4 Le taux de vaccination anti-Covid en Algérie a atteint 50%, soit près de 10 millions des personnes, selon le bilan annoncé jeudi dernier. Des efforts doivent encore être fournis pour ratisser plus large et permettre au pays d’atteindre l’immunité escomptée de 70%.

PAR INES DALI
C’est dans ce sens que verse la déclaration du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a exhorté, hier, les walis à «encourager la vaccination» qu’il estime être «la seule solution» face à la pandémie de Covid-19», tout en mettant en garde contre le risque que représente le relâchement, car «une quatrième vague est possible et il faut tirer des enseignements de ce que nous avons traversé».
Pour ce faire, instructions ont été données, à l’ouverture des travaux de la rencontre gouvernement-walis, pour équiper tous les hôpitaux de générateurs d’oxygène et les producteurs de camions citernes afin de répondre à la demande nationale, ce qui permettra d’«éviter le scénario de l’été dernier» et d’être prêt à une éventuelle «quatrième vague». La vaccination demeure également parmi les priorités. «Si on arrive à vacciner les deux tiers des citoyennes et des citoyens, nous sortirons de la zone de danger», a déclaré le Chef de l’Etat.
La vaccination est donc le cheval de bataille du Président et de son gouvernement et, à ce titre, le ministre de la Santé a, lui aussi, appelé les citoyens à se faire vacciner. «La vaccination est l’unique moyen efficace pour endiguer la propagation du virus et éviter une quatrième vague», a-t-il dit le 23 septembre, avant d’annoncer que «50% des personnes avaient été vaccinées, soit 10 millions de personnes sur un total de 20 millions ciblés». Ces chiffres avancés par le ministre manquent de précision, selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. «Quand on avance des chiffres, il ne faut pas se contenter de généralités», a-t-il estimé.
«Il faut définir quelle est la population concernée, comment et combien à la personne près. Ce n’est pas suffisant de dire que nous avons vacciné 50% de la population ciblée. Il faut qu’on nous explique quelles ont été les cibles de cette campagne de vaccination. Est-ce toute la population de 18 ans et plus ?», s’est-il demandé, avant de dire «nous demandons la définition de la cible, car pour nous, c’était le tout venant à partir de 18 ans qui était concerné par la campagne de vaccination. Maintenant, quels sont ceux qui sont ciblés ?».

Les chiffres manquent de précision
En décortiquant un peu plus ces chiffres, le Dr Bekkat Berkani va plus loin et souligne que lorsqu’on parle de «50% de vaccinés, soit près de 10 millions de personnes vaccinées, il faut préciser les autres chiffres qui vont avec, à savoir quel est le nombre exact de totaux-vaccinés, soit ceux qui ont reçu leurs deux doses d’anti-Covid-19, et quel est le nombre exact des primo-vaccinés, ceux qui ont reçu une seule dose», a-t-il fait remarquer. Il y a lieu de rappeler, dans ce sens, que les derniers chiffres communiqués sur ce chapitre au début du mois est celui de 3 millions de totaux-vaccinés sur une population de 8 millions de vaccinés.
L’imprécision ne doit plus se poursuivre et plus de clarté est réclamée par notre interlocuteur. «Le ministère de la Santé doit pouvoir, définitivement, donner des chiffres à la personne près. C’est ainsi qu’on pourrait faire une prise de conscience générale, quand les citoyens, probablement, verront qu’il n’y a pas eu assez de vaccinés», a-t-il tenu à noter avant d’expliquer : «Quand on a tendance à dire ‘’ça y est, nous sommes arrivés à la moitié’’, les gens ont tendance à le penser aussi», ce qui les induirait peut-être à penser qu’ils n’ont plus besoin d’être vaccinés. Vous voyez un peu les fausses assurances.»
Il indique qu’à son niveau, il ne peut pas connaitre les chiffres mais que c’est le ministère de la Santé qui a la parole. «Si c’est vrai que nous sommes à 50% des personnes qui ont été vaccinées, ça veut dire qu’on a une immunité de 50% et ça veut dire qu’il faut qu’on revienne à une vie normale et lever certaines contraintes». Il a cité, dans ce registre, la levée du couvre-feu nocturne, l’ouverture du métro d’Alger, l’ouverture du monde du spectacle et tous les lieux de loisir et, pourquoi pas, songer également à augmenter, probablement, le nombre de vols internationaux, sans oublier les liaisons maritimes. Mais d’un autre côté, il subsistera toujours les 50% qui n’ont pas été vaccinés et qu’il faut encore convaincre, car ils peuvent être à l’origine d’une recrudescence des contaminations.
Pour lui, il y a maintenant une chose qui est très importante, c’est de «ne pas s’endormir avec cette rentrée sociale», d’autant plus qu’il «semblerait qu’il y a une disponibilité de vaccins». Dans ce cadre, il y a lieu de relever qu’une bonne partie du personnel de l’Education nationale, au profit duquel une campagne a été lancée le 22 août dernier, a atteint un taux de vaccination de 11% (80.000 sur 740.000 fonctionnaires entre enseignants, administratifs et autres agents» en date du 19 septembre. Ce qui reste un taux assez bas, selon les spécialistes.

Réticents à la vaccination : «Il faut plus de pression»
Pour l’Enseignement supérieur, dont la rentrée est prévue le mois prochain, le premier responsable du secteur a, lors d’une réunion avec le ministre de la Santé jeudi dernier à laquelle était présent également des responsables d’autres secteurs, affirmé que «la campagne vaccinale contre le Covid-19 est l’affaire de toute la famille du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique», appelant tout un chacun à faire preuve de sagesse pour que l’Université puisse reprendre ses activités habituelles». Il a relevé avoir constaté «dès le début un engouement des enseignants pour la vaccination» dans les établissements réservés à cet effet, tout en notant que «les étudiants ont été moins nombreux à se faire vacciner, probablement parce qu’ils ont fait leurs inscriptions à distance comme l’exige le protocole sanitaire mis en place». Il a saisi cette occasion pour appeler les partenaires sociaux à contribuer à la sensibilisation à la campagne vaccinale contre le Covid-19 au profit des étudiants, des enseignants et de l’ensemble du personnel universitaire pour permettre à l’Université de reprendre ses activités dans un climat sanitaire plus serein.
Si des appels sont lancés aux syndicats pour convaincre, c’est que l’opération ne se déroule probablement pas comme voulue. «Il faut absolument passer à la deuxième vitesse, c’est-à-dire faire de plus en plus la pression étant donné que ceux qui ont voulu se faire vacciner l’ont fait. Il reste les réticents en tous genres et en tous mode qu’il faut faire vacciner», a suggéré avec force le Dr Bekkat Bekani, soulignant que ce n’est pas une pression à appliquer à un seul secteur, mais partout où il y a des réticents à la vaccination en raison de «fakenews et autres», surtout ceux qui ont des professions qui les mettent en contact avec les citoyens. Pour lui, il faut que les gens comprennent que «la liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres».
Toujours à propos de vaccination, il a tenu faire un rectificatif concernant le personnel de la santé, notamment les médicaux et paramédicaux. Il a assuré que «contrairement à ce qui se dit, ces personnels sont pratiquement tous vaccinés. Il subsiste peut-être quelques-uns qui n’ont pas voulu se faire administrer l’antidote, mais je peux assurer qu’ils ne sont pas du tout nombreux». A propos du personnel de la santé, le président de la République a affirmé hier que l’Etat poursuivra «la protection de l’armée blanche», avant de saluer tous les efforts que médecins, infirmires et autres continuent de consentir dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, tout en assurant que les engagements à leur égard continueront à être honorés. <