Par Feriel Nourine
Si les opérateurs ayant déposé leurs dossiers pour l’activité de concessionnaires automobile attendent toujours la fameuse autorisation d’importer, et qui risque de ne jamais arriver, des particuliers, spécialisés dans l’achat de véhicules neufs à l’étranger et leur revente en Algérie, continuent à exercer leur métier dans des showrooms où prennent place de nombreux modèles de différentes marques, dont même les dernières générations, à l’exemple de la Renault Megane, les Peugeot 3008 et 2008, les Volkswagen Tiguan et Golf 8, les Seat Léon, Cupra, ou encore les dernières Audi, Mercedes, BMW et Porsche pour ne citer que quelques références sur le marché algérien.
Détenteurs d’un registre de commerce qui donne droit à cette activité, au même titre que d’autres activités commerciales, ces derniers achètent, bien sûr, leurs véhicules avec leurs propres devises. Ils ont, cependant, l’avantage de savoir dans quel pays il faut aller chercher une voiture pour décrocher les plus bas prix et améliorer leurs bénéfices, d’autant que le prix d’achat du produit n’a pas de place sur la facture remise au client algérien, si facture il y a.
En tous les cas, avec ou sans facture, les prix opérés par ces revendeurs ne sont pas accessibles à l’ensemble des catégories sociales, comme le laissent deviner les modèles exposés dans les showrooms, ceux-ci étant souvent classés dans la catégorie du haut de gamme et de la grosse cylindrée. Sauf que même lorsqu’il s’agit d’un véhicule à peine d’entrée de gamme qui est proposé à la clientèle, son prix n’échappe pas à la logique commerciale à donner le tournis, après avoir été imposée à un marché automobile algérien en train de consommer sa seconde année consécutive sans activité de montage ni d’importations par les concessionnaires comme l’avait laissé entrevoir la loi de finances 2020, venue autoriser de nouveau cette activité.
Une logique commerciale faisant qu’après s’être imposée comme reine des ventes en Algérie durant plusieurs années de suite, pour son rapport prestations-prix, la citadine à coffre Renault Symbol est cédée aujourd’hui à 2 500 000 DA chez un importateur particulier. Un prix qui était déjà considéré énorme même pour une Golf, avant que le marché ne baisse rideau, offrant l’occasion aux importateurs parallèles à tirer les ficelles de la pénurie et à mettre en place des listings de prix qui témoignent de leurs capacités à manœuvrer comme ils le souhaitent.
Les prix pratiqués par ces derniers auraient été compréhensibles si, réellement, les véhicules qu’ils importent d’outre-mer étaient assujettis à toutes ces taxes qu’il faut payer et qui gonflent inéluctablement le prix du véhicule. Seulement, ces achats se font dans la majorité des cas avec les avantages de la licence des moudjahidine, en termes de taxes douanières notamment.
Des chiffres publiés en début de semaine par le quotidien Echourouk font état de 8 329 véhicules neufs importés par des particuliers entre le 1er janvier et le 15 mars 2021, selon les chiffres de la Douane. Laquelle précise que sur ce total, 7 668 unités ont été importées dans le cadre des avantages accordés à la catégorie des moudjahidine. Or, il est bien connu que l’essentiel des quotas importés avec ce type de document est souvent destiné à la revente et passe par les showrooms des importateurs, avec des profits colossaux se chiffrant en milliers de dinars sur chaque exemplaire écoulé, voire des millions de dinars pour certaines catégories de véhicules de luxe.
En fait, les showrooms de véhicules neufs importés par des particuliers ne sont pas nouveaux dans le paysage automobile algérien. Ils existaient même lorsque les concessionnaires agréés se comptaient par dizaines. Leurs propriétaires proposaient alors des versions et autres finitions que ces concessionnaires ne possédaient pas dans leurs gammes, c’est-à-dire celles destinées à une clientèle particulière. Ce commerce a continué à gagner des espaces de vente en diversifiant ses offres, après l’interdiction des importations pour les agents agréés. Ceci d’autant que les usines d’assemblage étaient réduites aux prestations de quatre constructeurs et des gammes sensiblement réduites par rapport à ce que comptait le marché algérien durant ses années fastes et ses véhicules en provenance des quatre coins de la planète.
La fermeture de ces usines et l’absence d’un marché automobile sous la coupe des concessionnaires n’ont fait que renforcer la présence des revendeurs de véhicules dans la version parallèle du marché. Les volumes qu’ils proposent aujourd’hui sont, certes, insignifiants par rapport à la demande locale, mais bien des signes indiquent que les prix excessivement chers qu’ils pratiquent sont déjà en train d’ouvrir la voie à tous les dépassements au cas où les concessionnaires venaient réellement à reprendre du service. n