Après les difficultés rencontrées par Sanofi, l’arrêt par l’Institut Pasteur du développement de son principal projet de vaccin contre le Covid-19 marque un nouveau revers pour la recherche française, aux causes autant conjoncturelles que structurelles. « Pas de vaccin au pays de Pasteur! Quel symbole! », a dénoncé sur Twitter Bastien Lachaud, député du parti de gauche radicale La France insoumise, évoquant notamment « la clochardisation de la recherche publique ». L’annonce est en effet survenue quelques jours après une précédente polémique sur des suppressions de postes dans la recherche-développement au sein d’un autre fleuron français du secteur pharmaceutique, Sanofi. L’institut Pasteur travaillait sur un vaccin utilisant comme base celui contre la rougeole, qu’il avait adapté, en collaboration avec le laboratoire pharmaceutique MSD, nom du géant américain Merck hors des États-Unis et du Canada. Mais lundi, Merck a annoncé l’interruption du travail sur ses deux projets de vaccin contre le Covid-19, faute de résultats probants lors des premiers essais cliniques. Avant cela, Sanofi avait averti début décembre que son vaccin développé avec le britannique GSK avait pris du retard et ne serait prêt que fin 2021, là encore en raison de résultats moins bons qu’escompté. Ce dernier projet de vaccin repose sur une technologie à base de protéine recombinante, et non à ARN messager, la solution utilisée par ceux déjà commercialisés par Pfizer-BioNTech et Moderna.

– Paris infructueux –

« L’idée de partir de quelque chose qu’on connaît bien, comme Sanofi avec son vaccin contre la grippe, pouvait être une stratégie pertinente. Il y a une part de hasard, de risque dans la recherche », souligne auprès de l’AFP Nathalie Coutinet, enseignante-chercheuse à l’Université Sorbonne Paris Nord. Traditionnellement, développer un nouveau vaccin prend du temps et de l’argent: selon les spécialistes du secteur, il faut en effet compter environ un milliard d’euros et dix ans en moyenne Pour le Covid-19, la recherche, dopée par des financements exceptionnels et des partenariats public-privé, a toutefois pulvérisé les échéances habituelles. Chaque acteur a dû faire des choix concernant la technologie sur laquelle il allait miser et ce, « tout en sachant que certains échoueraient » car « c’est la loi du genre, la loi de la science », relativise Christophe d’Enfert, directeur scientifique de l’Institut Pasteur à Paris. « Si tout le monde avait opté pour l’ARN messager et que ça n’avait pas marché, on aurait dit que c’était stupide. C’est facile de donner des leçons a posteriori en disant qu’il fallait faire ceci plutôt que cela », abonde Mme Coutinet. Sanofi n’a toutefois pas délaissé cette nouvelle technologie, puisqu’il développe aussi un projet qui l’utilise, avec la biotech américaine Translate Bio, dont les travaux n’ont pas encore abouti, contrairement à ceux de ses concurrentes.

– Causes structurelles –

Au-delà de paris finalement infructueux, des causes plus structurelles peuvent aussi expliquer les écueils français dans la course au précieux liquide pour endiguer la pandémie. Deux des premiers vaccins, qui présentent des taux d’efficacité supérieurs à 90%, sont issus de BioNTech et Moderna, des petites entreprises spécialisées dans le développement de traitements innovants. Les grands groupes pharmaceutiques, comme Sanofi, ont en effet eu tendance à externaliser cette partie de leur activité, car la recherche coûte cher. Pour la financer, les start-up des biotechnologies s’appuient largement sur l’argent des fonds de capital-risque, bien plus développés aux États-Unis: une étude du cabinet de conseil McKinsey and Company relevait ainsi en 2019 que les biotechs en Europe recevaient cinq fois moins de financements privés que leurs homologues américaines. Depuis quelques années, pour compenser partiellement ce manque, la France s’est dotée avec Bpifrance d’une autre source d’argent pour aider ces nouvelles structures à se développer. Ainsi, mi-janvier, la biotech française Ose Immunotherapeutics a annoncé avoir reçu environ 5 millions d’euros pour son candidat-vaccin contre le Covid-19, qui pourrait être commercialisé début 2022. En attendant que Sanofi trouve la bonne formule, le laboratoire et le gouvernement étudient la possibilité que le premier mette à disposition ses chaînes de fabrication pour augmenter la production de vaccins déjà existants. « Nous regardons avec Sanofi s’ils peuvent débloquer des capacités de remplissage de flacons de vaccin, car ils ont de grosses capacités en la matière », a récemment affirmé la ministre déléguée à l’Industrie française, Agnès Pannier-Runacher, soulignant la « bonne volonté » de l’entreprise.  (AFP)