L’Algérie a réceptionné de nouvelles doses de vaccins anti-Covid-19 avant-hier vendredi, comme promis la veille par
le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. L’annonce de ce nouvel arrivage a été faite
par l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) sur sa page facebook : «Arrivées hier, vendredi 30 avril 2021, à l’Institut Pasteur d’Algérie, des quantités de vaccins russe Sputnik V et chinois Coronavac», a écrit l’IPA hier dans sa publication.
Cette annonce n’est, cependant, accompagnée d’aucune précision concernant les quantités de vaccins réceptionnées
par l’Algérie et c’est bien la première fois que le nombre de doses reçues n’est pas divulgué.

PAR INES DALI
Même lorsque le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, avait parlé jeudi dernier d’une «prochaine réception», il n’avait pas indiqué les quantités, mais il était attendu que les doses soient connues une fois leur arrivée ayant été effective sur le sol algérien. «L’Algérie recevra dans un jour ou deux des vaccins russe et chinois contre le nouveau coronavirus avant de procéder à la vaccination des citoyens au niveau des hôpitaux et des cliniques», avait indiqué le ministre. Le Pr Benbouzid s’était abstenu alors de donner plus de précisions sur les quantités devant être réceptionnées, arguant que le «monde entier traverse une phase difficile» et que «même les pays producteurs d’antidotes enregistrent un manque pour la vaccination de leurs citoyens».
Il est clair que la bataille est rude concernant l’obtention des antidotes, surtout lorsqu’on sait que des sommes d’argent ont déjà été avancées. En effet, le ministre est revenu sur les démarches entreprises par l’Algérie depuis le début de la pandémie auprès des pays producteurs d’antidotes et l’établissement de conventions dans ce sens, mieux encore l’Algérie a même payé des vaccins qu’elle n’a pas encore reçus à ce jour, a-t-il ajouté. Dans ce sens, il est utile de noter que l’Algérie a débloqué un montant de plus de 12,7 milliards de dinars (près de 96 millions d’euros) pour l’achat des vaccins contre le Covid 19, selon un décret présidentiel publié au Journal officiel la semaine dernière.
L’annonce de l’arrivée de nouvelles quantités de vaccins survient dans un contexte de rebond des contaminations au Covid-19 et de relâchement en matière de respect des mesures de prévention et des gestes barrières. Les spécialistes ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur le risque de voir déferler une troisième vague qui serait alors «une troisième vague de variants», sachant qu’au dernier décompte de l’IPA, rendu public la semaine dernière, l’Algérie enregistrait un nombre total de cas confirmés de variants s’élevant à 143 cas pour le britannique et 230 cas pour le nigérian.
S’exprimant sur la récente hausse du nombre de cas confirmés et l’éventualité d’enregistrer une troisième vague, le Pr Benbouzid a souligné l’importance de se conformer aux mesures préventives, notamment le port du masque de protection et la distanciation physique, car le vaccin «n’est pas l’unique solution», a-t-il estimé.

Multiplication des alertes des spécialistes
Les professionnels de la santé continuent, ainsi, d’alerter sur les risques d’un relâchement qui semble durer dans le temps, puisque «les hausses qu’on enregistre depuis plus de trois semaines sont le fait d’un laisser-aller qui date de bien avant le ramadan», nous a déclaré le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, expliquant qu’il faut environ deux semaines pour que les résultats d’un relâchement apparaissent et se manifestent par des cas confirmés. Les multiples alertes lancées n’ont pas trouvé l’écho escompté face à la situation épidémiologique qui est en train de s’aggraver avec un nombre de cas qui est passé du simple au double. De moins de 100 cas quotidiens, le nombre d’infections au Covid-19 est passé à plus de 200 cas la semaine dernière. Mais les spécialistes ne se déclarent pas vaincus et continuent de prodiguer conseils et recommandations.
C’est le cas du professeur Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, qui déplore la tendance haussière des cas confirmés et des décès. «La situation est un peu préoccupante car elle est concomitante avec l’arrivée des variants», a-t-il soutenu, avant d’insister sur la principale recommandation de «la prudence» qui passe par le respect des gestes barrières, dont la distanciation physique et surtout le port du masque. Il s’inquiète également de voir «le nombre de consultations» augmenter au niveau des hôpitaux et «les lits des services de réanimation» se remplir de plus en plus, nécessitant «plus d’oxygène et de soins intensifs au profit des patients des cas Covid», et ce, «d’autant plus que l’activité chirurgico-médicale de base a été reprise». Commentant le nombre de décès qui a connu une hausse considérable, le Pr Mehyaoui a noté que tous les chiffres sont liés entre eux : «Plus il y a de cas de contaminations, plus il y a de cas en réanimation et, donc, plus il y a des décès».
L’autre spécialiste qui appelle à la plus grande vigilance est le docteur Rym Bourezak, maître assistante en chirurgie cardiaque, qui regrette également «le relâchement constaté chez la population qui s’est crue en sécurité, alors que nous n’avons jamais été en sécurité avec ce virus». Elle a exprimé son «inquiétude au vu de l’évolution de la pandémie, notamment ces tous derniers jours, avec les flambées en Europe et surtout en France». Réitérant la gravité de voir se propager les variants, elle a mis en garde contre le variant indien expliquant que l’Inde, avant la situation grave actuelle qui le caractérise, avait un nombre bas de contaminations. «Mais avec le relâchement de sa population qui sortait sans mesure de protection ni même sans bavette, la pandémie a flambé d’un seul coup, l’Inde se retrouve devant un véritable problème d’oxygène alors que c’est un pays connu pour son industrie développée en la matière».
Tout cela pour dire que nous sommes probablement devant «une troisième vague et qu’il est absolument indispensable de respecter les mesures barrières» avant qu’il soit trop tard. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que les pays africains sont exposés à un risque élevé de résurgence de la pandémie en raison du manque de respect des mesures de santé publique. «Au manque de respect des mesures de santé publique, s’ajoutent la tenue de rassemblements de masse et la faiblesse des taux de dépistage et de vaccination», a alerté hier le bureau régional de l’OMS (à Brazzaville) dans un communiqué.