La scène politique vénézuélienne a connu durant ces derniers jours des développements qui incitent à l’hypothèse d’un rapprochement entre le gouvernement de Nicolas Maduro au pouvoir à Caracas et l’opposition pour d’éventuelles élections en 2024. C’est en tout cas ce qu’elle souhaite avec l’appui des Etats-Unis, de l’Union européenne, du Canada
et de la Grande-Bretagne, après un accord signé jeudi à Mexico. Samedi, les Etats-Unis ont donné le feu vert au géant pétrolier Chevron de reprendre partiellement ses activités avec son homologue public vénézuélien PdVSA. Ce léger assouplissement de l’embargo US sur le pétrole vénézuélien paraît comme une des conséquences de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales contre la Russie.

Synthèse Anis Remane
Le gouvernement américain a applaudi samedi l’accord signé entre le gouvernement et l’opposition vénézuélienne, y voyant « une étape importante dans la bonne direction. Les représentants de Caracas et l’opposition politique vénézuélienne avaient repris les discussions jeudi à Mexico. Ils sont parvenus samedi à un accord d’étape « en matière de protection sociale » qui permettra notamment de libérer les ressources vénézuéliennes bloquées à l’étranger afin de financer des projets sociaux. Dans un communiqué commun, les Etats-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada ont « salué la décision de reprise du dialogue » entre les deux parties, les appelant à « faire preuve de bonne volonté en vue d’un accord global conduisant à des élections libres et régulières en 2024, la réhabilitation des institutions démocratiques et la fin de la crise humanitaire au Venezuela ». Le bloc européen et les trois pays anglo-saxons ont ajouté qu’ils continueront « à travailler avec (leurs) partenaires internationaux pour répondre aux besoins urgents des Vénézuéliens dans et hors de leur pays » et assuré de leur « volonté de revoir le train de sanctions en cas de progrès substantiels de la part du régime » de Caracas. A la suite de la signature de cet accord entre le gouvernement Maduro et l’opposition, les Etats-Unis ont annoncé samedi un allègement de l’embargo pétrolier envers le Venezuela, autorisant le géant pétrolier Chevron à reprendre partiellement ses extractions d’hydrocarbures au Venezuela quelques minutes après l’annonce d’un deuxième « accord partiel de protection sociale du peuple vénézuélien ». Dans un communiqué, le département du Trésor a, en effet, autorisé Chevron à relancer en partie sa co-entreprise avec Petroleos de Venezuela (PdVSA, société d’Etat). Le pétrolier américain doit cependant s’assurer que « PdVSA ne reçoive aucun revenu des ventes de pétrole réalisées par Chevron ». Il s’est engagé à respecter le « cadre réglementaire imposé », en confirmant avoir reçu l’autorisation de reprendre une partie de ses activités au Venezuela. En mai dernier, Washington avait déjà permis à Chevron de « négocier » son éventuelle reprise d’exploitation au Venezuela, ce qui représentait une première entorse à l’embargo sur le pétrole vénézuélien imposé par Washington en 2019 dans l’espoir d’évincer Nicolas Maduro. Cette initiative s’explique selon les observateurs que les Etats-Unis cherchent à diversifier leur approvisionnement en hydrocarbures pour compenser la perte du brut russe à la suite des sanctions prises en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le Venezuela disposerait des plus grandes réserves au monde, ajoutent ces experts. Le gouvernement américain, lui-même, a admis publiquement que les hydrocarbures vénézuéliens peuvent être utiles sur le marché international.

Pas d’accord sur les élections
Le Venezuela est confronté à des sanctions américano-européennes. Sur le fond, le pouvoir et l’opposition sont tombés d’accord pour entreprendre toutes les démarches nécessaires afin de débloquer des « fonds légitimes » appartenant au pays « qui se trouvent gelés dans le système financier international ». Cet argent alimentera un « fonds pour la protection sociale du peuple vénézuélien » afin de répondre aux besoins les plus urgents du pays (système de santé, nourriture, réseau électrique, éducation, réponse aux pluies torrentielles qui ont tué près de 80 personnes en octobre). Pour la conception et la gestion de ce fonds, les deux parties vont demander le soutien des Nations unies, selon l’accord lu par un représentant de la Norvège, pays médiateur dans le dialogue inter-vénézuélien de Mexico. Le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a « pris note » de cette demande d’assistance, a indiqué son porte-parole. « Le Secrétaire général salue l’accord » et « encourage » les parties à conclure « de nouveaux accords qui relèvent les défis politiques, sociaux et humains auxquels fait face le pays ». Le président vénézuélien Nicolas Maduro a, pour sa part, salué un « pas vers un nouveau chapitre » pour son pays, qui doit « continuer d’avancer vers la paix et le bien-être que nous souhaitons tous ». « Par la voie de cet accord, nous allons sauver plus de trois milliards de dollars », a estimé son représentant à Mexico, le président du Parlement Jorge Rodriguez. La « mission » de l’opposition est « d’obtenir les conditions démocratiques d’une alternance », a déclaré son représentant, Gerardo Blyde. Le président Maduro exige la levée des sanctions économiques américaines qui frappent son pays, notamment de l’embargo sur les exportations de pétrole. Pour sa part, l’opposition vénézuélienne réclame des solutions à la « crise humanitaire » et des garanties pour des « élections libres et observables », a indiqué jeudi un communiqué de la Plateforme unitaire. Il n’y a pas de consensus sur ces élections qui devraient avoir lieu en 2024, d’après une source proche du dossier consultée jeudi par l’AFP. L’opposition accuse M. Maduro d’avoir été réélu en 2018 de manière frauduleuse.
La pauvreté touche huit personnes sur dix au Venezuela, d’après l’enquête nationale Encovi sur les conditions de vie publiée au début du mois. Sept millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays en raison de la crise politique et économique, notamment depuis la mort de l’ancien président Hugo Chavez en 2013. Le dialogue entre le pouvoir et l’opposition s’est ouvert en août 2021 à Mexico, après des tentatives qui ont tourné court en 2018 et 2019. Nicolas Maduro a suspendu les pourparlers deux mois plus tard, après l’extradition aux Etats-Unis d’Alex Saab, un homme d’affaires vénézuélien proche du pouvoir poursuivi pour blanchiment de capitaux. L’accord de Mexico sur le Venezuela représente « un espoir pour toute l’Amérique latine » et « le triomphe de la politique », s’est félicité le ministre mexicain des Affaires étrangères Marcelo Ebrard. En même temps que les pourparlers de Mexico, Caracas accueille depuis lundi la reprise des négociations entre le gouvernement colombien et l’ELN (Armée de libération nationale), considérée comme la dernière guérilla active en Colombie. n