Une nombreuse foule a accompagné, hier, à sa dernière demeure, au cimetière de Bouzourane dans la wilaya de Batna, la comédienne et costumière Loubna Belkacemi, morte tragiquement dans un accident de la circulation survenu dans la nuit de samedi à dimanche dernier à Stil, dans la wilaya d’El Oued, qui a coûté la vie à 13 personnes et fait près d’une cinquantaine de blessés.

Le directeur du Théâtre national algérien, Mohamed Yahyaoui, qui est également l’ancien directeur du Théâtre régional de Batna, nous a confié, hier : «Je suis vraiment attristé par la perte tragique de Loubna. C’est une grande perte pour le théâtre algérien car c’était une artiste talentueuse, qui avait encore beaucoup de grandes choses à donner au quatrième art. » Il poursuit en témoignant que «c’est quand j’étais directeur du théâtre régional de Batna que j’ai découvert cette artiste aux multiples talents. Je lui ai ouvert les portes du théâtre pour qu’elle puisse exprimer toute sa créativité ». Mohamed Yahyaoui souligne qu’elle avait débuté sur les planches en participant aux spectacles de chorégraphies, puis en tant que comédienne. Il ajoute qu’«il faut savoir qu’elle était aussi conceptrice de costumes de scène ». Loubna avait ainsi réussi à mettre sur pied un atelier de conception de costumes qui a collaboré avec plusieurs théâtres et réalisateurs du pays. Le directeur du théâtre algérien témoigne aussi que la défunte avait de grandes qualités humaines et une grande passion pour le théâtre qu’elle savait partager avec son entourage. «Elle a aussi contribué par son savoir-faire et sa sociabilité à ce que le public de la région revienne en grand nombre au théâtre. Je me souviens aussi que sa famille et ses proches étaient présents à toutes les représentations et c’était un grand honneur pour nous», a-t-il affirmé. Mohamed Yahyaoui conclut d’une voix émue : « C’est tragique de mourir aussi jeune alors que l’on encore toute la vie devant soi. Je compatis à la douleur de sa famille et de toute la grande famille du théâtre, c’est une grande perte pour nous. »
La nouvelle de sa mort a aussi bouleversé la famille artistique locale, a affirmé pour sa part, le directeur du Théâtre régional de Batna (TRB), Djamel Noui, qui a souligné à l’APS que « Loubna Belkacemi était aimée par tous et avait une présence remarquée dans les spectacles dans lesquels elle participait ». Sa dernière contribution au côté du TRB a été la conception des costumes de la pièce « Rahine » (Otage) présentée lors du Festival du théâtre arabe organisé du 10 au 16 janvier en Jordanie.
Très affecté par sa disparition, le comédien et réalisateur Ramzi Kedja se souvient avec émotion des débuts au théâtre de Loubna, en 2008, et de sa participation comme danseuse de ballet dans « Arrous El matar », où elle a interprété le rôle principal ainsi que sa participation au spectacle chorégraphique « Ettahadi » de Riadh Beroual en 2014.
Disparue à l’âge de 34 ans, Loubna Belkacemi a aussi joué dans plusieurs pièces dont « Amghar thamnoukalt » de Ramzi Kedja, présentée au Festival culturel du théâtre amazigh en 2016, et à « L’épopée de la grande Constantine », signée par Baouzi Benbrahim pour la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe ». Pour sa part, la comédienne Nawal Messaoudi a considéré que la scène artistique a perdu avec la mort de Loubna « une artiste sensible, une comédienne capable de jouer avec talent dans des pièces aussi bien en arabe qu’en tamazight, une costumière créative et une femme d’une immense gentillesse ». La plupart des comédiens et réalisateurs approchés par l’APS se sont accordés à reconnaître à Loubna, qui a perdu tôt son père et n’a qu’un frère unique, « sa passion » pour le théâtre qui fut pour elle aussi un challenge qu’elle a bien réussi en s’affirmant en tant que comédienne et costumière autodidacte aux talents reconnus. n