La morosité des Bourses mondiales s’est envolée suite à l’annonce du vaccin contre le Sars Covid-2 par l’américain Pfizer qui a dopé toutes les places boursières du monde. Un vaccin mis au point par un couple de médecins chercheurs d’origine turque, en collaboration avec un laboratoire allemand, BioNtech.

Cette déclaration devait se faire avant le vote de la présidentielle américaine, mais Pfizer a préféré temporiser après les résultats « pour ne pas influencer le vote des Américains et éviter toute manipulation de la firme à des fins électorales».
L’annonce de la découverte de ce vaccin a donc redonné le sourire à un monde bourru depuis le début de la pandémie en novembre 2019. Une découverte qui intervient très rapidement, sachant que dans ce genre de recherche, plusieurs années sont nécessaires pour mettre au point un médicament ou un vaccin. Cette fois, au contraire, les laboratoires médicaux et les big pharma se bousculent au portillon de la gloire et de… la rentabilité, car le premier arrivé pourra décrocher la timbale.
Pfizer en est conscient et a donc fixé le prix de son vaccin, un bi dose à 30 Dollars minimum, donc 60 si l’on veut se prémunir contre le méchant virus. Mais comme quand on aime on ne compte pas, plusieurs pays, notamment européens, se sont rués pour passer commande, dès que la Commission européenne a annoncé, mercredi, avoir consenti un contrat avec l’américain Pfizer et l’allemand BioNTech, pour acheter jusqu’à 300 millions de doses de leur vaccin contre la Covid-19.
De leur côté, Pfizer et BioNTech ont informé, dans un communiqué, qu’ils auguraient les premières livraisons de leur vaccin « fin 2020, sous réserve du succès clinique et de l’obtention des autorisations des régulateurs», tout en annonçant deux jours avant que leur vaccin était « efficace à 90%».
Pour rappel, un vaccin efficace à 90 % représente une élimination radicale du virus, comme cela a été le cas, en 1950, avec la découverte du vaccin contre la poliomyélite, la polio, qui faisait des ravages dans le monde entier. Une atteinte qui fait partie du passé depuis de nombreuses années. Serait-ce le cas pour le vaccin américano-allemand ?
Rien n’est moins sûr quand on sait que Mme Stella Kyriakides, commissaire européenne à la santé et à la sécurité alimentaire, de l’Union Européenne, a souligné que l’arrivée d’un « vaccin sûr et efficace ne sera pas une solution miracle qui fera disparaître la Covid-19 du jour au lendemain (…) Il faudra encore continuer avec les gestes barrières» jusqu’à ce qu’une part significative de la population soit vaccinée, et surtout que les livraisons interviendront seulement quand le vaccin aura démontré qu’il est « sûr et efficace».
Cela n’a pas empêché l’UE de parapher trois contrats pour précommander d’éventuels vaccins, avec le suédo-britannique Astra Zeneca et l’américain Johnson & Johnson, jusqu’à 400 millions de doses auprès de chacun, ainsi qu’avec le duo franco-britannique Sanofi-GSK avec 300 millions de doses, sans oublier les accords préliminaires avec l’allemand Cure Vac et l’américain Moderna, alors que la distribution de tout vaccin dépendra du feu vert du régulateur, l’Agence européenne des médicaments (EMA). Mais gouverner, c’est prévoir, dit-on.

La guerre des chiffres et de… l’efficacité
Et plus concrètement, à la fin des essais de phase 3, l’Agence européenne du médicament devra encore jauger les résultats et accordera – ou non – une autorisation de mise sur le marché, la fameuse AMM.
De leur côté, les Russes, qui ont déclaré la découverte de « leur» vaccin, il y a des mois, avec des essais in vivo, de même qu’un cobaye de choix, la propre fille de Vladimir Poutine, assurent depuis hier de l’efficacité de leur produit à 92%, essayant de réduire l’effet d’annonce de l’américain Pfizer et de l’allemand BioNTech d’un produit d’une efficacité « que» de 90%.
Le vaccin Spoutnik-V, actuellement en phase 3 d’essais cliniques randomisés en double aveugle, une démarche expérimentale utilisée dans plusieurs disciplines, auprès de 40 000 volontaires, comme le stipule le protocole d’usage.
La Russie s’est montrée jusqu’ici avaricieuse au sujet de la documentation scientifique de ce vaccin glorifié par le président Vladimir Poutine. Ses créateurs ont annoncé, mercredi, que la recherche sera proclamée prochainement « dans une des principales revues médicales au monde et évaluée par des pairs.»
Quant au pays du péché originel ayant conduit à la pandémie la plus grave de ce XXIe siècle, la Chine, on bombe le torse vaillamment en instruisant que le pays de Confucius a pour le moment créé… 4 vaccins ! Rien que ça, et dont le plus avancé est actuellement en phase de… vaccination large en Chine et au Brésil, avec seulement la découverte d’un seul cas, à Rio, qui n’aurait pas supporté le vaccin, avec « une réaction allergique grave», sans autres explications.
La concurrence fait donc rage et les labos se bousculent pour placer chacun sa création, craignant qu’une découverte d’un médicament ruine tous leurs espoirs et… finances.
Mais même si la fiabilité d’un vaccin ou d’un autre ne peut être certaine qu’au bout de plusieurs mois, voire des années, aucun pays au monde ni laboratoire de contrôle ne peut faire la fine bouche devant l’ennemi invisible qui a mis à genoux les économies les plus coriaces. L’Algérie, qui ne fait pas exception, s’est aussi positionnée sur le marché des vaccins en anticipant sur des succès chinois, russe, ou carrément un laboratoire des big pharma. Des accords ont été conclus avec la Chine et la Russie, pour des considérations géo-sanitaires, mais aussi avec Sanofi, Astra Zeneca ou encore l’incontournable Pfizer. Mais pour ce dernier, les deux premiers milliards de doses ont d’ores et déjà été réservées et vendues apparemment, avant même leur production, aux pays au Nord de la planisphère, en somme « un vaccin de Blanc pour les Blancs», comme relevé au sein de l’OMS. Car aussi bien l’Amérique du Sud, l’Afrique, les pays du Sud-Est asiatique et l’Océanie sont autant de régions que de populations, pour le moment, entre parenthèses.