Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a reçu, hier au siège de son ministère, le directeur général des laboratoires chinois Sinovac, Gao Qiang, qui est en Algérie dans le cadre d’une visite de travail au cours de laquelle est programmée une visite au site de fabrication du vaccin Coronavac à Constantine.

PAR INES DALI
Les discussions ont abordé plusieurs volets, dont la vaccination des enfants, des femmes enceintes et des femmes allaitantes, a indiqué un communiqué du ministère. Lors de cette rencontre, à laquelle ont assisté l’inspecteur général du ministère El-Hachemi Chaouche, la directrice générale de la pharmacie et des équipements médicaux Wahiba Hadjoudj, et le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie Fawzi Derrar, le ministre a écouté une série d’explications fournies par le directeur général des laboratoires Sinovac, incluant «la vaccination contre le Covid-19 chez les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes».
Si la vaccination des enfants est mise en standby en attendant un taux acceptable de la vaccination des adultes, celle des femmes enceintes est encore une fois d’actualité après le décès en réanimation, jeudi dernier, d’une autre femme enceinte exerçant en tant que médecin à l’hôpital de Blida après sa contamination par le Covid-19. Ce n’est pas la première, d’autres cas similaires ont déjà eu lieu, dont la première était la jeune médecin de 29 ans travaillant dans un hôpital à Sétif, sans oublier deux résidentes décédées en septembre.
La question de la vaccination de la femme enceinte n’est pas encore tranchée en Algérie bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le préconise aussi, car celles-ci ont plus de chance de développer des formes graves de la maladie, de l’avis des professionnels du secteur sanitaire. A la question de savoir pourquoi ne vaccine-t-on pas encore ces femmes en Algérie, le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, a répondu qu’il faut avoir «un vaccin adapté» à leur cas. «Autant l’année dernière on était réticent par rapport à la vaccination des femmes enceintes au niveau international car il n’y avait pas assez de recul des laboratoires sur cette question, autant maintenant les vaccins pour la femme enceinte sont validés ailleurs. Il s’agit de voir avec les laboratoires fabricants si des études ont été menées pour voir s’il est possible de les administrer à ces femmes», nous a déclaré le spécialiste infectiologue en septembre. Trois mois plus tard, on n’en sait toujours pas plus sur les antidotes acquis.
Les vaccins utilisés actuellement en Algérie sont-ils adaptés aux femmes enceintes ? La question reste posée et une réponse est attendue des autorités sanitaires afin d’éviter de nouveaux drames, cela d’autant que «des laboratoires ont essayé l’anticoronavirus chez la femme enceinte et l’ont validé, et toutes les études qui ont été menées ont montré l’efficacité et l’innocuité du vaccin chez ces femmes», selon le Dr Yousfi.

Le Pr Senhadji pour une «vaccination massive»
En tout état de cause, l’Algérie, dont le taux de vaccination reste très faible, d’à peine 27% alors que l’objectif initial était de vacciner 70% de la population éligible à la fin de l’année en cours, continue à faire face à la réticence de la population malgré les nombreuses campagnes. Intervenant à ce sujet, le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS), a estimé qu’il est «primordial d’œuvrer pour sensibiliser à l’effet d’élargir la vaccination afin de lutter contre la Covid-19 et le variant Delta qui est un virus agressif et cause des décès».
Plaidant pour la vaccination massive, il a soutenu que «la priorité doit être donnée à la lutte contre le variant Delta, car il constitue une véritable menace pour les populations, notamment avec le faible taux de vaccination actuel. Il est plus que nécessaire de faire plus de pédagogie pour avoir plus d’adhésion à la vaccination». Le faible taux vaccinal n’est pas seulement chez la population générale, mais il se trouve être également parmi le personnel de la santé, censé être en tête de file des sensibilisateurs. Le personnel soignant ne compte qu’un taux de 31%, a révélé récemment le ministre de la Santé. D’autres catégories boudent, elles aussi, les anticoronavirus, comme le personnel du secteur de l’Education nationale avec un taux de 27%, ou encore les étudiants qui ne sont vaccinés qu’à hauteur de 2%, selon le ministre.
«Le taux de vaccination contre la Covid-19 qui est de l’ordre de 27% demeure très faible par rapport aux menaces réelles de cette pandémie», a averti le président de l’ANSS, insistant que «les vaccins sont très efficaces, car ils protègent contre tout risque de décès ou de complications sévères en cas de contamination». Il ne se dit toutefois pas pour l’obligation vaccinale, estimant que ce cette dernière «n’est pas possible car elle touche aux libertés des citoyens, mais, a-t-il poursuivi, nous pouvons trouver une solution en mettant en place une réglementation pour un pass sanitaire afin de lutter contre la propagation du virus et réduire les risques de mortalité».
Le Pr Senhadji a, par ailleurs, fait savoir que les recherches scientifiques penchent sur les possibilités de trouver des vaccins à administrer par voie nasale pour lutter contre les variants du Covid-19. «Ce vaccin serait le plus efficace car il prend la voie du virus, ce qui permet à la personne vaccinée de se protéger efficacement», a-t-il expliqué. En attendant cette solution, c’est le vaccin injectable qui reste de mise et, à ce propos, il est utile de noter que l’Algérie a importé un total de «33,8 millions de doses de vaccins», selon Mme Hadjoudj, dont 13 millions de doses sont stockées. Cela outre la production du sérum chinois Coronavac sur le site de Saidal à Constantine lancée le 29 septembre dernier. Selon les prévisions, cette unité devait produire un million de doses en octobre, 2 millions en novembre et plus de 5,3 millions à partir de janvier 2022. <