Un nouvel axe algéro-allemand semble se construire, les deux Etats se rapprochant l’un de l’autre à la faveur ou à cause d’un « contexte » géopolitique et régional nouveau.

Le vice-ministre allemand auprès du ministre fédéral de l’Economie et de l’Energie, Uwe Karl Beckmeyer, lui, parle d’un « contexte régional difficile et tendu », et l’Algérie, à ses yeux, « est un pays méditerranéen stable » avec lequel l’Allemagne gagnerait beaucoup en y investissant, principalement dans l’industrie.

C’est ce que cherche justement la partie algérienne, engagée dans une course contre la montre pour réinventer une industrie diversifiée trop longtemps grignotée par l’import-import. Le partenariat économique entre les deux pays n’est pas nouveau, et depuis le début des années 2000, il n’a cessé de progresser, même si c’est timidement, avec à l’appui de grands noms – Henkel, Siemens, Mercedes – y compris dans l’industrie militaire ; avec l’implantation de l’usine Rheinmetall à Aïn Smara pour la construction de blindés pour le compte de l’Armée. En revanche, ce qui est nouveau, c’est qu’un nouveau cycle dans le partenariat entre les deux pays est en train de se dessiner et de s’installer. « Nous voulons investir en Algérie et transformer les opportunités dans tous les domaines – infrastructure, énergie, industrie – en créant des entreprises communes, qui à leur tour créeront de l’emploi et de la prospérité pour les jeunes Algériens afin qu’ils se disent : Non, je ne veux pas quitter l’Algérie », a affirmé M. Beckmeyer, certain que « si Mme Merkel avait pu venir, elle aurait dit la même chose ». Il a souhaité voir son pays, et d’autres d’Europe, contribuer à la diversification de l’économie algérienne à travers la création de nouvelles industries génératrices d’emploi et la formation de jeunes Algériens.
Les Allemands ne s’en cachent pas nécessairement, mais la « crise migratoire » qui a fait vaciller l’Europe, l’Allemagne en tête, n’est pas étrangère à leur volonté d’intensifier leurs relations économiques avec les pays méditerranéens ; à plus forte raison que l’hôte d’Alger est issu du parti social-démocrate, le SPD, qui forme, aux côtés de la CSU, la coalition au pouvoir. Ce sont ces mêmes partis qui ont mis sous pression Merkel pour agir face à la crise migratoire, lui proposant, début janvier 2016 au cours d’une réunion en Bavière – à laquelle elle avait été d’ailleurs conviée – de classer l’Algérie dans la catégorie des « pays sans risque », ce qui conduirait à ne plus accorder d’asile aux demandeurs de nationalité algérienne – ce qui avait été proposé pour le Maroc et la Tunisie. M. Beckmeyer insiste d’ailleurs sur cette nouvelle offensive de politique voisinage qui consiste à fixer les populations dans leur pays d’origine par l’économique, allant jusqu’à se servir de la tribune qui lui a été offerte hier pour appeler les partenaires européens à investir – et à s’investir – dans la région pour le même objectif. C’était ce même projet défendu par la chancelière allemande Merkel que son représentant fédéral est venu expliquer, lui, qui a été à l’origine du rapport parlementaire « Intégrer les économies du pourtour méditerranéen », qu’il a présenté lui-même, il y a deux ans, à la Commission de l’économie et de la sécurité de l’Otan. Un pourtour fragmenté, imperméable aux « efforts pour apporter unité et ordre à cette région très diversifiée [qui] ont invariablement abouti à un échec », écrivait-il. Certainement, si Angela Merkel était absente hier pour les raisons que l’on sait, son message politique était bien présent.