Le verdict dans l’affaire Khalifa Bank, dont c’est le quatrième procès après ceux tenus en 2007, 2015 et 2020, a été annoncé hier condamnant l’accusé principal, Abdelmoumène Khalifa,
à 18 ans de prison ferme, alors que huit autres accusés, dont les Keramane, ont été acquittés.

PAR NAZIM BRAHIMI
En ce qui concerne l’ancien patron de Khalifa Bank, auditionné par visioconférence à partir de l’établissement pénitentiaire de Chlef, la peine de 18 ans de prison est assortie d’une amende d’un million de dinars avec confiscation de tous les biens saisis.
La veille, le représentant du parquet général près le Tribunal criminel de la Cour de Blida a requis une peine de 20 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars contre l’ancien PDG du Groupe Khalifa, avec la confiscation de l’ensemble de ses biens.
L’ancien «Golden boy» et l’ensemble des accusés ont été poursuivis pour association de malfaiteurs, falsification de documents officiels, usage de faux, vol en réunion, escroquerie, abus de confiance, falsification de documents bancaires et banqueroute frauduleuse.
Abdelmoumene Khalifa a été cependant acquitté cette fois-ci du chef d’accusation de «trafic d’influence», une des nouveautés de ce procès qui s’est tenu suite à un pourvoi en cassation interjeté devant la Cour suprême en 2020.
Cette nouveauté qui aura marqué le verdict renvoie à la décision d’acquittement, dont ont bénéficié huit accusés, dont l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Abdelwahab Keramane, son frère Abdenour et sa fille Yasmine, lavés des charges retenues contre eux.
Abdelouahab Keramane, poursuivi pour «constitution d’association de malfaiteurs», «vol en réunion et abus de confiance pour la création de Khalifa Bank» et «l’octroi de l’agrément par la Banque d’Algérie», a imputé toutes les infractions commises par Khalifa Bank à la Commission bancaire de la Banque d’Algérie, seule «habilitée à contrôler les banques», s’est-il défendu lors de son audition par le juge.
Pour leur part, Ali Aoun, qui a été nommé en mars 2022 son poste de directeur général de la PCH (Pharmacie centrale des hôpitaux) après avoir quitté celui de premier responsable de Saïdal en mai 2008 sans doute à cause de ses démêlés judiciaires en lien avec l’affaire Khalifa Bank, a bénéficié de la levée de la mise sous séquestre de sa villa.
L’ancien footballeur et ex sélectionneur national, Meziane Ighil, a bénéficié, lui aussi, de la même mesure de levée de séquestre sur sa villa.
Pour sa part, l’ancien directeur de la principale agence de la Banque de développement local (BDL) de Staouéli, Issir Idir Mourad, a été condamné à cinq (5) ans de prison pour participation à la falsification de documents officiels. Il a été par contre acquitté de l’accusation d’association de malfaiteurs.
Des peines allant de 2 ans de prison avec sursis assorties d’une amende de 20.000 dinars à 8 ans de prison assortis d’une amende de 500.000 dinars ont été prononcées à l’encontre de 5 autres accusés.
Les accusés condamnés ont un délai de huit 8 jours, à compter du 8 juin 2022, pour faire appel de cette décision devant la Cour suprême, selon des avocats.
Auparavant et avant l’annonce des verdicts contre les accusés, la présidente du tribunal a auditionné le reste des accusés dans cette affaire. Ils ont nié toutes les charges retenues contre eux, dont notamment le «trafic d’influence», «abus de confiance», «corruption», et «falsification de documents officiels».
Ils ont, aussi, affirmé que toutes leurs transactions avec la banque étaient légales, tout en niant avoir bénéficié d’un quelconque privilège auprès du PDG de Khalifa Bank.
L’expert-comptable Hamid Foufa a présenté son témoignage dans cette affaire après avoir prêté serment. Sachant que la demande de pourvoi en appel dans l’affaire Khalifa Bank a été acceptée en raison de la non-prestation de serment de ce dernier (Hamid Foufa), ainsi que du liquidateur de la Banque, Moncef Badis, lors du procès tenu en novembre 2020.
Dans son témoignage à l’occasion, M. Foufa a déclaré que les 1re et 2e expertises réalisées par lui, suite à sa désignation sur ordre du juge d’instruction du tribunal de Chéraga, après la découverte d’un trou financier à la caisse principale de la banque, ont permis la mise à jour d’un trou financier global de 5 milliards de dinars, tant au niveau de la banque que de ses agences.
Il a également signalé avoir constaté de «nombreux dépassements» dans la gestion de la banque, liés notamment à «l’absence d’écritures entre agences» attestant de la destination des fonds transférés à partir de la banque. Cette nouvelle condamnation de Rafik Khalifa signe-t-elle la fin de ce feuilleton ou l’affaire connaîtra-t-elle de nouveaux rebondissements qui s’ajouteront à ceux enregistrés depuis la banqueroute de Khalifa Bank en 2003 ? Cette faillite a été suivie par un premier procès en 2007, qui avait conduit à condamner Rafik Khalifa, en fuite, par contumace à la perpétuité. Après avoir été extradé par Londres fin 2013, il a été condamné en 2015 à 18 ans de prison ferme. Suite à un pourvoi en cassation un nouveau procès avait eu lieu en 2020 à l’issu duquel il avait été condamné en première instance à 18 ans de prison, peine confirmée hier en appel. En 2014, il avait été condamné par défaut en France à cinq ans de prison pour détournement de millions d’euros. <