Après une semaine de confusion à propos des déclarations sur la gratuité du vaccin ou le début de campagne de vaccination, l’Algérie ne prendra pas le risque d’acquérir un vaccin anti-Covid-19 qui ne soit pas homologué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Et pour cause, plusieurs facteurs doivent être pris en compte, dont ceux liés notamment à la garantie de son efficacité et aux effets secondaires qui restent méconnus jusqu’à présent. C’est ce qui explique la «non-précipitation du pays à passer commande» auprès des différents laboratoires qui ont annoncé avoir mis au point le vaccin et commencé sa fabrication, s’accordent à dire les professionnels de la santé.
La vaccination ne pourrait débuter en Algérie que lorsque toutes les étapes habituelles seront achevées, à savoir validation du vaccin par les autorités sanitaires des pays producteurs en plus de l’homologation de l’OMS, le feu vert de cette dernière étant une condition incontournable car constituant une sorte de «garantie», nous a-t-on déclaré.
Mais jusqu’à présent, il n’y a aucune date avancée pour la vaccination en Algérie et il semble que cela prendra encore du temps au vu d’un manque de visibilité quant aux caractéristiques des vaccins, en sus des procédures qui doivent être accomplies avant toute acquisition. «La vaccination pourrait avoir lieur probablement, la fin du prochain semestre, peut-être un peu plus, mais pas dans l’immédiat», a déclaré, hier, le Pr Kamel Senhadji, directeur de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS) à la Radio nationale.
Tout comme les autres professionnels de la santé, il explique ne pas pouvoir donner une date de vaccination par le fait que «les scientifiques, que ce soit en Algérie ou dans le monde, sont tous dans l’attente de publication par les laboratoires fabricants dans les revues scientifiques internationales, afin de savoir un peu plus sur leurs vaccins, notamment les résultats des essais cliniques. Ces publications sont attendues dans les prochaines semaines ou les prochains mois et ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra analyser les résultats de façon rationnelle, tel qu’accepté par la communauté scientifique internationale. C’est ce qui nous aidera à discerner et d’aller vers le bon choix pour pouvoir aider les pouvoirs publics dans leur décision». La démarche prudentielle annoncée depuis le début est toujours de mise.
C’est une déclaration corroborée par le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, selon lequel il ne peut y avoir acquisition d’un quelconque vaccin sans que les instances concernées, comme l’Agence nationale de la sécurité sanitaire et l’Institut Pasteur Algérie, aient pu étudier et prendre connaissance des dossiers des vaccins ou des publications faites sur des revues internationales médicales de renom.
Mais alors, comment explique-t-on que des pays – comme la Russie, qui a commencé la vaccination samedi, ou le Royaume-Uni cette semaine, ou encore la France qui l’a annoncé pour le mois prochain – aient entamé la vaccination ? «Ce sont des décisions politiques, car jusqu’à présent les scientifiques ne se sont pas encore prononcés sur ces vaccins», nous a-t-on affirmé. «Or, logiquement, dans une affaire de santé, c’est les avis des scientifiques qu’il faut écouter. En outre, aucun parmi ces vaccins n’a obtenu l’homologation de l’OMS», a-t-on ajouté. Au vu de ces indications, il est devenu clair que les précédentes déclarations selon lesquelles la campagne de vaccination pourrait débuter en Algérie en janvier ne pourrait donc avoir lieu. Ce qui n’est pas sans provoquer une certaine confusion dans les esprits des citoyens qui ont l’espoir de voir enfin, arriver un vaccin, et ce, après le doute qui s’était installé également à propos de sa gratuité.

«Démarche prudentielle»
Quoiqu’il en soit, ces nouvelles déclarations viennent clore le débat après une semaine de confusion que ce soit et sur le début de campagne de vaccination ou encore sur la gratuité du vaccin. Même le ministre de la Santé, qui n’avait pourtant pas infirmé l’information de la gratuité, avait pourtant déclaré que «cela n’engage que celui qui l’a dit». Jeudi dernier, lui-même avait fini par dire que le vaccin sera gratuit pour toute la population. Ce qui est «tout à fait normal dans cette situation de pandémie», ont admis l’ensemble des professionnels de la santé que nous avons joints, dont Dr Mohamed Yousfi (président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique SNPSSP), Dr Lyès Merabet (président du Syndicat national des praticiens de la santé publique SNPSP) ou encore Dr Bekkat Berkani. C’est une campagne nationale de vaccination et, dans ce cas, l’Etat fera ce qu’il a toujours fait, à savoir prendre en charge l’ensemble des coûts et frais de cette vaccination», ont-ils argumenté, insistant que «le vaccin ne pourra qu’être gratuit en Algérie, comme pour toutes les autres campagnes nationales» et qu’il est également normal qu’il y ait des priorités pour la vaccination, comme cela se fait à travers le monde entier et selon les recommandations de l’OMS.
Pour les déclarations de la semaine dernière qualifiées de contradictoires, nous a-t-on déclaré, «il n’y a pas de polémique fondamentale, mais il faut juste distribuer les rôles de réflexion, et non de décision. Il y a plusieurs pôles de réflexion mais un seul pôle de décision : politique», expliquant que «les rôles de réflexion sont plusieurs, il y a les virologues, le Comité scientifique, l’Agence de sécurité sanitaire, etc., et chacun peut produire une réflexion. Mais il faut savoir qu’ils sont tous d’accord dans une démarche prudentielle», a-t-on conclu.<