Novak Djokovic divise. Il le sait. Mais s’il aimerait qu’on le respecte pour tout ce qu’il a accompli sur le court, le Serbe voudrait d’abord laisser l’image d’une personne de qualité au plus humain. Même s’il sait pertinemment qu’il ne convaincra pas ses détracteurs. «On ne peut pas plaire à tout le monde», concède le numéro un mondial.
Qui est vraiment Novak Djokovic ? Quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, quoi qu’il dise ou ne dise pas, l’homme fort du tennis mondial semble souvent sujet à controverse. Et cela vaut autant pour le joueur sur le court que l’homme en dehors. Le champion hors normes qu’il est ne fera probablement jamais l’unanimité et il semble en avoir pris son parti. Mais que retiendra-t-on de lui, derrière les chiffres, effarants, et les records, multiples.
Cette question lui a été posée samedi soir après sa victoire contre Kei Nishikori et, comme il le fait souvent en conférence de presse, où il est un de ceux qui jouent le plus et le mieux le jeu du question-réponse, il a saisi la balle au bond. «C’est une bonne question, mais je ne suis pas sûr que nous ayons assez de temps. Je deviens philosophe avec ce genre de questions», a-t-il d’abord souri, avant de le prendre, ce temps.

J’ESSAIE DE NE RIEN TENIR POUR ACQUIS
«Je ne sais pas bien si votre question se réfère seulement au tennis, ou en dehors du tennis ou les deux», avoue Djokovic. Alors il a distingué le legs du champion de l’empreinte de l’homme. Le premier se dit chanceux. «J’essaie de ne rien tenir pour acquis, explique-t-il. Il n’y a probablement pas beaucoup de personnes sur Terre qui peuvent dire qu’elles sont la meilleure du monde dans ce qu’elles adorent faire. J’essaie d’apprécier le fait que je pratique le sport que j’ai vraiment et que j’ai du succès.» Mais pas sûr qu’il soit le mieux placé pour être son propre juge. Trop le nez dans le guidon pour cela. «Parfois, c’est difficile d’avoir de la hauteur pour moi en termes de tennis, parce que je suis tellement impliqué sur le court et il y a tellement de choses que je veux accomplir tant que joue que je manque de recul. On est sur le circuit, on voyage tout le temps, on se tourne sans arrêt vers le prochain objectif, relève le numéro un mondial, en quête à New York d’un Grand Chelem calendaire historique. Mais j’aimerais qu’on dise, et notamment mes pairs dans le monde du tennis, que j’étais quelqu’un qui donnait tout sur le terrain et qui, peut-être, a inspiré d’autres joueurs à avoir davantage confiance en eux.»

CHACUN A TOUJOURS SES PROPRES PRÉFÉRENCES
Mais ce n’est pas le plus important pour lui. Il le jure, c’est d’abord en tant que personne qu’il espère être jugé positivement même s’il a conscience de ne pas faire l’unanimité : «On ne peut pas plaire à tout le monde, chacun a toujours ses propres préférences.» Mais il parle des «vraies valeurs de la vie» qu’il dit vouloir suivre en permanence, et de «respect», ou encore de sa «passion pour l’enfance». Sa fondation, lancée il y a maintenant près d’une quinzaine d’années, œuvre d’ailleurs pour venir en aide aux enfants issus de milieux défavorisés.
En étant son propre avocat, Novak Djokovic envoie un message : si vous n’aimez pas le joueur que je suis, respectez ce que je fais. C’est même là l’essentiel à l’écouter. «Au bout du compte, résume-t-il, je voudrais qu’on se souvienne de moi comme de quelqu’un de bien, quelqu’un que les gens respectent en tant que personne, et ensuite, bien sûr, en tant que joueur. Pour moi, tout cela est plus important que les résultats.»