Jugé en appel par la Cour d’Alger dès le 6 décembre dernier pour des faits liés à la corruption, la dilapidation de deniers publics, le détournement de deniers publics ou encore l’abus de fonction, le verdict du procès des ex-ministres de la Solidarité et de la Famille Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat a été rendu hier.

La justice n’a suivi qu’en partie les demandes du Procureur de la République en «confirmant les peines» prononcées en première instance par le Tribunal de Sidi M’hamed, alors que le Parquet avait, lui, requis «l’aggravation des peines». Djamel Ould Abbès, en poste entre 1999 et 2010, écope ainsi de 8 ans de prison ferme, son successeur Saïd Barkat, à la tête du secteur entre 2010 et 2012, est condamné lui à 4 ans ferme. Les deux accusés devront également s’acquitter d’amendes d’un million de dinars chacun.
Affaire qui avait principalement mis en avant l’opacité de la gestion du ministère de la Solidarité, avec en toile de fond le détournement de fonds publics au travers des financements abusifs d’associations caritatives, le verdict, confirmé hier, cite en ce sens la complicité de plusieurs anciens cadres du secteur, notamment les ex-secrétaires généraux du ministère Bouchenak Khelladi et Ismaïl Benhabilès condamnés respectivement à 3 ans de prison assortie d’une amende d’un million de dinars et une année ferme avec une amende de 500 000 dinars. L’ancien chef du protocole Djellouli Saïd s’est vu infliger une peine de 2 ans de prison dont une avec sursis et une amende d’un million de dinars.
Quant au «fond» du dossier, il s’agit notamment du détournement de fonds et de matériels destinés au secteur de la solidarité. Pas moins de 1 857 milliards de centimes ont dans ce but servi à subventionner quatre associations «proches» des ex-ministres, trois d’entre elles, avait fait savoir le Procureur, étaient présidées par Djamel Ould Abbès lui-même. Le jugement en première instance, mais également les réponses entendues lors du procès en appel ont, en effet, laissé entrevoir un véritable «réseau» de corruption, et particulièrement lorsque la question de l’acquisition et de la distribution d’autobus a été soulevée. Ainsi le Procureur, pour qui «l’enquête a prouvé que ces associations n’étaient que des intermédiaires et qu’un moyen d’échapper à la loi sur les marchés publics», avait indiqué que les détournements et la dilapidation de l’argent public se faisaient au travers de «marchés opaques» injustement confiés à des associations.
A titre d’exemple, le «cas» des 157 bus qui devaient profiter aux sinistrés d’inondations dans la wilaya de Ghardaïa, avait été évoqué, en ajoutant que «seuls 9 bus sont effectivement arrivés sur place». Une situation que le président de l’une des associations n’a pas démentie. Farès Ben Djeghlouli, secrétaire général de l’ONEA a ainsi fait savoir que l’organisation qu’il présidait avait mené plusieurs missions dont la distribution de «1 643 bus au niveau des communes». Une «mission» attribuée et conduite dans une certaine «opacité» ; il a ajouté en réponse à une question du juge sur le cadre légal du travail de l’ONEA avec le ministère qu’«il n’y avait pas d’accord (…) mais il nous est arrivé de restituer des sommes au ministère, notamment 70 milliards de centimes».
Pour rappel, les deux principaux prévenus ont crié leur innocence, l’ex-ministre Saïd Barkat notant entre autres en première instance qu’il avait continué le travail de son prédécesseur. «A mon arrivée au ministère, j’ai trouvé des associations qui travaillaient comme intermédiaires, j’estimais alors qu’elles étaient là pour aider et renforcer l’esprit de solidarité et le travail envers les personnes dans le besoin». Djamal Ould Abbès, également poursuivi dans ce procès pour une affaire de détournement de 1 200 ordinateurs initialement destinés aux bacheliers de la session 2009, a également crié à la «machination» et au «complot» contre lui. n