Le ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, a saisi, hier, l’occasion de son passage au Forum de la Radio nationale pour revenir longuement sur l’arrêt des importations.

Une suspension plutôt, car, désormais, les importations n’auront plus qu’un caractère d’appoint, et ne doivent servir que la relance de la production nationale, dit-il. C’est la raison pour laquelle M. Benmeradi préfère parler de «réorganisation des importations». Son argument : celles-ci ont été multipliées, en valeurs, par 6 depuis 1990 alors que le déficit commercial enregistrait ces quatre (4) dernières années 10 milliards dollars par an. Afin d’y faire face, pour 2018, «nous avons décidé d’établir une liste composé de 851 articles qui seront interdits à l’importation, 126 produits verront l’application de la taxe douanière à 60% et de la TIC», précise le ministre, qui annonce dans la foulée que «cette politique sera reconduite en 2019».
Interpellé sur la disparition de certains produits frappés d’interdiction d’importation et d’autres qui ont vu leur prix s’envoler, le ministre du Commerce, qui admet la surenchère qui a touché certains produits, estime que certaines augmentations ne sont pas justifiées, car, à la base, les intrants utilisés dans leur fabrication sont subventionnés. Parmi ce florilège de produits, il cite les laitages, et de pointer un doigt accusateur sur «deux producteurs qui profitent de leur position de monopole pour augmenter les prix».
«Nous avons saisi le conseil de la concurrence pour statuer sur cette pratique illicite», affirme Mohamed Benmeradi, indiquant que sur «100 laiteries, 90 appartiennent à des privés». Il poursuit : «La matière première, c’est-à-dire la poudre de lait, est subventionnée, mais elle est détournée de l’objectif initial, notamment dans la distribution.» Il est vrai, le ministre du Commerce pointe la problématique de la traçabilité des produits de large consommation qui sont subventionnés. Mais il n’y a pas que le lait qui est touché par ce détournement. Le ministre parle également de l’huile, du sucre et de la farine.
Le gouvernement a mis dans son viseur ces quatre produits et cherche à savoir qui tire vraiment profit de la politique de soutien des prix de certains produits de large consommation : le consommateur, l’importateur, le transformateur ou le distributeur. Ce dossier est posé sur la table du gouvernement, à en croire le ministre. Sur l’arrêt des importations des véhicules, le ministre a insisté sur la vision du gouvernement pour encourager la filière de l’industrie automobile. «Renault, qui importait et produisait avec un taux d’intégration de 5%, a fini par atteindre en 2017 un taux d’intégration de 30%», se réjouit-il, insistant sur l’impact de ce taux d’intégration sur le prix du véhicule : «Notre ambition est de produire, à court terme, 500 000 véhicules pour un coût de 2 à 3 milliards dollars que d’importer le même volume à 5 milliards de dollars», compare-t-il, en mettant en exergue la plus-value de l’intégration dans la filière de l’automobile en Algérie.
Enfin, à une question sur la politique d’exportations, Mohamed Benmeradi, qui, au passage, cite le cas de la filière pharmaceutique qui satisfait actuellement 65% des besoins du pays et commence à se placer sur le marché international, notamment en Afrique, annonce la mise en place «d’une plate-forme pour l’exportation en tenant compte du rapatriement des devises, du coût de la logistique, du financement de bureaux de liaison et la formation aux métiers de l’export». En termes de revenus, M. Benmeradi table sur «sur 500 millions de dollars d’exportation pour 2018».