La troupe de Théâtre du Renouveau amazigh-amezgun amaynut amazigh (TRA-AAA), une association culturelle installée au Canada, a présenté avant-hier soir au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi (TNA) la pièce «Tidak n Nna Fa» (les vérités de Nna Fa), qui relate la condition de la femme kabyle et les souffrances qu’elle endure quotidiennement à travers une comédie en trois actes valsant entre rire et tristesse.

Fidèle à son habitude, le trio composé par Arab Sekhi, incarnant le rôle de Nna Fadhma, Hocine Toulait dans le rôle du médecin et Djouher Sekhi, qui a interprété l’infirmière, a séduit et conquis le public nombreux composé de familles venues découvrir les trois «vérités», que raconte Nna Fa à son médecin tantôt en riant, tantôt en pleurant. Les amateurs du quatrième art sont ainsi conviés à suivre l’histoire de cette vielle femme, toute simple, qui se rend à une visite médicale. Dans le cabinet, elle se livre peu à peu à son médecin lors de son auscultation. Sur le ton de l’humour, le public se laisse séduire par la façon que cette femme, usée par les années, assène des vérités sur la vie sociale en Kabylie, sur les hommes, sur les femmes et sur les bouleversements de la société d’aujourd’hui. Même si la pièce a été produite il y a dix ans, elle garde toute son actualité. Abordant d’une manière lucide le diktat des traditions des familles kabyles et algériennes, illustré notamment par cette tentative perpétuelle de réduire et mépriser le rôle social de la femme dès sa naissance. Et comme le souligne, amèrement, le personnage Nna Fa, «avoir une fille est un déshonneur, ils préfèrent avoir un garçon qui fera leur fierté ». Tout au long de la pièce, les nombreux présents suivent avec attention le personnage truculent de la vielle dame qui se lâche en racontant ses problèmes personnels, dont ceux avec son fils et sa belle-fille, qui lui font vivre des journées sombres et pénibles. Ce qui révèle au final que cette vieille femme n’est pas malade physiquement mais plutôt éprouvée psychologiquement par la dureté de son existence marquée par le rejet et le mépris. C’est par une retentissante standing-ovation que le public captivé, tout au long de la pièce, salue à la fin de la représentation la prestation des comédiens. Ainsi, les amoureux du théâtre amazigh ont fortement apprécié le talent des membres du TRA-AAA, cette association canadienne spécialement créée pour promouvoir le théâtre d’expression amazigh et invitée pour la première fois pour une tournée en Algérie grâce à l’initiative du HCA. Le représentant de la troupe venue du Canada, Mohand-Saïd, nous confie en marge de la représentation que «nous avons déjà présenté cette pièce dans les plus grandes villes dans le monde, à l’instar de New York et Paris. Aujourd’hui, nous sommes très heureux de faire découvrir pour la première fois ce travail au public algérien. Et c’est grâce au Haut-commissariat de l’amazighité que nous sommes ici présents» Il précise aussi : «Nous avons produit cette pièce au Canada afin de promouvoir la culture kabyle dans la communauté algérienne. Car nous avons des enfants et des familles et cela nous permet aussi de garder un lien avec notre langue.» Le comédien Arab Sekhi dira à son tour que cette pièce a été produite en 2006 et qu’elle a été interprétée pour la première fois dans le cadre associatif de l’association « Ottawa-Hull ». Il ajoute que deux ans après, les membres de la troupe ont créé l’association TRA, pour avoir plus de facilité dans les démarches administratives, comme par exemple avoir des salles pour les spectacles. A propos des différentes thématiques abordés par les membres de cette association culturelle, Arab Sekhi, nous indique : «Nous traitons des sujets qui touchent à la société kabyle, car je suis originaire de cette région et que je viens de là-bas. Je tiens à préciser que l’on traite surtout des problématiques qui sont propres à l’Algérie, loin des sujets sur l’exil et tout ce qui s’ensuit». Pour sa part, Si El Hachemi Assad, Secrétaire général du HCA, déclare : «Comme vous le savez, le HCA organise chaque mois de Ramadhan des manifestations culturelles. Mais, ce qui est différent, cette année, c’est que nous entamerons une tournée à travers plusieurs wilayas afin de faire connaître le théâtre amazigh. Je pense qu’il est important que ceux qui activent en dehors du pays pour la promotion de la culture amazigh puissent aussi avoir le droit de bénéficier des avantages qu’offre le HCA». Après son unique représentation à Alger, la troupe venue du Canada est programmée le 15 mai au Théâtre régional Abdelkader-Alloula à Oran, le samedi 18 mai au Théâtre régional de Batna (TRB) et le lundi 20 mai, au Théâtre régional Kateb-Yacine Tizi-Ouzou.n