Le passage des entreprises, dont les patrons se trouvent actuellement en prison, sous la houlette de l’Etat n’est visiblement pas exclu par les pouvoirs publics. C’est ce qui ressort des déclarations du ministre de l’Industrie.

Invité, une nouvelle fois, du Forum du quotidien Echaab, Ferhat Aït Ali Braham est revenu précisément sur le cas des responsables d’usine automobile à l’arrêt et dont les patrons sont poursuivis en justice pour des affaires de corruption et incarcérés depuis plusieurs mois. «Nous verrons ensuite si ces entreprises doivent retourner à l’Etat ou si d’autres alternatives doivent être trouvées afin que les investissements réalisés ne soient pas perdus de manière à préserver les actifs et que ni les salariés ni les créanciers ne soient lésés», a-t-il indiqué à ce sujet, après avoir rappelé que de nouveaux administrateurs ont été désignés par l’Etat, en décembre dernier, pour gérer les affaires de ces entreprises, mais aussi d’autres entreprises hors automobile dont les responsables sont eux aussi actuellement incarcérés.
«Les responsables de ces sociétés sont poursuivis dans le cadre de la responsabilité pénale de la personne morale», a-t-il précisé, ajoutant que le gouvernement a décidé, en décembre dernier, de remplacer ces administrateurs par d’autres étant plus à même d’assurer la gestion de ces entreprises dans l’attente que la justice poursuive son travail et que tous les recours soient usés, a-t-il fait savoir.
Et de recours, celui introduit dans le cadre d’affaires automobile donnait lieu hier à l’ouverture d’un procès en appel impliquant des dirigeants d’usine ainsi que d’ex-hauts responsables de l’Etat, dont l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia.
M. Aït Ali a de nouveau indiqué que les industriels du secteur automobile, déjà établis en Algérie et qui ne peuvent pas respecter les taux d’intégration fixés dans le cahier des charges, peuvent poursuivre leurs activités à condition de s’acquitter des taxes douanières. Quant aux opérateurs désireux de se lancer dans l’industrie mécanique en Algérie, ils devront le faire en assumant, lors de la première phase de leur projet, les 30% de taux d’intégration fixés par le nouveau cahier des charges portant sur cette activité, a-t-il souligné. Ce taux ne sera pas revu à la baisse, a-t-il insisté, alors que des prétendants potentiels à cette activité continuent à juger le nouveau texte de loi «trop contraignant» en matière d’intégration locale, même si celui-ci propose un régime préférentiel pour ceux qui acceptent de s’y conformer.

Entreprises publiques : 12 milliards de dollars de dettes
Concernant la situation des entreprises publiques, le ministre du secteur a regretté l’absence d’audit durant plusieurs années, relevant que son département réalise un audit précis au niveau de l’ensemble des groupes industriels publics afin d’estimer l’ensemble des paramètres de leurs activités et arrêter les décisions adéquates pour chaque groupe. «Nous étudions des plans de redressement pour chaque groupe public. Certains pourront poursuivre leurs activités, d’autres nécessitent un redéploiement ou un refinancement, voire un simple rééchelonnement», a-t-il détaillé, ajoutant que ces entreprises, relevant du ministère de l’Industrie, font face à un endettement de 12 milliards de dollars.
M. Aït Ali a, par ailleurs, abordé la création prochaine d’un office du foncier industriel. Cette opération passera par un décret exécutif dont le projet sera soumis au gouvernement. L’office en question aura pour missions d’étudier des projets au niveau national et d’aménager des sites industriels avec une implication financière des opérateurs économiques. Il prendra en charge également toutes les infrastructures non industrielles sur ces sites, commerciales et hôtelières notamment, a souligné l’intervenant.
Ce dernier est revenu également sur l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), en indiquant que ses prérogatives seront élargies, à travers notamment la création d’un guichet unique qui permettra à l’agence de se soustraire aux interférences des autorités locales dans le traitement des dossiers d’investissement, précisément des permis de construire.
«On a constaté que des administrations locales bloquent volontairement l’attribution des permis de construire. On va mettre fin à ce genre de pratiques», a assuré le ministre, soulignant que 3 000 lots de foncier sont été récupérés à ce jour.