Quatorze nouveaux cas du variant indien du Coronavirus ont été enregistrés en Algérie dont 13 dans le Sud du pays et un à Tizi Ouzou portant le total des contaminés à 20, a déclaré récemment le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, en marge de sa visite à l’établissement hospitalier de Boufarik.

Par Sihem Bounabi
Le ministre de la Santé a souligné à propos de l’apparition de ces cas, qu’il y a des travailleurs indiens et chinois dans des bases de vie au Sahara et dans d’autres régions du pays.
Pour rappel, l’institut Pasteur avait annoncé, le 3 mai dernier, la découverte pour la première fois en Algérie de 6 cas de contamination par le variant indien à Tipasa.
Pour Dr Youcef Boudjelal, microbiologiste, «la découverte de nouveaux cas de variants indiens est tout à fait logique. Il faut savoir qu’il y a eu un retard pour la détection des premiers cas porteurs de variant indien et ils ont eu donc le temps d’être en contact avec d’autres personnes et de transmettre le virus». Il précise à ce sujet qu’«il y a ce que l’on appelle la chaîne de transmission. En Algérie, par manque de moyens, c’est-à-dire par manque d’opération de séquençage pour tous les cas suspects, ces personnes porteurs de variants n’ont pas eu le temps d’être détectés d’où la diffusion du variant parmi la population algérienne».
Il tient également à rappeler, comme il a précédemment déclaré à Reporters, que «le variant indien présent en Algérie est beaucoup moins virulent et contagieux que le variant indien original. Selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en catégorie 2 après les variants britannique, nigérian et brésilien». Toutefois, le microbiologiste a alerté sur le fait que la vigilance reste de mise car il y a toujours la possibilité, faute de moyens de séquençage, que des cas de variants ne soient pas détectés et le risque donc de se propager dans la population.
Youcef Boudjelal rappelle que jusqu’à «la semaine passée, les cas de contamination frôlaient les 300 cas par jour et que, potentiellement, il y a eu près de 10 000 cas de contamination à la Covid-19 le mois passé. Ce qui est énorme et maintient toujours l’Algérie dans la zone à risque tant que la campagne de vaccination n’a pas réellement commencé».
Concernant la fabrication locale du vaccin, le ministre de la Santé a rappelé que le ministre de l’Industrie pharmaceutique avait annoncé la fabrication du vaccin russe Sputnik V en septembre prochain avec possibilité de fabriquer d’autres vaccins, saluant les efforts consentis dans ce sens avec l’aide des parties concernées et sur recommandations du Président de la République.
A propos de l’efficacité des vaccins contre les différents variants, Youcef Boudjelal affirme que «les vaccins sont toujours efficaces contre les variants mais à des degrés différents. Par exemple, les vaccins qui étaient efficaces à 80% pour la souche originale sont maintenant efficaces à 70% contre le variant britannique».
Il rappelle également que pour le moment la seule manière de se protéger contre les risques de contamination est de respecter les gestes barrières, lavage fréquent des mains ou frictions avec du gel hydro-alcoolique, distanciation physique et port du masque, d’autant plus qu’un certain relâchement de ces gestes a été constaté lors de la célébration de l’Aïd el Fitr. Il faudra attendre 15 jours pour voir les conséquences de ce relâchement.
A ce propos, le Professeur Riad Mahiaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’épidémie du coronavirus, a déclaré, hier, à la Télévision algérienne, que même si la situation épidémiologique en Algérie était «stable ces derniers jours», le constat de laxisme des gestes barrières dans l’application des mesures préventives pendant l’Aïd Al-Fitr, notamment lors des visites familiales risque d’impacter sur l’évolution de la situation avec la possibilité d’augmentation des cas de contamination.
Une vigilance qui devrait être encore plus rigoureuse avec la possibilité de l’ouverture des frontières et donc le risque d’entrer sur le territoire national de nouveaux cas de variants. Le biologiste souligne à ce sujet qu’avec l’ouverture des frontières il y a, en principe, un protocole bien déterminé pour éliminer le risque de l’entrée de nouveau cas de variants. Mais en réalité, on ne peut pas éliminer ce risque à 100 %. On peut juste le limiter en faisant un PCR 36 heures avant». Il ajoute que pour le moment, le confinement de 10 jours pour les voyageurs qui entrent en Algérie n’est pas encore confirmé, mais normalement il devrait être obligatoire car il y a toujours le risque d’avoir des tests PCR qui sont des faux négatifs ou des cas de fraude comme cela a déjà été constaté par le passé».
Finalement, face aux variants de la Covid-19, les recommandations sont d’intensifier les opérations de séquençages au maximum afin de détecter et d’isoler les cas contacts. Il faut aussi que les voyageurs qui ont l’autorisation de rentrer en Algérie et leurs familles prennent conscience qu’il y a le risque qu’ils peuvent propager de nouveaux variants et celui de mettre d’abord leur vie et celle de leurs familles en danger». Par conséquent, Dr Youcef Boudjelal exhorte le concernés à prendre les précautions nécessaires : «Des tests PCR validés, plus une période d’isolation de minimum de 10 jours pour juguler au maximum les risques de propagation du coronavirus et surtout des nouveaux variants de la Covid-19».