dernier.

PAR INES DALI
Le nombre des victimes, qui resteront à jamais traumatisées par ce qu’elles ont vécu, n’a pas pu être contenu au CHU Mohamed-Nedir de la wilaya. La gravité de leur état ne permet pas non plus de les soigner dans cet hôpital qui, dès l’arrivée des premières victimes, leur a réservé un chapiteau, où elles y ont été installées après avoir reçu les premiers soins. Un plan ORSEC a été aussitôt déclenché par la direction générale de cet hôpital et l’ensemble des staffs de la direction, les personnels médical et paramédical ont été priés, de suite, de rejoindre leurs postes au niveau de l’établissement.
Les hôpitaux de certaines localités fortement touchées par les incendies ont failli être anéantis par les incendies. C’est le cas de l’hôpital de la daïra d’Aïn El Hammam qui a été encerclé par les flammes mercredi et où, selon les témoignages des habitants, «grâce à la mobilisation de la Protection civile, des jeunes de la région et du personnel que le feu a pu être maîtrisé». Devant ce grand risque d’être emporté dans un hôpital et face aux moyens certainement insuffisants dans les localités près duquel les flammes sévissent, il est devenu impératif et urgent d’évacuer les personnes victimes des brûlures vers le grand CHU du chef-lieu de la wilaya.
L’appel urgent à tous les staffs de rejoindre leurs postes au CHU Mohamed-Nedir a mobilisé tous les concernés. Mais loin de suffire, face au flux important des victimes, des équipes dépêchées de la capitale se sont rendus à Tizi Ouzou. Le ministre de la Santé a instruit les responsables des centres des grands brulés, à savoir du Centre Claudine et Pierre Chauletet celui de Douéra, de prendre en charge toutes les victimes transférées vers leurs services.
Parmi les brûlés, il y a des personnes de tous les âges, y compris un nourrisson qui a perdu la vie deux jours après avoir été évacué vers la clinique centrale des grands brûlés Pierre et Claudine Chaulet. C’est la directrice générale de ce centre, connu également sous le nom de la Clinique Pasteur, qui l’a annoncé. «Nous avons reçu au sein de cette structure, lundi dernier, dès l’instruction du ministre de la Santé de prendre en charge les victimes d’incendies, neuf enfants de Tizi Ouzou», a indiqué la directrice générale Mme Farida Sedouki.
Malgré tous les efforts déployés par un personnel spécialisé et connu par sa compétence en la matière, la vie de trois victimes des fous incendies n’a pas pu être sauvée. Il s’agit d’«une fillette de huit mois qui est décédée ce matin et dont la mère et la grand-mère sont actuellement hospitalisée à l’hôpital de Douéra pour brûlures graves», a-t-elle fait savoir. En outre, deux autres «adolescents de quatorze ans sont décédés» des suites de la gravité de leur état, de même qu’un autre enfant est mis sous soins intensifs, tandis que d’autres sont pris en charge dans les salles de soins, selon la directrice générale. Celle-ci a tenu à noter qu’une équipe médicale spécialisée de cette clinique a été envoyée à Tizi Ouzou en mission, pour prêter assistance, prodiguer des soins sur place et transférer les cas jugés graves au centre grands brûlés Pierre et Claudine Chaulet.
Au Centre des grands brûlés du CHU de Douéra, les staffs spécialisés, dont certains se sont également déplacés à Tizi Ouzou, continuent de recevoir des malades dont les cas sont graves et ne peuvent être pris en charge dans leur wilaya. Le Pr Djafar Bacha, chef d’unité des grands brûlés de ce CHU a apporté son témoignage dans une déclaration au site spécialisé essaha. «Ce sont de grands brûlés que nous sommes en train de recevoir», a-t-il dit avant de détailler un peu plus. «La superficie de leurs brûlures comprend les membres supérieurs, le tronc, le visage, le cuir-chevelu… Ces malades ont inhalé et respiré la fumée et l’air chaud. Donc, ils ont même un signe de gravité de cette inhalation au niveau des poumons. Ce qui aggrave leur pronostic», a-t-il expliqué. On fait le maxium pour leur prise en charge, pour sauver ces malades», a soutenu le Pr Bacha. Pour sa part, le directeur général de ce CHU, Mustapha Hamoumou, a précisé que cet établissement a pris «toutes les dispositions pour prendre en charge les grands brûlés adultes des incendies de Tizi Ouzou et que ce CHU est, justement, le seul qui prend en charge les adultes. Il fera savoir, par la même occasion, que dès le début, onze brûlés graves, transférés depuis la ville des Genêts, ont été pris en charge immédiatement à Douéra, rassurant que les malades «continuent d’arriver et nous sommes prêts à recevoir autant qu’il faut», avant de souligner avoir dépêché une équipe médicale et paramédicale au CHU de Tizi Ouzou, avec tout le matériel nécessaire pour prendre en charge les brûlés moins graves.

Grand besoin en médicaments pour brûlés
L’autre wilaya la plus touchée par les incendies étant Béjaïa, des équipes ont également été envoyés pour «renforcer les équipes médicales présentes sur place en vue d’une meilleure prise en charge des brûlés et autres victimes des incendies enregistrés ces jours-ci», a affirmé le secrétaire général du ministère de la Santé, le Pr Abdelhak Saïhi. Au total, ce sont 28 spécialistes en soins de brûlures, entre médecins et infirmiers qui été dépêchés aux wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa, selon le même responsable.
Outre les staffs médicaux et paramédicaux, il y a aussi un grand besoin en médicaments pour brûlés, comme le tulle gras, la Biafine et autres. Dans de sens, encore une fois, la bravoure du peuple algérien était et reste au rendez-vous. C’est ainsi que des dons ce sont organisés pour les médicaments, après les dons des denrées alimentaires, literie, eau minérale, couches pour bébés, produits d’hygiène, etc. Des dons qui sont acheminés depuis toutes les contrés du pays notamment vers Tizi Ouzou, mais également vers Béjaïa, Skikda et toutes les autres wilayas dans le besoin. Des laboratoires se sont également organisés et des équipes se sont déplacées à Tizi Ouzou. En plus des aides en médicaments et autres consommables pour brûlés, ils n’ont pas oublié de doter la wilaya de Tizi Ouzou d’autres matériels nécessaires à d’autres maladies (comme le diabète, l’hypertension) qu’on a tendance à oublier devant l’ampleur des dégâts des incendies ravageurs.
Des incendies qui resteront à jamais marqués dans les esprits, mais qui, sans aucun doute, marqueront à jamais ceux qui les ont «côtoyé» de très près, ceux qui en garderont, désormais, des traces indélébiles…