C’est en début d’après-midi que le verdict tant attendu tombe telle une bénédiction. Le réquisitoire du procureur tombe à l’eau. Acquittement dans l’affaire Samir Belarbi. Les trois ans de prison ferme requis sont un mauvais cauchemar.

Dans la salle, à l’énoncé du verdict, c’est une joie incommensurable. Aux cris de « Allah Akbar, Samir Belarbi », fuse l’incontournable « Dawla madania, machi askaria ! ». Dehors, sur les escaliers, la foule crie sa joie. Les avocats sont adulés. Ils sont, depuis chaque libération, les héros d’un Hirak qui récupère laborieusement ses enfants.
Les présents, une fois l’euphorie du verdict passée, se préparent à celle de la libération. Rendez-vous devant la prison d’El Harrach où dès 14h, une foule compacte s’agglutine dans la petite ruelle faisant face au lugubre édifice de privation de la liberté. La famille et les amis de Samir Belarbi sont déjà là. Son frère est comme un lion en cage. Il attend la sortie d’un autre « lion » du Hirak. Le temps passe. Puis, arrive le fourgon cellulaire de l’administration pénitentiaire, reconnaissable à sa couleur vert d’eau. A son bord, Samir Belarbi et les prisonniers qui ont comparu cette matinée au tribunal. Sa libération ne saurait tarder, malgré les procédures d’usage, administrative et médicale.
En face de la porte principale de la prison, le carré des journalistes dont deux chaînes de télévision. El Hayat et Ennahar. Le frère de Samir Belarbi est catégorique : « Nous, sa famille, nous ne voulons pas d’Ennahar ici ». La foule, confinée dans la petite ruelle, devenue une sorte de cénacle des libertés et des libérations, scande des slogans hostiles au « système et à la presse aux ordres ». En plus d’Ennahar, El Hayat est également la cible de l’ire des manifestants.
Un moment, la famille envisage même de faire partir Samir Belarbi dès sa sortie, en voiture, pour éviter cette presse « infréquentable ». Mais, cela aurait pour effet, aussi, de pénaliser d’autres médias. Finalement, l’idée de l’escapade en voiture est abandonnée, au grand soulagement des journalistes et de tous ceux qui ont fait le déplacement pour Samir.
Et c’est à 15h10 pile que Samir Belarbi sort enfin par la petite porte, à droite du grand portail d’entrée de la prison. Il est accueilli par des « Allah Akbar Samir Belarbi ! ». Il brandit le poing et lance à son tour « dawla madania machi askaria ! » L’un de ses fils tente de le rejoindre, il en est empêché par le cordon de police déployé à cet effet. « C’est lui qui va venir vers toi », lui lance un officier. Mais il ne peut pas comprendre les larmes de cet enfant à qui un père a fait défaut, des mois durant.
Samir est littéralement phagocyté par la foule. Même les siens n’arrive pas à l’approcher, à le toucher. Il est embrassé, porté, presque malmené par une foule en délire, heureuse de cet instant tant attendu.
Samir fera une brève déclaration dans laquelle il dira en substance : « Notre bonheur ne sera complet que lorsque sortiront de prison tous les détenus injustement incarcérés, à l’instar de Boumala, Tabbou, Ougadi à Tlemcen ou Laâlami à Bordj… Aujourd’hui, les juges ont été à la hauteur des espérances du Hirak. Nous avons été incarcérés sur un ordre et non parce que nous avions commis un délit. La justice a corrigé cela aujourd’hui. Mes remerciements vont à tous ceux qui nous ont soutenus, et aux avocats en particulier. Je tiens à rappeler que notre combat continue ! » Me Bouchachi arrivera à se frayer un chemin, par on ne sait quel truchement, pour saluer son client. Il déclarera un peu plus loin : « J’espère que cela soit le commencement de la libération de tous les détenus d’opinion. Depuis le tout début, nous avons dit que ces détentions l’ont été non pas pour des crimes avérés, mais pour des positions et des déclarations politiques, une liberté, en principe garantie par la Constitution. Malheureusement, ce régime refuse d’admettre qu’il puisse y avoir un avis contraire et en opposition à sa propre ligne de conduite. J’espère que cette libération puisse être un signal fort d’ouverture politique et un signe d’apaisement conséquent en faveur de la libération de tous les détenus d’opinion. »
Les proches de Samir réussissent à l’exfiltrer de l’intérieur d’une foule qui ne voulait pas le lâcher, heureuse de se réapproprier une figure respectée et respectable du Hirak. Tout un symbole. Samir dormira ce soir dans sa famille. L’âme en paix, heureux d’avoir été blanchi d’une abominable accusation : celle d’attenter à son pays. Et heureux de pouvoir rejoindre le Hirak dans les jours à venir.<