Lors du conseil des ministres de dimanche dernier, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a expliqué comment il comptait venir en aide au transport aérien, à genoux des suites de la pandémie de coronavirus. Le Président a, d’abord, ordonné la réouverture des aéroports intérieurs fermés, ce qui veut dire que le transport aérien reprendra ses dessertes domestiques, en attendant la réouverture des frontières aériennes. Malgré une visibilité altérée sur les lignes internationales, Air Algérie pourrait ainsi limiter la casse avec la reprise des lignes domestiques, mais la compagnie publique pourrait être bousculée à nouveau sur les lignes intérieurs, puisque Abdelmadjid Tebboune a encouragé à la même occasion la création de nouvelles compagnies aériennes pour améliorer le service du transport aérien domestique. En effet, le Président Tebboune a instruit son gouvernement de créer des «compagnies spéciales» en vue «d’assurer le service de transport aérien interne pour créer une dynamique économique et absorber le chômage». L’avènement de nouvelles compagnies aériennes, qui viendront s’ajouter aux deux compagnies publiques, Air Algérie et Tassili Airlines en l’occurrence, ne fera que raviver la flamme de la concurrence, mais risque de réduire les parts de marché d’Air Algérie qui, pendant de longues années, avait le privilège de monopoliser le transport aérien domestique. Cependant, le gouvernement ne compte pas pour autant abandonner Air Algérie, puisque le chef de l’Etat a instruit son gouvernement de «revoir» le mode de gestion de la compagnie publique de manière à la rendre compétitive à l’international, tout en veillant à réduire le nombre de ses agences commerciales à l’étranger. D’une pierre deux coups, cette révision annoncée des pratiques managériales au sein d’Air Algérie vise à la fois à assainir la compagnie et rationnaliser les dépenses en limitant sa présence physique à l’international à travers l’implantation d’agences directes ainsi qu’à élever le niveau de sa compétitivité en s’investissant dans de nouvelles lignes. Très budgétivore et très distancée sur le marché africain par d’autres compagnies, Air Algérie devait subir une cure d’amaigrissement en filialisant ses services pour une meilleure rationalisation des dépenses, tout en étendant ses ailes sur l’ensemble du marché africain, occupé jusqu’ici par les compagnies marocaine, éthiopienne et kényane. L’idée d’ouvrir des lignes directes vers certaines capitales du Continent noir avait pour objectif d’accompagner la stratégie d’exportation et d’internationalisation des entreprises algériennes. Le projet, tout comme la politique de filialisation des services d’Air Algérie a été abandonnée pour des raisons jusqu’ici inexpliquées. Le gouvernement reprend l’idée de la réforme du modèle de gestion d’Air Algérie et celui du secteur du transport aérien plus globalement, associant les concepts de rigueur, de rationalisation des dépenses et de compétitivité, tant au plan du transport domestique qu’à l’international. Sur le même chapitre, le chef de l’Etat ordonné également la préparation d’une plateforme pour un hub aéroportuaire de l’Algérie à Tamanrasset en collaboration avec les spécialistes et experts pour accéder aux marchés africains, et d’exploiter la conjoncture économique mondiale pour l’ouverture de nouvelles lignes, notamment vers les Amériques et l’Afrique. Ce projet devrait s’accompagner par la mise en place de zones commerciales franches et d’entrepôts à Tamanrasset aux fins d’intensifier les échanges commerciaux avec les autres pays africains. A l’issue des travaux de ladite réunion, le conseil des ministres a écouté et approuvé le plan d’action présenté par le ministre des Transports qui comprend des propositions s’inscrivant dans le cadre de la nouvelle approche socioéconomique. Un plan relatif à la modernisation du mode de gestion de la compagnie nationale de navigation aérienne, au renouvellement de la flotte aérienne, à l’ouverture de nouvelles dessertes internationales et la création d’un hub aéroportuaire en Algérie afin d’augmenter le transit notamment d’usagers africains, et veiller à l’exploitation rationnelle des aéroports intérieurs pour pouvoir fournir de meilleures prestations en fret et voyage. Maintenant qu’il est validé par le conseil des ministres, lequel plan n’attend plus que sa concrétisation sur le terrain dans les meilleurs délais aux fins de rattraper le retard accusé en la matière. Cela fait des années que les différents gouvernements parlaient de modernisation du secteur du transport aérien et la réorganisation de la compagnie nationale sans qu’aucune avancée ne soit constatée sur le terrain. La situation économique ne laisse plus aucune marge à la passivité et aux retards. n