Après plus d’une année de fermeture, l’ouverture des frontières de l’Algérie devra être tranchée aujourd’hui, lors d’une réunion du Conseil des ministres. Cette dernière sera consacrée, entre autres, «à l’examen de la possible ouverture des frontières terrestres et aériennes», apprend-on dans un communiqué de la présidence de la République rendu public hier.

PAR INES DALI
Bien que la décision soit «politique» et relevant de la plus haute autorité du pays, à savoir le président de la République, comme l’ont précisé à maintes reprises les membres du Comité scientifique, il semble que l’ouverture des frontières ne saurait tarder au vu des déclarations du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, dans lesquelles il n’a pas laissé de place au doute. Cette ouverture aura bel et bien lieu au profit des «ressortissants algériens» et des «étrangers travaillant dans le pays», et il ne reste que les procédures et les conditions à respecter qui restent à déterminer et à communiquer avec précision, la situation sanitaire due à la pandémie du coronavirus ne permettant aucune approximation. Les variants, à plus grande «contagiosité» et «dangerosité», selon les professionnels de la santé, ont fait leur entrée en Algérie par les frontières et sont en train de se propager un peu plus, dans plusieurs wilayas.
Après les variants britannique et nigérian, le dernier en date à avoir été introduit en Algérie est le variant indien, et selon le dernier bilan le concernant, on en compte actuellement 20 cas dans le pays dix jours après le premier cas. «Treize nouveaux cas du variant indien du coronavirus ont été enregistrés dans le Sud du pays et un autre cas à Tizi Ouzou portant le total à 20 cas», a indiqué le ministre de la Santé jeudi, sans préciser quelles sont les wilayas touchées dans le Sud. L’Institut Pasteur avait annoncé le 3 mai courant la découverte, pour la première fois en Algérie, de 6 cas d’infection par le variant indien à Tipasa, et le jeudi 13 mai, ils étaient déjà vingt cas et pas seulement à Tipasa. Le ministre de la Santé a précisé, concernant les raisons de l’apparition de ces cas, qu’il y a des travailleurs indiens et chinois qui travaillent dans des bases de vie dans le sud du pays mais aussi dans d’autres régions. D’où un contrôle strict aux frontières des voyageurs arrivant en Algérie s’impose, puisque de nombreux pays de leur provenance connaissent une circulation des variants de Covid-19 et continuent de vivre une crise sanitaire aigüe. Le Comité scientifique, selon le ministre de la Santé, a donné des instructions pour permettre aux ressortissants algériens et étrangers d’entrer au pays dans le cadre de mesures très strictes pour protéger les citoyens contre le Covid-19 et notamment ses variants. «Nous avons mené une étude et donné des instructions, selon les orientations du Comité scientifique, en vue d’autoriser prochainement l’entrée des Algériens et des étrangers sur le territoire national, mais dans le cadre de mesures très strictes», a-t-il souligné. Il a fait savoir que les voyageurs entrant en Algérie «devront présenter, à leur arrivée, un test PCR de moins de 36 heures, et se soumettre à des tests que nous estimons fiables». Par la suite, «les sujets négatifs seront autorisés à entrer et seront informés des recommandations et consignes à suivre, tandis que les sujets positifs seront, quant à eux, soumis à un confinement de 10 jours car les premiers symptômes n’apparaissent pas systématiquement dès le début de la contamination», selon les précisions du Pr Benbouzid, qui a révélé que les frais du confinement et des examens subis à l’arrivée seront à la charge du concerné.

Ambiguïté
Qualifiant dans le même sillage la situation épidémique de «stable», il a insisté sur les «mesures plus rigoureuses en matière de contrôle de l’entrée des ressortissants algériens et des étrangers au pays». L’annonce du ministre de la Santé sur l’ouverture des frontières apporte, sans aucun doute, du baume au cœur des ressortissants algériens à l’étranger qui peuvent désormais rentrer au pays. Une ambiguïté vient cependant semer le doute. Le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus s’est réuni dimanche dernier et la réunion a été «consacrée au protocole sanitaire pour les passagers étrangers en provenance de différents pays», a révélé, à son tour, le professeur Riyad Mahyaoui, membre du Comité scientifique, au site Visa Algérie.
Sa déclaration est intervenue au lendemain de l’annonce du ministre et c’est ce qui sème le doute, d’où la question qui reste posée, à savoir si les Algériens sont concernés par cette ouverture des frontières sous les conditions susmentionnées.
«Je n’ai pas de réponse à cette question. Je sais que vous faites allusion à d’autres personnes», a-t-il répondu, réitérant qu’au «Comité scientifique, nous avons parlé de personnes qui viendraient dans le cadre de missions professionnelles et dont la présence est nécessaire pour le bon fonctionnement de notre économie. Nous n’avons traité que cet aspect-là. Pour les autres aspects, nous n’en avons pas parlé».

L’appel de la communauté algérienne à l’étranger
Par ailleurs, vingt-trois associations et organisations de la communauté algérienne établie à l’étranger dans de nombreux pays à travers le monde ont lancé un appel pour leur faciliter l’entrée en Algérie. Dans un communiqué rendu public hier, après que la présidence de la République eut indiqué qu’elle étudiera la possibilité de l’ouverture des frontières lors du Conseil des ministres, les Algériens ont soulevé plusieurs points à même de les éclairer sur les décisions prises. Les organisations qui les représentent se sont engagées à mener des campagnes de sensibilisation auprès des voyageurs pour que toutes les consignes sanitaires soient respectées. Elles revendiquent, toutefois, que des informations précises soient diffusées afin d’éviter le moindre amalgame. Elles demandent à ce qu’il y ait «une décision officielle concernant l’ouverture des frontières» et «une date précise» pour cette ouverture, afin que les ressortissants algériens puissent «programmer les dates de leurs déplacements, de leurs vacances, et autres engagements». Quoi qu’il en soit, les Algériens devraient normalement être fixés aujourd’hui et avoir de plus amples précisions à la faveur de la tenue de la réunion du Conseil des ministres.