Les prix du pétrole sont tombés sous la barre des 50 dollars, soit une chute importante jamais vue depuis 2014. Comme l’économie nationale reste très dépendante des fluctuations des cours du brut, elle sera très affectée si cet effondrement des prix du pétrole se poursuit ou, plus concrètement, si l’épidémie du coronavirus n’est pas contenue et qu’elle prenne une plus grande ampleur au point d’avoir des répercussions très fâcheuses sur la croissance mondiale et partant sur la demande de brut. Des spécialistes pétroliers anticipent des prix du pétrole à moins de 40 dollars pour le Brent si ce scénario se produit. D’autres, à l’instar des analystes de l’Agence internationale de l’énergie, optimistes, prévoient un renversement de tendance le second semestre 2020. Pour l’Algérie, une baisse de 10 dollars le baril équivaut à une perte de 6 milliards de dollars, de 20 dollars à plus de 10 milliards.
L’espoir de voir l’Opep et les non Opep prendre les choses en main et stabiliser le marché s’est envolé, vendredi, avec l’échec de la réunion qui devait décider d’une nouvelle baisse de production pour enrayer cette chute des prix du pétrole. Cette indécision fait craindre le pire, à savoir un nouveau choc pétrolier si cette dépression des prix de l’or noir perdure au cours des prochains mois, voire de l’année 2020. L’Algérie dans ce scénario verra ses recettes tirées des exportations d’hydrocarbures tomber de 30 milliards de dollars à 20 milliards de dollars annuellement.
Une situation qui va exercer des pressions sur les réserves de change qui vont fondre plus rapidement que prévu et qui va agiter le spectre du recours au Fonds monétaire international (FMI) et donc accroître le risque d’un nouveau plan d’ajustement structurel dont l’Algérie connaît déjà l’avant-goût.
Le plan d’action compromis ?
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’Algérie est armée face à un éventuel choc pétrolier ? La réponse est à l’évidence non. Il faut remonter au choc pétrolier de juin 2014 pour s’en rendre compte. Qu’on se rappelle les hésitations du gouvernement Sellal qui, pour avoir jugé au départ que les cours du pétrole allaient remonter, a attendu jusqu’à fin 2015 pour concocter un plan anticrise accompagné de l’application de réformes pour sortir de cette situation de crise financière. A l’exception de mesures d’urgence telles que les coupes budgétaires, en particulier le gel de la masse salariale des fonctionnaires, le gel des projets d’infrastructures, le plan n’a pas été suivi dans son volet réformes. Le gouvernement Ouyahia, qui lui succédait, allait, lui, fermer cette parenthèse en matière de plus grande rigueur des dépenses budgétaires.
Il n’a pas trouvé mieux que de recourir à un artifice, la planche à billets pour financer les dépenses de l’Etat. Comme le précédent, cet Exécutif a fait passer à la trappe les réformes qui devaient affranchir notre économie de la dépendance pétrolière.
Depuis, la tendance dépensière, qui était l’un des traits de la gouvernance des années 2000, s’est poursuivie sans contrepartie en matière de mobilisation de nouvelles ressources financières hors hydrocarbures. En un mot, depuis 2014, année du choc pétrolier, rien n’a été fait de véritablement significatif en matière de diversification de l’économie nationale ni en matière de réduction de la dépendance à l’égard des hydrocarbures. Près de trois mois après l’investiture du Président de la République, le gouvernement Djerad n’a pas véritablement de feuille de route à moyen terme précise permettant d’inverser les tendances en matière d’équilibres financiers extérieurs.
Cela est d’autant plus regrettable que cette situation financière risque de compromettre le plan d’action du gouvernement d’autant que les moyens financiers dont dispose actuellement l’Algérie risquent encore de se réduire. Si le scénario d’un prix du pétrole à moins de 50 dollars se prolonge, il est clair que cela risque de remettre en cause une partie du plan d’action du gouvernement Djerad. Il ne faut pas oublier que ce plan d’action prévoit une longue série de nouvelles dépenses budgétaires, notamment la création de nouvelles structures, dépenses pour effacer les zones d’ombre guère adossées à la mobilisation de nouvelles ressources financières pour couvrir ces dépenses. Sans compter les 1 000 milliards de dinars prévus par le gouvernement précédent et dont le financement n’a pas été prévu comme l’a indiqué le Premier ministre Djerad.
En définitive, cette situation plus compliquée invite à trouver rapidement des solutions à cette aggravation de la crise prévisible si les cours du pétrole poursuivent leur chute durant l’année 2020. En tout état de cause, désarmée actuellement face aux crises, l’Algérie doit trouver les remèdes à son économie, renforcer sa résistance aux chocs extérieurs d’autant plus que la chute des principales Bourses dans le monde pourraient conduire à un krach boursier ouvrant la voie à une récession mondiale qui aura des répercussions négatives sur les prix du pétrole, avertissent plusieurs économistes nationaux.<