A quelques jours du début de la campagne annoncée de vaccination contre le coronavirus Covid-19, on ne sait toujours pas quel choix d’antidote l’Exécutif a-t-il fait. La semaine dernière, le gouvernement Djerad a déclaré sans autre précision avoir opté pour une liste réduite de vaccins et être prêt pour janvier 2021. Mais avec quel vaccin ? Sur les vaccins russe, chinois et autre Astra Zeneca, les supputations vont bon train sans qu’aucune donnée officielle ne soit venue clarifier la situation.

Le vaccin que l’Algérie choisira pour un début de vaccination en janvier prochain est un sujet très suivi par la population qui reste attentive à la moindre annonce. Une semaine après l’instruction du président de la République au Premier ministre de présider une réunion pour déterminer l’anti-Covid-19 que devra acquérir l’Algérie, le choix n’est toujours pas connu.
Hier, des assurances sont venues du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière que l’Algérie sera au rendez-vous de janvier. Abderrahmane Benbouzid a affirmé que «le vaccin sera prêt en janvier comme annoncé par le président de la République», comme il a exprimé son «souhait de voir le pays dépasser cette période difficile de la pandémie qui a eu un impact certain sur la vie sociale et économique». Le Pr Benbouzid n’a pas donné d’autres précisions, notamment celles attendues justement sur le choix de l’anti-coronavirus.
Actuellement, des noms de vaccins estimés comme étant les plus appropriés pour l’Algérie sont évoqués mais aucune déclaration officielle n’a été faite à ce sujet. En effet, les vaccins russe et chinois, de l’avis des spécialistes de la santé, sont «les plus adaptés car ce sont des vaccins classiques, comme ceux que l’Algérie à l’habitude d’utiliser». En outre, «le pays possède l’ensemble de l’infrastructure que ces vaccins nécessitent, notamment la chaine de froid nécessaire à leur conservation et distribution», selon Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Une déclaration que rejoint celle de Lotfi Benbahmed, ministre de l’Industrie pharmaceutique, selon lequel «techniquement, les vaccins qui se stockent entre 2° et 8° sont les mieux placés» pour être utilisés en Algérie. Or, il se trouve que les antidotes russe et chinois se conservent à ces températures.

Contacts avec des «laboratoires» et «pays proches»
Il a également déclaré, lors de son passage à LSA, qu’il y a «une liste de vaccins soumise et nous sommes en contact avec plusieurs laboratoires», ajoutant que «nous sommes en phase avancée avec des pays proches», sans citer les laboratoires ou les pays. «L’annonce du choix du vaccin contre la Covid-19 sera faite dans les délais», a-t-il assuré tout comme le ministre de la Santé, révélant, par la même occasion, la «mise en place de la législation nécessaire pour l’enregistrement» du vaccin choisi. Il a ainsi rassuré que «la mise en place de l’enregistrement sera rapide pour ce futur vaccin et le jour où on le choisira, l’ANPP (Agence nationale des produits pharmaceutiques) sera au rendez-vous» pour permettre «une vaccination en janvier qui se fera en milieu hospitalier».
Même si le ministre de l’Industrie pharmaceutique n’a évoqué que «des laboratoires» et «des pays proches» pour choisir les vaccins, il est clair que les antidotes russe et chinois sont en pole position étant donné qu’ils répondent aux critères de sélection énumérés auparavant par le ministre de la Santé, dont le choix d’un «vaccin classique», les autres, à savoir ceux à l’ARNmessager étant «classés en dernier» dans la liste élaborée par l’Algérie.
«Même si plus tard on devait opter pour les autres vaccins non classiques, on aura le temps de mettre en place la logistique nécessaire pour une conservation à température très basse (-80°C)», ont affirmé les spécialistes. Pour l’heure, il s’agit de débuter la campagne de vaccination en janvier, comme l’ont fait plusieurs autres pays. Pour le Dr Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, «l’essentiel, c’est de donner espoir aux Algériens en commençant par vacciner le mois prochain», estime-t-il, notant que plusieurs pays ont commencé à le faire sans avoir attendu la validation des vaccins par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les vaccins chinois et russe qui seraient en pole position pour leur acquisition par l’Algérie n’ont pas non plus obtenu le quitus de l’OMS mais sont déjà administrés dans leurs propres pays et dans plusieurs autres. A titre d’exemple, l’anti-coronavirus russe Spoutnik V a déjà fait en entrée en Argentine. Aujourd’hui, des pays européens vont débuter la campagne de vaccination après le feu vert de l’Agence européenne du médicament pour l’utilisation du vaccin Pfizer-BioNTech.

La difficile attente de la validation de l’OMS
C’est dire que l’urgence sanitaire face à la pandémie du nouveau coronavirus qui s’est imposée à la planète entière n’a laissé le choix aux pays que de faire l’impasse sur ce qui était considérée comme condition sine qua non pour une mise sur le marché d’un quelconque vaccin, à savoir une validation délivrée par l’OMS. Jusqu’à présent, l’OMS n’a délivré aucune homologation à aucun vaccin, y compris ceux qui sont utilisés dans les pays où la vaccination a commencé. Dans ce sens, on rappelle que le comme le Royaume Uni a déjà débuté la vaccination en ce mois de décembre après le feu vert de son instance de validation des médicaments. Aux Etats-Unis, la FDA (Agence américaine du médicament) a donné les validations aux laboratoires ayant mis au point un vaccin une semaine après avoir reçu les demandes d’autorisation.
L’Algérie qui a décidé de suivre elle aussi cette démarche, urgence sanitaire oblige, possède les instances qui devront étudier les données scientifiques et donner leur avis. Les scientifiques algériens devront plancher sur la documentation scientifique «au plus vite afin de s’assurer de la conformité des vaccins choisis et de pouvoir lancer la campagne de vaccination en janvier», a relevé Dr Bekkat Berkani, citant l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), les virologues et immunologues, tout en soulignant que ce sont eux qui détermineront le choix et non le Comité scientifique.
Ainsi, l’Algérie, à l’instar des autres pays du monde, a mis en place une procédure accélérée d’enregistrement des vaccins anti-Covid-19, à travers, l’ANPP, l’IPA, l’Agence nationale de sécurité sanitaire.
Elle a, ainsi, suivi les mêmes étapes en termes d’homologation que celles entreprises au niveau international. Mais pour quel vaccin ?