Le bras de fer entre le pouvoir et l’opposition se poursuit au Venezuela sans que cette dernière ne parvienne à obtenir le départ du président Nicolas Maduro, son objectif affiché depuis la fin de l’année 2015 déjà et qu’elle pensait pouvoir réaliser avec la prise de contrôle du Parlement du pays et l’aggravation de la situation économique dans le pays. Mais sans succès.

Selon les observateurs de la scène politique vénézuélienne, son échec s’explique par les profondes divisions des formations de droite dure, de droite et de centre droit regroupées sous le signe de MUD (table pour l’unité démocratique), une coalition de partis incapable jusqu’à présent de dégager un leadership consensuel susceptible de déstabiliser le gouvernement en place à Caracas. Luis Vicente Leon, président de Datanalisis, un institut de sondage, constate que l’opposition, majoritaire au Parlement depuis la fin de l’année 2015, se trouve « dans une situation doublement difficile : d’un côté, elle lutte contre une force qui a le pouvoir économique, militaire et politique, et de l’autre elle le fait de manière divisée, sans organisation solide et avec des luttes internes insolubles ». « Il y a au sein de la MUD, ajoute cet expert dans une déclaration à l’AFP, des différences structurelles entre les modérés et les radicaux». Les fractures au sein de cette vaste coalition allant du centre à la droite dure se sont aggravées après la suspension en octobre par les autorités électorales d’une procédure en vue d’un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro, ajoute-t-il. Elle avait entamé un dialogue avec le gouvernement, sous les auspices du Vatican, mais cette démarche a été rejetée par nombre de ses partisans et la moitié des 30 partis de la coalition. Face à ces critiques, la MUD a gelé le dialogue en décembre dernier. Un nouveau rendez-vous a été fixé par l’exécutif le 13 janvier prochain dans un contexte marqué par de nouveaux développements et de nouvelles nominations politiques importantes pour chaque camp. Dans la perspective d’une destitution possible, et anticipant une nouvelle offensive de l’opposition, le chef de l’Etat, Nicolas Maduro, a annoncé, mercredi dernier, la nomination de Tareck El Aissami, considéré comme un dur du régime, au poste de vice-président de la République.

Le président Maduro : «On est encore là !»
M. El Aissami, qui se décrit comme «radicalement chaviste» (du nom de l’ex-chef de l’Etat socialiste Hugo Chavez), a d’emblée donné le ton le jeudi d’après : Il a accusé « l’Assemblée illégitime » de vouloir « imposer un discours de haine et de non-respect de la Constitution ». « Nous n’en attendions pas moins d’une droite déplorable, raciste et opposée au peuple », a ajouté cet avocat de 42 ans devenu gouverneur de l’Etat d’Aragua, une région du centre du pays. Jeudi aussi, l’opposition a fait élire un nouveau président du Parlement, qui a annoncé vouloir à nouveau obtenir le départ de Nicolas Maduro et réussir là où son camp a échoué en 2016: organiser un référendum révocatoire contre lui.
Ce nouveau président du Parlement, Julio Borges, également avocat, a dévoilé sa feuille de route : « Ce qui nous reste à faire, c’est lutter sans crainte pour sauver la Constitution, sauver le Venezuela et sauver le droit de vote. Nous devons tous ensemble et avec courage vaincre cette dictature», a-t-il lancé M. Borges.
«Dans les prochains jours, une nouvelle procédure contre le dirigeant socialiste, au pouvoir depuis 2013, sera lancée devant le Parlement pour manquement aux devoirs » de sa fonction, a précisé M. Borges dans un discours dont la transmission par la télévision publique a été soudainement interrompue, selon les agences de presse. Après avoir accusé Nicolas Maduro d’«avoir plongé le pays dans l’une des pires crises économiques de son histoire», M. Borges a ajouté que cette décision ouvrirait la porte à de nouvelles élections générales, sans préciser comment.
Fondateur du principal parti d’opposition, Primero Justicia, Julio Borges, avocat de 47 ans, est décrit par ses proches comme «très prudent» et «très patient».
Pour mener le camp anti-Maduro, il devrait miser sur le mécontentement des Vénézuéliens dont 78,5%, lassés des difficultés du quotidien, rejettent la gestion gouvernementale, selon l’institut de sondages Datanalisis. Ce qui n’est pas gagné d’avance puisque cette exaspération générale, nourrie par une forte inflation et la pénurie de produits de consommation de base, ne profite pas à la MUD, dont le soutien a chuté de 45 à 38% ces deux derniers mois selon des sondages. « On est encore là », a lancé le président Maduro, mercredi dernier.