Le célèbre ermite du désert Charles de Foucauld sera proclamé «saint» par le pape François aujourd’hui dimanche à Rome. Des dizaines de milliers de fidèles du monde entier sont attendus place Saint-Pierre pour assister à la cérémonie de canonisation qui débutera à 10H00 (08H00 GMT), dont des délégations d’Afrique, des membres des familles et des ordres religieux.

Synthèse Selma Allane
Le procès en béatification de Charles de Foucauld, mort assassiné en 1916 à Tamanrasset, dans le Sud désertique algérien, avait commencé dans les années 1930. Il avait été déclaré «bienheureux» en 2005 par le pape Benoît XVI. La canonisation – étape permettant de devenir «saint» dans l’Eglise catholique, succédant à la béatification – requiert trois conditions: être mort depuis cinq ans au moins, avoir mené une vie chrétienne exemplaire et avoir accompli au moins deux miracles.
Né en 1858 à Strasbourg, Charles-Eugène de Foucauld mena une vie d’officier dissolue avant de se consacrer à une existence de foi et d’évangélisation, d’abord chez les moines trappistes en Syrie, en Palestine, puis en ermite parmi les Touaregs dans le Sahara algérien au début du XXe siècle. «Il veut être au milieu de ceux qui lui semblent les plus pauvres, délaissés et méprisés, et agir comme un défricheur: il ne prêche pas par la parole, mais par sa simple présence», explique à l’AFP Bernard Ardura, postulateur de la cause de canonisation. Le «frère universel» deviendra une référence dans la connaissance de ces nomades, rédigeant notamment un «Dictionnaire touareg-français» qui fait encore autorité, parmi de nombreux écrits. «Pour l’Eglise d’Algérie, il est extrêmement important car c’est ici qu’il a porté sa vie à incandescence», a indiqué l’archevêque d’Alger, Mgr Jean-Paul Vesco, qui sera présent à la cérémonie. «C’est la reconnaissance d’une trajectoire de vie et de foi», ajoute-t-il, soulignant l’importance de la fraternité dans sa «personnalité étonnante et complexe». Pour de nombreux observateurs et historiens en Algérie comme ailleurs, Charles de Foucauld était un fervent partisan de la colonisation, agent de renseignement qui collaborait avec les chefs militaires engagés dans la «pacification» de l’Ahaggar. En décembre 2021, une exposition de photographies et de textes a été organisée par la Basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger pour retracer son parcours atypique d’homme de religion, d’ethnologue et de passionné des langues, proche des milieux militaires engagés dans l’occupation du territoire de l’ermite et l’ethnologue, connu pour avoir voué sa vie au service des Touaregs dans le Grand Sud algérien, un statut qui cachait bien le «Saint de la colonisation» qu’il aura été.
Parmi les dix «bienheureux» figure également César de Bus (1544-1607). Ce prêtre provençal oeuvra au renouveau du christianisme dans le sud de la France en sillonnant les campagnes, à une époque troublée par les débuts de la Réforme protestante. Deviendra «sainte» également soeur Marie Rivier (1768-1838), institutrice qui s’était particulièrement investie dans l’éducation religieuse des plus jeunes, dans un contexte de dissolution des couvents lors de la Révolution française, en fondant plus de 140 écoles. A ses côtés figurera le prêtre et journaliste néerlandais Titus Brandsma, connu pour son engagement contre la propagande nazie durant la Seconde Guerre mondiale.
Arrêté en janvier 1942, il est tué la même année au camp de concentration de Dachau, d’une injection létale. Il a été béatifié en 1985. Le martyr Devasahayam (Lazare) Pillai (1712-1752), un hindou converti au christianisme, sera quant à lui le premier laïc indien à devenir «saint», selon le Vatican. Arrêté, il est torturé pendant trois ans puis exécuté, ayant refusé d’abjurer sa foi.
Les cinq autres canonisés sont les prêtres italiens Luigi Maria Palazzolo et Giustino Maria Russolillo, et les religieuses italiennes Maria Francesca Rubatto, Maria Domenica Mantovani et Maria di Gesù Santocanale. n