L’Algérie, qui s’est engagée à se procurer en quantité suffisante le vaccin anti-Covid auprès des grands laboratoires dès son homologation et sa mise sur le marché, risque d’être confrontée à une autre difficulté : notre institut Pasteur ne dispose pas encore des moyens de tester à l’échelle interne et pour notre population l’efficacité et la fiabilité du futur antidote.

Un vaccin efficace est à l’heure actuelle l’ultime espoir pour lutter contre la pandémie de la Covid-19. Depuis quelques jours, plusieurs laboratoires internationaux sont ainsi dans la course et annoncent, comme l’américain Pfizer et l’allemand BionNtec ou encore Moderna, la mise sur le marché prochaine d’un antidote efficace à 90% et plus. En attendant l’homologation par l’OMS de ce remède miracle et sa distribution à grande échelle, un important écueil risque de freiner son utilisation en Algérie.
Fouzia Bengourgoura, responsable du département de contrôle des produits biologiques à l’Institut Pasteur, a déclaré, hier, sur les ondes de la chaine 3 de la radio nationale qu’après la réception de ce vaccin se posera la question du contrôle de son efficacité thérapeutique. En effet, l’Institut Pasteur, seul laboratoire habilité sur tout le territoire national à le faire, n’a pas pour le moment les moyens techniques de faire ces contrôles. Elle lance à cet effet un appel aux autorités concernées pour l’acquisition rapide de ces moyens qui consiste concrètement en des appareils, matériaux et réactifs dont ne dispose pas actuellement l’Institut Pasteur.
Ce médecin spécialiste a rappelé que l’arrêté du 30 octobre 2008 exige que tous les produits importés destinés à la santé humaine doivent passer par le contrôle de qualité et doivent avoir un certificat de conformité délivré par une autorité algérienne.
Elle a précisé à ce sujet que si «l’Institut Pasteur possède les compétences humaines pour assurer le contrôle de qualité des vaccins, il ne dispose cependant pas de certains équipements indispensables, notamment des appareils et des «réactifs importés en totalité, dont il faudrait assurer la pérennité en matière d’approvisionnement».
Elle insiste sur le fait que «c’est une lourde responsabilité de déclarer la conformité d’un vaccin. Pour endosser cette lourde responsabilité, il faudrait nous donner les moyens de le contrôler et nous mettre sur un pied d’égalité que les multinationales qui produisent ces vaccins»
Elle réitère le fait que les contrôles de vaccin sont systématiques en affirmant que «nous contrôlons tous les vaccins dans tous leurs paramètres qui nous permettent de vérifier son efficacité, son innocuité et sa qualité.»
Dans ce sillage, elle insiste sur le fait que «nous ne pouvons pas mettre sur le marché un vaccin qui n’a pas été contrôlé ! La réglementation nous l’interdit. Il faut absolument un certificat de conformité pour que la population algérienne puisse en bénéficier.»
Mme Bougoura, qui est responsable du département de contrôle des produits biologiques à l’Institut Pasteur, explique que les étapes de contrôle consistent dans le contrôle des dossiers techniques, ensuite le contrôle de tous les documents qui l’accompagnent, tel que le certificat de libération et de conformité émis par le producteur lui-même. Elle ajoute que le contrôle des documents ne prend pas de temps, mais ce qui risque de prendre du temps faute de moyens, «c’est la mise au point des techniques s’il s’agit de techniques différentes de celles que nous utilisons actuellement», enchaînant qu’«à ce moment, il faudrait une acquisition rapide des équipements nécessaires et de leur installation et pour cela l’aide de l’Etat est plus que nécessaire». «Ce que nous demandons aujourd’hui, c’est d’avoir les moyens de contrôler ce vaccin. Parce que la responsabilité de dire que c’est un bon produit, accompagnée d’un certificat de conformité et que nous le mettons sur le marché algérien, il faudrait être sûr que ce produit soit de haute qualité», a-t-elle insisté, estimant que «l’acquisition de ces moyens est la seule manière de contrôler le vaccin fabriqué par des multinationales et lui accorder le visa de distribution pour les citoyens algérien.» Elle déclare également que pour un meilleur contrôle, il faudrait que le laboratoire de «l’Institut Pasteur puisse être considéré comme un laboratoire de référence et donc disposer d’un cahier des charges» affirmant que «cela n’est pas possible pour le moment, car l’Institut ne répond actuellement pas à toutes les clauses». n