La présence du nouveau variant du Covid-19 Omicron en Algérie dans le contexte actuel, caractérisé par une situation épidémique «inquiétante», est de nature à alerter l’ensemble de la population qui est appelée à faire preuve d’une extrême vigilance. La situation est déjà tendue au vu de la hausse des contaminations par le variant Delta, et la découverte d’Omicron – même si un seul cas a été annoncé avant-hier – ne fera que l’aggraver, puisque ce dernier a la particularité de présenter une très grande vitesse de transmissibilité.

PAR INES DALI
«Le variant Omicron se propage à un rythme que nous n’avons jamais vu avec aucun autre variant», a averti l’Organisation mondiale de la santé (OMS), appelant à utiliser tous les outils anti-Covid pour éviter que les systèmes de santé ne soient rapidement submergés. En Algérie, les bilans diffusés par le ministère de la Santé ces derniers jours font état de plus de 200 cas confirmés quotidiennement. Mais pas seulement, puisque le constat des professionnels de la santé est que le nombre de décès et celui des malades en réanimation sont également en train d’augmenter.
On dénombre déjà plus de 2800 hospitalisations causées par le variant Delta et si Omicron venait à se propager dans le pays, le risque est grand de voir les hôpitaux très vite mis à rude épreuve, comme ce fut le cas durant l’été dernier. Les chiffres actuels parlent d’eux-mêmes. Outre le nombre de malades hospitalisés, il y a «plus de 28 patients sous respiration artificielle et 238 autres en réanimation», a révélé, hier, le membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, le Pr Ryad Mahyaoui. Il a, ainsi, sonné l’alerte sur la situation épidémique et insisté sur l’impératif de respecter les gestes barrières et d’aller se faire vacciner.
Pour sa part, le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, le Pr Fawzi Derrar, s’est d’abord voulu rassurant, hier, en affirmant que «les passagers à bord du même vol où a été détecté le premier cas du variant Omicron ont été testés négatifs», avant d’alerter à son tour : «Omicron finira par se propager, c’est n’est qu’une question de temps comme nous l’avons déjà dit». D’où, soutient-il, «il faut une extrême vigilance, que ce soit face au variant Delta ou au variant Omicron. Et la meilleure solution pour s’en prémunir, c’est d’aller à la vaccination en plus, bien sûr, d’observer un contrôle rigoureux aux frontières».
Le Pr Mohamed Benhocine, membre du Comité scientifique et responsable de la cellule d’investigation et des enquêtes épidémiologiques, a émis les mêmes recommandations, tout en avertissant que le variant Omicron a connu «bien plus de mutations que ce qui a été vu jusqu’à présent sur sa protéine Spike. On a noté 32 mutations pour Omicron contre 2 seulement pour le Delta. C’est pour cela que l’OMS l’a classé préoccupant». Il faut savoir «que plus il y a de mutations, plus il y a de risques de changer le comportement du virus lorsqu’il touche l’organisme humain», a-t-il souligné.
Ce qui préoccupe le plus, a averti l’OMS, c’est d’avoir «un virus plus transmissible dont nous ne connaissons pas très clairement l’évolution clinique». Invité à se prononcer sur cette question, le Pr Belhocine a répondu avec prudence : «Il semblerait que ce variant donne une maladie qui soit plus légère que ce qu’on connaît habituellement, qu’elle se manifesterait essentiellement par des maux de tête et une fatigue extrême pour une durée relativement courte, apparemment 48 heures, et que ça toucherait surtout les personnes de moins de 40 ans, selon nos collègues d’Afrique du Sud» où a été découvert le premier cas d’Omicron.

Iniquité vaccinale
Le patron de l’OMS se refuse de minimiser les effets du nouveau variant tant que les études sont en cours et qu’il n’y pas de base scientifique attestant qu’il est moins grave, d’où c’est encore la vigilance et la vaccination qui sont mises en avant. «Nous sommes préoccupés par le fait que les gens considèrent Omicron comme bénin», a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. «Même si Omicron provoque des symptômes moins graves, le nombre de cas pourrait une fois de plus submerger les systèmes de santé qui ne sont pas préparés», a-t-il prévenu, lors d’une conférence de presse avant-hier à Genève. Dans ce chapitre, il est utile de noter que le Royaume-Uni est confronté à «un raz-de-marée» et qu’un premier cas de décès par Omicron y a été enregistré. Sauf que le taux de vaccination est élevé dans ce pays, ainsi que dans les autres pays européens, comparativement aux pays africains où le variant s’est largement propagé. Une raison pour l’OMS qui affiche clairement son appréhension quant à l’avenir épidémique du continent noir.
L’instance onusienne affirme, en effet, craindre que les doses de rappel de vaccin décidées dans de nombreux pays occidentaux pour les populations adultes mettent à mal la vaccination dans l’ensemble des pays pauvres. Son patron a affirmé ne pas être contre les doses de rappel, mais contre «l’iniquité vaccinale». «C’est une question de hiérarchisation des priorités. (…) Donner des doses de rappel aux groupes à faible risque de maladie grave ou de décès met simplement en danger la vie de ceux à risque élevé qui attendent toujours leurs premières doses», a insisté le Dr Tedros. Il a ainsi souligné que 41 pays n’ont toujours pas réussi à vacciner 10% de leur population et 98 pays n’ont pas atteint la barre des 40%. «Si nous mettons fin à l’iniquité, nous mettons fin à la pandémie. Si nous permettons à l’iniquité de se poursuivre, nous permettons à la pandémie d’aller de l’avant», a-t-il souligné.
L’Afrique pourrait n’atteindre l’objectif des 70% de vaccinés contre la Covid-19 qu’en août 2024, selon des projections révélées mardi par l’OMS, qui a de nouveau appelé à une accélération des campagnes de vaccination pour «sauver beaucoup de vies». La barre des 70% est considérée comme essentielle pour contrôler la pandémie, a rappelé le bureau régional Afrique de l’OMS. Or, au 13 décembre, seulement 20 pays africains avaient vacciné au moins 10% de leur population, seulement 6 avaient atteint les 40% de vaccinés et seulement deux (Maurice et les Seychelles) en étaient à 70%. Au rythme actuel, l’OMS estime qu’il faudra attendre mai 2022 pour avoir en Afrique une couverture vaccinale de 40% et août 2024 pour atteindre 70%.