51 000 emplois ont été perdus dans le secteur, selon le ministre du Travail.

Par Feriel Nourine
Le marché de l’emploi en Algérie a été durement secoué par la fermeture des usines de montage automobile et l’arrêt de l’importation des kits destinés à l’assemblage des appareils électroménagers. C’est même un séisme social qui a été provoqué dans ces deux filières industrielles, causant la perte de 51 000 emplois.
Une triste statistique avancée hier par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaaboub. Triste, mais loin d’être surprenante lorsqu’on évalue les effectifs conséquents d’embauchés que comptaient les usines automobiles et celles de l’électroménager avant l’arrêt de leurs activités il y a déjà près de deux années pour certaines d’entre elles.
Dans le cas de l’automobile, les usines ont cessé l’assemblage l’une après l’autre après la décision prise par le gouvernement de Bedoui de réduire sensiblement les quotas de kits SKD-CKD importés, à partir de 2019. S’en sont suivis rapidement des plans sociaux chez l’ensemble des opérateurs, axés, entre autres, sur la compression des effectifs et des premiers départs massifs des travailleurs. La suite sera encore plus dure à supporter, avec les scandales qui ont secoué la filière et l’incarcération de plusieurs responsables d’usine, puis la décision prise par les nouvelles autorités du pays de rompre avec les pratiques qui avaient prévalu pendant les petites années d’un assemblage automobile ayant rapidement fait éclater au grand jour les dérives de l’importation déguisée et, de surcroît, coûtant plus cher au Trésor public que les transactions autrefois réalisées par les concessionnaires.
Pour ce faire, l’ex-ministre de l’Industrie a été chargé de réfléchir à deux cahiers des charges, le premier consacré à une industrie mécanique à intégration locale réelle et palpable, et le second à l’importation de véhicules neufs par des concessionnaires.
Sauf que depuis la promulgation des cahiers des charges, les deux activités ne démarrent toujours pas. Dans le cas de l’importation de véhicules neufs, les neuf opérateurs ayant bénéficié d’un agrément provisoire ne sont toujours pas connus, alors que la seconde étape qui consiste à décrocher l’autorisation d’importer a déjà consommé son délai de 30 jours depuis plusieurs semaines déjà. Or, et de là, à empêcher le marché de l’automobile de renouer avec la vente du neuf, la lenteur que prend le dossier automobile chez les responsables concernés est en train de priver une bonne partie des employés mis à la porte de retrouver un poste chez un concessionnaire. En effet, si des dizaines de travailleurs ont perdu leur poste après la mise à l’arrêt des concessionnaires, à partir de 2016, aujourd’hui, ils peuvent, à leur tour, prétendre à un poste chez les concessionnaires si ces derniers sont réellement autorisés à entamer leur activité et à mettre en place un plan d’embauche, avec une priorité qui sera certainement accordée à ceux qui jouissent d’une expérience dans le secteur automobile.
Avec les 200 nouveaux départs, l’usine de Oued Tlelat se voit désormais réduite à tout juste la moitié des effectifs qu’elle comptait auparavant. Il s’agit même carrément d’une fermeture qui ne dit pas son nom et qui est en train de se produire pour RAP, alors que le secteur de l’industrie vient d’enregistrer l’arrivée d’un nouveau ministre à sa tête. Cette situation n’est pas sans préoccuper l’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette. C’est du moins ce que laissent entendre ses déclarations faites début mars courant. «Parmi les grandes réalisations, il y a évidemment aussi l’usine Renault d’Oran inaugurée en 2014. Elle est à l’arrêt depuis plus d’une année et a dû procéder récemment à une réduction importante de ses effectifs. C’est malheureux. L’importation des kits de montage nécessaires à la reprise de son activité reste, à ce stade, bloquée. Mais je puis vous assurer que nos entreprises, en général, sont animées de la volonté de nouer des partenariats de long terme en Algérie», a dit l’ambassadeur.
La semaine dernière, c’était au délégué local du médiateur de la République de se manifester en effectuant une visite à l’usine RAP pour s’enquérir de la situation qui y prévaut. n