Les vaccins contre le nouveau coronavirus qui semblent être les plus appropriés pour l’Algérie sont les vaccins russe et chinois, des pays avec lesquels les discussions ont été entamées depuis l’été dernier par la voie de leurs représentations diplomatiques. Ce sont des vaccins classiques comme ceux que l’Algérie a l’habitude d’utiliser et dont la conservation et le transport nécessitent des moyens et infrastructures comme celles existant déjà dans le pays, de l’avis des professionnels de la santé.

La vaccination dont le coup d’envoi en Algérie devra être donné en janvier prochain ne sera pas une vaccination massive, mais progressive. C’est ce qui fait que l’échéance de janvier, à propos de laquelle les avis des professionnels sont partagés, ne serait pas forcément un écueil. «L’essentiel, c’est de commencer. Dans son instruction, le président de la République a demandé que la vaccination commence en janvier sans préciser la date, le 1er le 2 ou le 31. C’est une question de principe de débuter le mois prochain», a déclaré Dr Mohamed Bekkat Berkani. «Il est donc clair que ça nous laisse tout de même un mois par rapport au fait d’avoir des vaccins, mais pas tous les vaccins. Il faut bien comprendre que janvier sera le début de la campagne de vaccination, c’est-à-dire le lancement solennel de cette campagne, avec ce qu’on pourrait avoir comme choix par rapport aux fournisseurs, à la disponibilité du vaccin en lui-même, si c’est une firme ou un pays, etc.», a ajouté le président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Insistant qu’il est temps de commencer à vacciner, il relèvera aussi que «la vaccination va s’étaler dans la durée, en se poursuivant peut-être toute l’année prochaine». Elle durera «jusqu’à ce qu’on ait des résultats d’une immunité collective, car c’est cela qui compte, à savoir repousser le virus de plus en plus dans ses derniers retranchements, jusqu’à ce qu’il y ait de moins en moins de gens qui soient réservoirs de virus».
Invité à donner son avis par rapport aux vaccins les plus appropriés et à même de pouvoir être administrés en Algérie, Dr Bekkat Berkani a estimé que ce sont les vaccins «russes et chinois» étant donné que «ce sont des vaccins classiques, faciles à utiliser et qui ont donné des résultats». Il convient de noter que le nom du vaccin russe revient très souvent et que des sources ont déjà affirmé à Reporters que Spoutnik V se trouve en tête de liste de ceux que l’Algérie aurait choisis. A ce propos, le ministre de la Santé a tenu, hier, une rencontre avec le représentant diplomatique de ce pays afin de peaufiner le dossier de l’acquisition du vaccin.
Etudier au plus vite les dossiers scientifiques
Quoi qu’il en soit, si les deux vaccins russe et chinois sont choisis, il faudrait que les institutions de contrôle puissent «le plus vite possible étudier la documentation et les dossiers scientifiques de ces vaccins afin de garantir l’innocuité, la faisabilité et l’efficacité», a indiqué Dr Bekkat Berkani, selon lequel «cela peut se faire avec nos experts, à savoir l’Agence du médicament, l’Institut Pasteur d’Algérie et les immunologues». Il a donné l’exemple de la FDA (Agence américaine du médicament) qui a délivré les validations pour les laboratoires ayant mis au point un vaccin une semaine après avoir reçu les demandes d’autorisation, estimant que cela reste faisable en Algérie.
Ce ne sera pas le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie, mais les spécialistes qui auront à étudier dans les meilleurs délais les dossiers des deux vaccins, a tenu à préciser ce membre du Comité. Une déclaration confortée par le Dr Salah Eddine Sahraoui, président de la Société algérienne de biotechnologie et recherche médicale. «L’Algérie, à l’instar de toutes les Agences internationales, a mis en place une procédure accélérée d’enregistrement des vaccins anti-Covid-19, à travers l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), par l’impulsion du ministère de l’Industrie pharmaceutique, ainsi que l’Institut Pasteur qui travaille en étroite collaboration avec ces dernières. Elle a, ainsi, suivi les mêmes étapes en termes d’homologation que celles entreprises au niveau international», a déclaré Pr Sahraoui sur les ondes de la Radio nationale.
A propos du vaccin d’AstraZeneca évoqué lundi par des sources comme faisant partie de la short liste des laboratoires développeurs dont a fait part le communiqué du Premier ministère – sans donner les noms des laboratoires de cette short liste –, le Dr Bekkat Berkani estime que celui-ci «est prometteur». Mais, a-t-il souligné, «il n’est pas sur le marché, ce qui rétrécit notre marge de manœuvre». Cette déclaration laisse donc supposer que les pistes des vaccins russes et chinois restent effectivement les plus plausibles pour le moment, du moins pour le début de la vaccination en janvier qualifiée de «salutaire» par l’ensemble de la communauté médicale.
«Les gestes barrières ont des limites, la seule arme de destruction massive contre le Covid-19 reste le vaccin, c’est pour cette raison qu’on doit commencer la vaccination», insiste le président de l’Ordre des médecins, avant de se demander jusqu’à quand les gens continueront de ne pas circuler librement, jusqu’à quand les frontières aériennes, maritimes et terrestres resteront-elles fermées, sans oublier le côté socio-économique qui revêt une importance primordiale pour les citoyens et le pays. En fait, «il faut donner espoir à la population car ce n’est pas très éthique de laisser les Algériens sans vaccination, alors que plusieurs pays comparables au nôtre vont commencer en janvier. Après tous les efforts qui ont été faits sur plusieurs plans, notamment la sensibilisation sur les gestes barrières, la mise à disposition des moyens de protection, l’ouverture de plusieurs laboratoires de tests PCR, etc., on ne peut dire aux Algériens d’attendre pour le vaccin. Il faut aller de l’avant et commencer à vacciner après neuf mois de désespoir. Il est temps que les Algériens retrouvent une vie que je ne dis pas normale, mais subnormale dans un premier temps», a conclu le membre du Comité scientifique, ajoutant que l’Algérie a les infrastructures pour la conservation des vaccins nécessitant une réfrigération (comme les vaccins russe et chinois) ainsi que le personnel qui s’occupera de l’administrer, le pays ayant une longue expérience dans le domaine.