Le rythme actuel de la vaccination contre le nouveau coronavirus ne répond pas aux prévisions. Il est considéré très faible eu égard aux moyens humains et matériels déployés pour faire réussir l’opération vaccinale, a reconnu, hier, le Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19.

PAR INES DALI
«On compte en Algérie 10,2 millions de personnes vaccinées ayant reçu une dose et 5 millions ayant reçu les deux doses», a-t-il indiqué sur les ondes de la Radio nationale, soulignant que le rythme de la vaccination est «en deçà de celui de juillet», période de flambée de la pandémie, et du «début septembre», lorsqu’il y a eu lancement de la grande campagne nationale de vaccination qui devait durer une semaine puis a été rallongée à deux semaines, avant d’être maintenue jusqu’à la fin de l’année. A ce rythme, la question qui se pose est si l’objectif de 20 millions de personnes à vacciner d’ici à la fin de l’année serait atteint.
C’est le énième aveu que la vaccination ne suit pas une cadence telle que souhaitée par les autorités sanitaires. La réticence se fait de plus en plus sentir, alors qu’au début de la campagne nationale de vaccination en septembre, il a été enregistré jusqu’à «plus de 296.000 vaccinés par jour», selon le Pr Mehyaoui. Tout en annonçant ces chiffres, il a mis en exergue le paradoxe entre le début de l’année et la période actuelle. «Lorsque la vaccination a débuté en fin janvier 2021, alors que nous n’avions pas suffisamment de vaccins, tout le monde voulait se faire vacciner. Aujourd’hui, nous sommes dans la situation inverse : les vaccins sont disponibles en millions de quantités, mais il y a une réticence par rapport à la vaccination», a-t-il noté.
«Il y a un grand recul de la vaccination, loin des niveaux que nous souhaitions», a-t-il réitéré, tout en lançant un appel à la population pour se faire vacciner, «surtout avec la rentrée universitaire, la rentrée scolaire et la rentrée sociale d’une façon générale». Il a soutenu que les citoyens doivent «retourner à la vaccination, surtout que la température commence à baisser», relevant que «l’automne et l’hiver sont connus pour être des saisons où les virus respiratoires apparaissent et se propagent». Le Pr Mehyaoui insiste que c’est la vaccination qui permet de se protéger contre le Covid-19 et saisit l’occasion pour souligner qu’il faut «profiter de cette situation d’accalmie et de stabilité de la pandémie pour vacciner le maximum».
La situation épidémiologique est en phase de «stabilité appréciable», a-t-il poursuivi, enchainant que cela a permis aux équipes soignantes de souffler, ainsi qu’à tous les acteurs en charge de la gestion de la crise de Covid-19 qui étaient soumis à «une grande pression car devant prendre des décisions pour des mesures plus rigoureuses» s’il n’y avait pas eu cette stabilité. Il en veut pour preuve le nombre des contaminations qui reste autour de la «centaine de cas confirmés par jour» et le nombre de décès qui est passé à «trois ou quatre», ce qui ne l’empêche pas de nuancer cette situation confortable et de signifier qu’il s’agit d’une relative stabilité. «Nous sommes optimistes, mais nous devons garder une certaine discipline vis-à-vis de cette pandémie, car le virus continue de se propager dans le pays, sans oublier que c’est le variant Delta qui se propage. Cela nécessite que nous soyons très vigilants dans l’application des mesures de protection et d’aller en masse à la vaccination», selon le Pr Mehyaoui. La rentrée universitaire qui compte quelque 2 millions de personnes entre étudiants et personnels enseignants et administratifs constitue un autre souci par rapport à la pandémie. Les prévisions de vaccination sont loin d’être satisfaisantes, alors que l’opération vaccinale a débuté durant l’été pour cette communauté. L’objectif était d’assurer une rentrée avec une sécurité sanitaire optimale. «C’est le même scénario que pour les personnels du secteur de l’Education nationale», a fait remarquer le Pr Mehyaoui, qui a rappelé que les autorités sanitaires avaient lancé la campagne de vaccination à leur profit le 22 août, mais «le résultat obtenu n’est pas à la hauteur des aspirations».

Convaincre «progressivement», «avec pédagogie»
«Beaucoup parmi ces personnels sont réticents à la vaccination. Il y a un grand taux de non-vaccinés. C’est le même cas pour les étudiants que nous avons appelés à se faire vacciner au niveau des universités pendant les inscriptions déjà. Ils sont nombreux à ne pas avoir répondu à cet appel», a admis le Pr Mehyaoui.
«Pour que nous soyons rassurés quant à cette pandémie et que nos craintes disparaissent, il nous faut tous être vaccinés», a répété sans se lasser le membre du Comité scientifique. Pour ce faire, la persuasion avec «pédagogie» et de façon «progressive» reste l’option la plus privilégiée pour le moment, «sans avoir recours à des lois ou autres obligeant les citoyens à se faire inoculer l’anti-Covid-19», a-t-il dit, relevant que progressivement, il peut y avoir accès à certains lieux sur présentation d’un «certificat de vaccination», avec «un code QR». C’est, ainsi, qu’il en appelle au «bon sens» de la population pour que la vie normale puisse reprendre dans tous les domaines, signalant, au passage, que la stratégie d’ouvrir progressivement les différents espaces fermés pour cause de Covid est «bien pensée», expliquant qu’elle permet «un retour en arrière plus facile dans le cas où il y a recrudescence de la pandémie. En revanche, si tout est ouvert à la fois, il est difficile de tout refermer à la fois».
Par ailleurs, à propos de la théorie donnant comme cycle de vie de deux ans pour les virus, il a estimé que, pour le moment, elle n’est «pas encore prouvée pour le nouveau coronavirus qui a chamboulé tous les calculs des scientifiques» du monde entier. «Personne ne s’attendait à ce que la durée de vie de ce virus soit aussi longue, ni que la troisième vague soit plus virulente et nécessite la consommation de très grandes quantités d’oxygène comparativement aux deux précédentes», a-t il tenu à noter, d’où «seule la vaccination peut protéger contre le Covid-19», a-t-il conclu.