Le vendredi 20 décembre, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a appelé Washington à refuser tout accord commercial avec Pékin s’il ne prévoit pas la libération des deux Canadiens détenus par la Chine. Michael Kovrig, un ancien diplomate, et le consultant et homme d’affaires Michael Spavor, spécialiste de la Corée du Nord, avaient été arrêtés le 10 décembre 2018 par la police chinoise. Ils sont depuis incarcérés. La procédure visant les deux Canadiens est largement perçue dans leur pays comme une mesure de représailles à l’arrestation à Vancouver quelques jours plus tôt d’une dirigeante du géant des télécoms Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des Etats-Unis. Ottawa juge leur détention «arbitraire». Interrogé jeudi pour savoir si un accord commercial Pékin-Washington pouvait débloquer la situation, M. Trudeau a répondu «on l’espère», lors d’un entretien à la chaîne québécoise francophone TVA. «On leur dit qu’il ne faudrait pas que les Etats-Unis signent une entente finale et complète avec la Chine qui ne règle pas la question de Meng Wanzhou et des deux Canadiens», a ajouté le Premier ministre. Interrogé sur le sujet, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a indiqué vendredi que la «situation difficile» des relations sino-canadiennes était «entièrement de la responsabilité» d’Ottawa. Le Canada «devrait immédiatement libérer Mme Meng Wanzhou et lui permettre de retourner en Chine en toute sérénité», a indiqué Geng Shuang lors d’une conférence de presse. Le responsable chinois n’a pas précisé si Washington avait demandé à Pékin de relâcher les deux Canadiens, mais a appelé Ottawa à ne pas «se liguer» avec d’autres pays afin de mettre la pression sur le gouvernement chinois. «En tirant les marrons du feu pour les autres, on finit toujours par se brûler soi-même», a souligné Geng Shuang, utilisant une expression imagée qui désigne le fait d’accomplir un dur travail au profit d’autrui. Réagissant à ces propos, le ministre canadien des Affaires étrangères François-Philippe Champagne a haussé le ton. «Le seul qui va dicter la politique étrangère du Canada est le gouvernement du Canada», a-t-il répliqué dans une interview à la chaîne anglophone CBC. M. Trudeau, critiqué par l’opposition pour sa gestion du dossier, a assuré que son gouvernement travaillait «quasiment tous les jours pour essayer de faire comprendre aux Chinois qu’il faut qu’ils libèrent ces deux Canadiens». «Quelle que soit la pression qu’ils mettent sur nous, ce n’est pas en arrêtant deux Canadiens… Ça ne va pas changer la décision de la Cour en Colombie-Britannique par rapport à un traité d’extradition», a-t-il prévenu, rappelant que le système judiciaire canadien était «indépendant». Meng Wanzhou avait été libérée sous caution à Vancouver quelques jours après son arrestation. L’audience sur la demande d’extradition des Etats-Unis à son encontre doit débuter le 20 janvier. Estimant que Huawei a des «liens étroits avec le gouvernement communiste et l’appareil militaire chinois», les Etats-Unis avaient interdit en mai dernier aux entreprises américaines de traiter avec le groupe chinois. Les sanctions américaines privent par ailleurs Huawei, également deuxième plus gros fabricant mondial de smartphones, d’avoir accès pour ses appareils au système d’exploitation Android de Google. Malgré ces sanctions, le groupe basé à Shenzhen devrait cependant avoir livré en 2019 «entre 245 et 250 millions» de smartphones dans le monde, a assuré M. Liang — soit une forte augmentation par rapport aux 206 millions d’unité» livrées en 2018, selon le cabinet IDC.
Source AFP, Reuters