Le choix de la fabrication du vaccin anti-Covid-19 Spoutnik V, en Algérie, a été porté en «exclusivité» sur le groupe pharmaceutique public Saïdal, a fait savoir le ministre délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed. Cette annonce révèle que les discussions entre les autorités des deux pays sont bien avancées puisque l’Algérie est passée à une étape supérieure, à savoir celle du choix du fabricant local et la manière dont sera concrétisé le projet dans sa partie technique, dans un premier temps, avant d’arriver à la fabrication effective, dans un deuxième temps.

«Nous avons pris la décision, au sein du gouvernement, que le transfert de technologie avec la partie russe devrait être dirigé exclusivement au profit du groupe Saïdal», a déclaré Lotfi Benbahmed à la chaîne russe RT Arabic, avant de souligner que Saïdal a été choisie car c’est «une entreprise pharmaceutique pionnière dans l’histoire de l’industrie pharmaceutique en Algérie et capable de relever le défi».
Expliquant un peu plus pourquoi ce choix, il a affirmé que le groupe public est «chargé de concrétiser ce projet parce qu’il dispose des compétences et des moyens». «Ce choix est motivé par l’importance du vaccin pour notre pays, a-t-il ajouté, d’où le soutien total de l’Etat pour la réussite de ce projet et la concrétisation de la sécurité sanitaire», en disposant de quantités suffisantes pour atteindre l’objectif de vacciner 70% de la population et, pourquoi pas, exporter vers d’autres pays du continent africain, surtout en ces temps où on assiste à une course mondiale sans pareille pour se procurer l’antidote en quantités suffisantes.
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a fait état de «contacts permanents avec le partenaire russe pour le transfert «des techniques» concernant la fabrication du vaccin. «Lors de notre rencontre avec le partenaire russe, la semaine dernière, il y a eu accord pour nous transmettre le lien d’une plateforme numérique hébergeant les données techniques relatives à la fabrication du vaccin. Cette plateforme nous permettra de prendre connaissance du processus de fabrication. Après l’étude de ces données, il sera procédé à l’évaluation des besoins en termes de matériel à acquérir», a encore détaillé Benbahmed.

Le laboratoire privé Frater Razes exclu
Ainsi, la décision de réserver l’exclusivité de la production du vaccin exclut de fait les laboratoires privés, comme Frater Razes, dont les responsables avaient pourtant fait état de «négociations avancées» avec le partenaire russe. Lotfi Benbahmed avait lui-même déclaré, il y a quelques jours, que «le laboratoire privé algérien Frater Razes est en discussions avec un opérateur russe pour la production du vaccin Spoutnik en Algérie», précisant que le dossier technique a été transmis à l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), autorité chargée après analyse de donner son feu vert à l’introduction du vaccin anti-Covid en Algérie, il y a un mois et demi. Il y a eu, également, la déclaration du Directeur général de l’ANPP, Kamel Mansouri, qui avait laissé entendre que les discussions sont bien avancées entre un privé algérien et Saidal et le laboratoire russe pour fabriquer localement ce vaccin, lors de son passage à la télévision publique au début du mois. Il avait même réitéré à plusieurs reprises que «le vaccin Spoutnik V sera fabriqué en Algérie dans quelques semaines».
Le secrétaire général des Laboratoires Frater Razes, Abderrahmane Boudiba, lui aussi avait indiqué que le laboratoire avait entrepris des «discussions avec un opérateur russe pour la production du vaccin Spoutnik V en Algérie» et qu’il était «capable de produire le vaccin dans un délai de deux mois».
Le ministre délégué qui avait ainsi évoqué, au début du mois, aussi bien Saidal que Frater Razes «en discussions avec un partenaire russe» n’a pas fourni d’explications concernant le fait que le potentiel producteur privé Frater Razers ne soit plus associé dans la fabrication de l’anticoronavirus, alors que les précédentes déclarations laissaient entendre qu’il se pourrait que l’on se dirige vers deux fabricants locaux, l’un privé et l’autre public. Quoi qu’il en soit, c’est le groupe Saidal qui jouit actuellement d’un partenariat exclusif avec le Fonds d’investissement direct russe (RDIF, fonds souverain de la Russie), qui a financé la recherche et le développement du vaccin Spoutnik V au profit du Centre national russe d’épidémiologie et de microbiologie Gamaleya.
Les discussions entre l’Algérie et la Russie pour la fabrication locale de l’anticoronavirus ont été boostées par les relations diplomatiques devant la course effrénée des pays développés pour brasser des centaines de millions de doses.
Une source proche du dossier avait affirmé à Reporters que le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, avait alors pris en charge le dossier relatif au vaccin. Il convient de rappeler, dans ce sens, que M. Djerad a reçu, le 31 janvier dernier, l’ambassadeur de la Fédération de Russie en Algérie, Igor Beliaev, et que les discussions ont tourné, entre autres, sur la pandémie de coronavirus et l’antidote. Les deux parties avaient convenu, à cet égard, «d’initier des contacts entre les services compétents des deux pays dans le but d’instituer une coopération bilatérale dans le domaine de la fabrication du vaccin russe Spoutnik V en Algérie».