C’est peut-être la première fois qu’un chiffre officiel et aussi précis est fourni par le Comité international de la Croix-Rouge sur le bilan de cette guerre effroyable qui a déchiré les deux pays dans les années 1980.

Par Anis Remane
En visite de travail de 48 heures en Iran, le Directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Robert Mardini, a révélé, lundi 9 mai à Téhéran, qu’il y avait encore 40 000 disparus de la guerre entre l’Iran et l’Irak. « Nous appuyons l’effort des deux gouvernements pour éclaircir le sort des disparus. Chaque année, il y a entre 600 à 800 restes humains qui sont rendus aux familles », a-t-il encore indiqué, rappelant le sort des dizaines de milliers de personnes portées disparues dans l’effroyable guerre qui avait opposé les deux pays entre 1980 et 1988.
Une tragédie pour les familles, condamnées à vivre depuis une quarantaine d’années dans l’attente et l’incertitude, sans pouvoir clore ce douloureux chapitre de leur existence. Le Directeur général du CICR a rappelé le soutien de son organisation au travail des autorités iraniennes et irakiennes pour le rapatriement des dépouilles de ressortissants des deux pays, en formant des médecins légistes et en fournissant du matériel spécialisé aux laboratoires de médecine légale tant en Iran qu’en Irak. La question des disparus de la guerre Irak-Iran est restée d’actualité dans les deux pays depuis la fin du conflit. Elle n’a pas totalement disparu malgré le passage du temps et le changement des autorités au pouvoir mais a connu un regain d’intérêt à l’échelle internationale depuis octobre 2014 au moins. Depuis cette année, et à la suite de rencontres de hauts représentants des deux pays organisées à Genève sous l’égide du CICR, des progrès sont réalisés. Le Comité tripartite – Iran, Irak, CICR – avance, en effet, dans la résolution des affaires de disparition liées à la guerre des années 1980 et au rapatriement des dépouilles des soldats morts durant ce conflit. En décembre 2021, et dans le cadre des nombreux échanges opérés depuis 2014, l’Irak a remis à l’Iran les restes de 55 soldats tués. Les restes des soldats iraniens avaient été retrouvés dans les zones frontalières irakiennes avec l’Iran, théâtre de combats violents entre les deux parties à l’époque du conflit. Début février 2022, le Croissant-Rouge irakien a annoncé la découverte des dépouilles de 629 soldats irakiens morts durant cette guerre et avait appelé les familles des défunts à les récupérer. L’ONG avait, en coordination avec le Département des prisonniers et des personnes disparues relevant de la Direction des droits humains du ministère de la Défense, publié la liste des noms de ces 629 victimes portées disparues. Le comité conjoint Iran-Irak-CICR procède toujours à la recherche des dépouilles de centaines de personnes portées disparues dans ladite guerre. Mais c’est la première fois que le CICR, lundi 9 mai, fournit une statistique officielle sur le nombre de personnes portées disparues. La guerre entre l’Iran et l’Irak a fait environ un million de morts des deux côtés et causé des pertes économiques estimées à environ un milliard de dollars, selon des statistiques non officielles. Le rapprochement des deux pays – un processus laborieux mais réel entre Baghdad et Téhéran depuis la chute de l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein, en 2003, après l’arrivée en Irak des troupes américaines- facilite leur collaboration sur la recherche des disparus.

Cinq millions de réfugiés afghans en Iran
Lors de son déplacement à Téhéran, lundi 9 mai, le Directeur général du CICR a discuté aussi avec les autorités iraniennes de la situation des réfugiés afghans ayant fui leur pays après la prise de pouvoir par les talibans. « L’Afghanistan a été très présent dans nos conversations, spécialement avec les développements dont nous avons été témoins en août avec le changement de gouvernement » à Kaboul, a déclaré Robert Mardini.
« Les discussions ont été positives. Nous avons abordé les moyens d’aider le Croissant-Rouge iranien à offrir des services de qualité et des services de santé de base pour les migrants et réfugiés afghans », a-t-il précisé au terme d’une visite de 48 heures en Iran. Depuis la prise de pouvoir par les talibans à Kaboul en août, environ un million d’Afghans ont pris refuge en Iran, pays frontalier de l’Afghanistan, selon l’agence officielle de presse Irna. Plus de cinq millions d’Afghans sont réfugiés au total en Iran selon les Affaires étrangères iraniennes. « Nous l’avions déjà fait durant la pandémie du Covid-19 lorsque le Croissant-Rouge iranien, avec notre appui, a pu fournir un service de vaccination aux migrants afghans ainsi qu’à la communauté qui les accueillait », a ajouté M. Mardini. Il a indiqué avoir parlé avec des responsables des Affaires étrangères et de l’Intérieur de « la situation au Yémen, en Syrie, de la crise alimentaire qui frappe la population civile, comme au Yémen, des conséquences des conflits armés, des changements climatiques avec l’accroissement des sécheresses et des inondations qui affectent la population ». n