Le personnel du secteur de la santé, tous corps confondus, n’est vacciné contre la pandémie de Covid-19 qu’à hauteur de 31%, selon le chiffre révélé avant-hier par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid. Ce qui représente un taux très faible, notamment au vu de la profession que ce personnel exerce. Cela traduit également, on ne peut mieux, que la grande majorité des travailleurs du secteur sanitaire, soit 69%, continue d’observer une réticence vis-à-vis de la vaccination.

PAR INES DALI
Une attitude que leurs confrères, ceux convaincus par l’acte vaccinal, regrettent, cela d’autant que leur réticence sert parfois d’exemple pour le simple citoyen qui finit par se demander pourquoi lui irait se faire vacciner si des médecins, des infirmiers et autre personnel soignant rejettent la vaccination.
Le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha, est parmi ceux qui regrettent le faible taux de vaccination chez ses confrères. Il estime que cette situation est le fait de la profusion de fausses informations scientifiques. «Le problème, et c’est un constat, c’est qu’ils sont intoxiqués par l’information médicale au quotidien», a-t-il déclaré, hier, sur les ondes de la Radio nationale, ajoutant que selon, lui, «il faut encore les sensibiliser». «J’invite mes collègues à ne pas être emportés facilement par cette fausse information scientifique. Je redis qu’il n’y a que le terrain, celui qui a montré ses preuves», a-t-il insisté, faisant remarquer que la sensibilisation ne devrait pas seulement toucher le personnel de la santé, mais également la population générale puisque celle-ci fait, elle aussi, preuve d’une grande résistance contre l’acte vaccinal avec un taux ne dépassant pas les 27% de personnes ayant reçu leurs deux doses d’anti-Covid-19.
Un autre professionnel de la santé n’a pas manqué de déplorer qu’une réticence soit toujours observée chez le personnel soignant, alors que des centaines parmi eux ont perdu la vie en raison du Covid-19, dont d’éminents professeurs, des médecins, des infirmiers, des ambulanciers…
«C’est un constat de déception que nous faisons. On est déçu de voir qu’au niveau du personnel de la santé il y a encore une réticence, pour ne pas dire une résistance par rapport à l’acte vaccinal, bien que ce personnel est le premier exposé en termes de contaminations et de bilan macabre que nous avons enregistré chez nous depuis le début de la pandémie», selon le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique. «Pas plus loin qu’hier (lundi, ndlr), un inspecteur de la santé, un grand monsieur, est décédé des suites du Covid», a, par ailleurs, fait savoir le Pr Belhadj. Un autre décès qui vient allonger une liste déjà assez longue. Le directeur des activités médicales et paramédicale au CHU Mustapha-Bacha, estime que «dans tous les secteurs et activités, il y a cette notion d’obligations et devoirs, y compris dans le personnel de la santé qui vit au cœur de cette tempête virale et qui côtoie les malades quotidiennement», c’est pourquoi, il les encourage à recevoir l’antidote et à «ne pas se laisser influencer par les fausse informations». Son appel vaut également pour la population générale. «Il faut nous écouter, nous qui sommes face à la mort au quotidien. 95% des personnes hospitalisées au niveau de nos structures de réanimation et qui font des formes graves ne sont pas vaccinés», a-t-il tenu à noter. En revanche, «les personnes contaminées mais qui ont été vaccinées ont développé des formes mineures de la maladie», a-t-il poursuivi, avant de souligner que «c’est, donc, une preuve scientifique et il y a assez de recul maintenant pour dire que la vaccination est le seul rempart» qui prévient contre les complications dues au Covid-19.
Selon lui, «même avec une autre vague de cette pandémie, ce sera le même schéma : ceux qui n’ont pas été vaccinés vont être exposés et vont exposer les êtres qui leur sont chers mais vont aussi contaminer dans le milieu professionnel», a-t-il déclaré, enchainant, toutefois, qu’«il ne s’agit pas de dramatiser la situation, le Covid-19 fait moins de victimes que d’autres pathologies, mais il faut apprendre à vivre avec».
Cette tendance à la résistance vaccinale dans le milieu de la santé n’est pas propre à l’Algérie, mais est présente dans d’autres pays, selon le Dr Merabet. «Ce qui est différent dans les autres pays, c’est qu’il a été mis une obligation pour les professionnels de la santé de se faire vacciner, sinon ils ne peuvent pas exercer. Malheureusement, ce n’est pas le cas chez nous. On a laissé la latitude aux gens de s’organiser – là je parle pour l’ensemble, personnel de la santé et simples citoyens y compris – et lorsque c’est fait de cette manière, il ne faut pas s’étonner de ce résultat».
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, qui a déjà eu à s’exprimer sur la réticence du personnel de la santé par rapport à la vaccination, a commenté : «On n’a pas le droit de ne pas croire à la science quand on est un homme de science».