Semaine chargée au niveau des tribunaux ; trois affaires liées à la corruption, impliquant plusieurs personnalités politiques et économiques devraient faire la une de l’actualité tout au long des prochains jours.

La Cour d’Alger programme, en effet, dans la matinée d’aujourd’hui, dimanche 14 février, l’ouverture du procès de l’affaire GB Pharma. Un dossier plusieurs fois reporté, qui devra faire la lumière sur les «liens d’intérêts» qui ont pu exister entre des investisseurs du secteur de la santé et des responsables politiques, dont les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi les frères Benhamadi. Quatre jours plus tard, soit, le 17 février, la justice, à la demande de la Cour suprême, devra de nouveau traiter le jugement de 2016 concernant le «scandale» que fut l’affaire «Sonatrach 1». Mais avant, il est attendu demain le verdict final concernant le jugement de l’ancien Wali d’Alger Abdelkader Zoukh. Un ancien responsable de premier plan, notamment soupçonné de «trafic d’influence» et «d’offre d’indus avantages» durant son mandat à la tête de la wilaya entre 2013 et 2019.
Pour ce qui est du dossier GB Pharma, jugé en novembre en première instance par le Tribunal de Sidi M’hamed, les juges avaient notamment conclu à la culpabilité des ex-Premiers ministres pour la charge «d’octroi de privilèges injustifiés» au Groupe Condor et à ses filiales lors de la réalisation d’un centre pour brûlés à Skikda par la société Travocovia. La justice qui avait ainsi condamné les ex-responsables à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme, avait également noté l’existence de «facilitations» injustifiées pour la réalisation d’une usine de fabrication de médicaments GB Pharma dans la nouvelle ville de Sidi Abdallah. Une ville qui était à cette période gérée par l’ancien ministre de la Poste et des Technologies, Moussa Benhamadi. Ce même dossier GB Pharma, par ailleurs, comportait un aspect plus politique, en évoquant le «financement illégal» de la campagne du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika d’avril 2019. Les frères Benhamadi auraient notamment, selon le procès en première instance, mis à disposition un compte bancaire destiné à recueillir les apports financiers de parties sans aucun lien avec l’élection.
Quant au second dossier de corruption, dont la réouverture est programmée dès le 17 février, il s’agit de l’affaire Sonatrach 1 qui avait été jugée pour la première fois en 2016. La justice a, en effet, pris la décision de revoir ses précédentes conclusions à la demande de la Cour suprême. Le fond de l’affaire avait notamment concerné des soupçons de corruption dans le cadre de la conclusion de marchés «de gré à gré» avec des compagnies étrangères. Le Tribunal criminel d’Alger a condamné, en 2016, une vingtaine de personnes morales et physiques, dont des sociétés étrangères, «pour association de malfaiteurs», «détournement de fonds publics». L’un des principaux accusés, l’ancien PDG du groupe Sonatrach, Mohamed Meziane, avait pour rappel écopé de cinq ans de prison avec sursis et une amende de 2 millions de dinars. Le patron de Contel-Algérie et du holding algéro-allemand Contel Funkwerk, Mohamed Reda Djaafar al-Ismaïl, avait quant à lui été condamné à six ans de prison ferme assortie d’une amende de 2 millions de dinars.
Actualité judiciaire qui devrait par ailleurs être marquée par le prononcé, ce lundi 15 février, du verdict dans le dossier de l’ex-wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. L’Ancien responsable jugé en appel par la Cour de justice de Tipasa risque aujourd’hui jusqu’à «15 ans de prison» selon le réquisitoire du Procureur. Abdelkader Zoukh, incarcéré le 8 décembre dernier à l’issue d’un premier jugement est soupçonné de «trafic d’influence», «corruption», «offre d’indus avantages» mais également «pressions sur agent public» au profit des anciens responsables et hommes d’affaires Abdelghani Hamel (ex-DGSN), Mahieddine Tahkout et Ali Haddad. Les principales «malversations» mises en avant par l’accusation contre Abdelkader Zoukh ont en ce sens concerné l’octroi d’assiettes foncières à Mahieddine Tahkout, alors que ces terrains, situés au quartier de Bab Ezzouar, étaient considérés comme «non-constructibles» à cause du passage de câbles ou de leur proximité avec une voie de chemin de fer. La justice qui avait par ailleurs mis en avant des «interventions» et pressions de l’ex-wali en faveur de l’homme d’affaires Ali Haddad, dans le but de «bloquer» des dépôts de plaintes, avait en ce sens condamné l’ex-wali en première instance à des peines de 4 et 5 ans de prison ferme, en plus du versement de 10 millions de dinars de dédommagement «pour les pertes subies par le Trésor public», et d’une interdiction d’exercer des responsabilité ou poste politique durant 3 ans après expiration de sa peine.