A chaque jour qui passe, le personnel soignant algérien nous donne une leçon de courage, d’abnégation et de lutte pour la vie face à la virulence du variant Delta et à la hausse dramatique des patients en détresse dans un contexte de prise en charge sanitaire à revoir certainement et le plus rapidement possible. Mention très honorable aux médecins et au personnel assistant.

PAR INES DALI
La situation épidémique qui maintient le pays dans un état d’alerte maximum n’est pas sans influer sur les blouses blanches qui se disent au bord du burn-out, mais qui résistent malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent et vivent au quotidien.
Ils réclament plus de moyens, notamment l’approvisionnement en oxygène afin de pouvoir sauver la vie des malades qui continuent d’affluer en masse dans les hôpitaux, mais aussi en termes de renforcement des effectifs médical et paramédical.
Lorsque les malades arrivent dans les services de consultations, des urgences, des points de garde et des services hospitaliers, la majorité sont des cas qui compliquent et leur prise en charge nécessite «un contact avec les médecins, de l’attention, une exploration, des soins directement avec le malades et, éventuellement, une intubation. Il y a donc un risque de contamination qui est multiplié par cent fois, mille fois…», a déclaré Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) pour mettre en évidence le haut risque de contamination du personnel soignant, en sus d’une «surconsommation des moyens de protection».
«Nous avons malheureusement dépassé le cap de 220 décès parmi le personnel de la santé, tous corps confondus», a-t-il fait savoir. L’Algérie a perdu, en effet, un grand nombre de professeurs, de spécialistes, de médecins généralistes, d’infirmiers et autres. C’est, ainsi, que les équipes soignantes font face à une double peine, celle de la perte de leurs effectifs et celle de la perte de leurs patients faute, notamment, de l’arrivée de l’oxygène dans les établissements hospitaliers en raison d’une logistique de transport et de stockage qui reste à réorganiser dans l’ensemble des structures hospitalières malgré une production suffisante.

Le confinement total comme solution ?
La situation ne pouvant plus durer dans un état qui maintient une pression sur tous les plans, que ce soit en termes de hausses des contaminations, des décès, des malades graves et en soins intensifs, ou que ce soit sur l’état physique et mental des soignants qui font face à la pandémie de Covid-19 sans relâche depuis un an et demi, les spécialistes ont déjà évoqué la nécessité d’adopter des mesures plus «strictes». Ils estiment que les mesures de confinement partiel à domicile en vigueur actuellement sont «insuffisantes» et nombre d’entre eux se demandent s’il ne faudrait pas aller vers un confinement total, tandis que d’autres en arrivent à le suggérer comme solution. Le dernier en date à l’avoir évoqué est le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha-Bacha, qui n’écarte pas «le risque d’une quatrième vague encore plus virulente».
«Il y a urgence à se préparer, on ne sait pas si cette vague va persister, s’il y a un risque d’une quatrième vague. On doit préparer les grands établissements hospitaliers pour une autonomie en oxygène. Nous demandons la solidarité de notre peuple surtout par un comportement civilisé en respectant les gestes barrières et aussi de se faire vacciner, car il faut savoir que la vaccination aura son effet dans trois mois», a-t-il dit. Il poursuit en relevant que «dans la situation actuelle, si on continue d’enregistrer un nombre élevé de décès et de cas de contaminations, notamment dans notre personnel, il serait souhaitable d’aller vers un confinement total pour au moins dix jours, et ce, pour pouvoir casser la chaine de transmission du virus».
Le confinement total serait la solution pour «limiter la circulation du Covid-19 et ses variants et endiguer la pandémie», ce qui conduirait à la baisse de la pression sur les hôpitaux et, par conséquent, la «baisse de la pression sur les équipes soignantes», selon les spécialistes. Surtout que dans pas mal d’endroits, la négligence est toujours constatée en matière de respects des gestes barrières et, pis encore, lorsqu’on voit que certaines plages ont été prises d’assaut durant ce week-end, avec tout ce que cela suppose comme possibles contaminations qui feraient flamber les cas confirmés et accentuer la crise sanitaire. Le Dr Merabet regrette que les citoyens aient complètement négligé les gestes barrières et les appelle à se ressaisir, de même qu’il lance un appel à la société civile pour mieux s’organiser et être sur le terrain de la sensibilisation.

Confinement volontaire, l’exemple de Bouira
A propos de confinement, il y a lieu de noter qu’un confinement volontaire est appliqué à partir de 13h00 à travers plusieurs communes de l’est de la wilaya de Bouira dans une initiative citoyenne visant à freiner la propagation du virus de la Covid-19. «Au chef-lieu de la wilaya, beaucoup de citoyens et commerçants de la ville ont répondu favorablement aux appels sur la toile à ce confinement volontaire pour tenter de freiner l’avancée de la pandémie qui a fait plusieurs morts et plusieurs dizaines de nouveaux cas ces dix derniers jours», selon le constat de l’APS.
A l’échelle nationale, il y a actuellement 13.000 personnes hospitalisées dont 1.446 en réanimation (11,07%), selon les chiffres présentés par le Pr Lyès Rahal, directeur général des services sanitaires au ministère de la Santé. Le nombre de lits mobilisés s’élève à 21.234 pour un taux de saturation national de 50%, a-t-il ajouté. Affirmant que des citoyens peinent à trouver un lit d’hôpital dans certaines wilayas, il a relevé que le taux de saturation est à plus de 71% dans 20 wilayas du pays. «La préoccupation majeure, aujourd’hui, est de doter les lits avec tous les équipements nécessaires notamment les concentrateurs d’oxygène», a le Pr Rahal, appelant les directeurs de la santé à saisir les walis pour résoudre le problème d’oxygène. Pour une meilleure gestion des quantités disponibles, le ministère de la Santé a, dans une note, informé les DSP de la mise en place de ce nouveau dispositif de gestion de ce produit vital confiant «la gestion de la distribution de l’oxygène au niveau des établissements de santé aux walis, et ce, depuis jeudi.

Des mesures pour résoudre le problème d’oxygène
En matière d’oxygène et de matériel qui va avec, les choses se sont accélérés ce week-end et, outre les actions de solidarité citoyenne, l’Algérie a importé une autre quantité de concentrateurs. Il s’agit de 750 unités d’équipements de concentrateurs d’oxygène qui ont été acheminées de la Chine et qui sont arrivées à l’aéroport militaire de Boufarik dans la nuit de vendredi à samedi, a indiqué hier un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN).
Dans ce sens, le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, avait fait savoir jeudi que l’Algérie prévoit l’importation de «15.000 concentrateurs d’oxygène, dont 1050 déjà réceptionnés et 750 autres nous parviendront demain vendredi». Pour sa part, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzdi, a souligné que l’opération d’acquisition des concentrateurs «n’est pas facile compte tenu de la demande importante à travers le monde, notamment par les grandes puissances».
Le Premier ministre, après avoir rappelé que la production nationale oscille entre 400.000 et 120.000 litres par jour, a indiqué que «la hausse brusque de la demande» d’oxygène a amené à prendre des décisions et des mesures pour venir en appui à cette production. L’Algérie a passé commande, a-t-il révélé, pour l’acquisition de «10 unités de production d’oxygène d’une capacité de 20.000 et 40.000 litres à répartir sur les grands établissements hospitaliers», ce qui permettra, d’après lui, «d’atténuer la pression qui prévaut actuellement au sein des hôpitaux». Une mesure urgente a été prise dans ce sens, consistant en l’importation de plus de «160.000 litres d’oxygène, en sus d’autres quantités». M. Benbouzid a affirmé, en outre, de contacts avec les ambassadeurs algériens en Italie, en Belgique, en Allemagne, en France et en Espagne pour l’acquisition de concentrateurs et de générateurs d’oxygène auprès des producteurs «dans les plus brefs délais».