L’heure n’était visiblement pas à l’apaisement. Arrêté bien plus tôt qu’il ne l’espérait à New York par un Carlos Alcaraz en feu, Stefanos Tsitsipas aura perdu deux combats cette semaine. Le premier dans l’arène sportive et le second pour son image personnelle. En cause, ses désormais fameuses longues pauses aux toilettes pour se changer en cours de match qu’ont fort peu goûté ses adversaires successifs à Flushing ainsi que sur les tournois nord-américains précédents. Pour la dernière fois (du moins dans cette quinzaine), le Grec y a donc répondu après sa sortie de piste, fidèle à sa stratégie de défense. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas vraiment cherché à arrondir les angles. Hué par le court Arthur-Ashe lors de ses trois matches, critiqué de toutes parts, le numéro 3 mondial avait bien conscience d’être dans l’œil du cyclone. «Je ne fais pas comme si j’étais aimé par tout le monde. Je ne veux pas l’être. Chaque personne peut choisir son joueur préféré, prendre partie. C’est ce que je ressens, et j’ai en quelque sorte ignoré les sifflets», a-t-il assumé.

Sverev en prend pour son grade
Si certains doutaient encore du caractère du bonhomme, voilà qui devrait les convaincre. D’autant que Tsitsipas a ensuite sorti la sulfateuse. Sans le nommer, il s’est d’abord attaqué à Alexander Zverev qui l’avait soupçonné, lors de leur demi-finale dans l’Ohio, de profiter de ces «toilet breaks» pour faire des ajustements tactiques en communiquant par SMS avec son père Apostolos. Une manière pour le Grec de dire ce qu’il pense profondément de son rival allemand. Une chose est sûre, ces deux-là ne partiront pas en vacances et leur cohabitation dans la «Team Europe» lors de la prochaine Laver Cup risque d’être scrutée. Mais Zverev n’a pas été la seule cible d’un Tsitsipas visiblement en verve et déterminé à faire une mise au point épicée.

«Je ne m’en suis jamais plaint»
«Dans le même temps, on ne parle pas d’autres choses, comme des joueurs qui prennent systématiquement plus de temps que ce qui leur est permis. Pour moi, ça a été un problème dans le passé contre ces joueurs, de me refroidir, de perdre mes sensations parce que je devais patienter 30, 35 secondes entre les services. Je me souviens d’avoir eu à attendre très longtemps dans un de mes matches ici, particulièrement, entre le premier et le second service de mon adversaire. Je ne m’en suis pas plaint. Il n’y a pas de règle qui spécifie combien de temps prendre entre deux services (entre la première et la seconde balle, NDLR). Mais je l’ai respectée. Vous avez ces joueurs, que tout le monde connaît, qui prennent tant de temps, mais personne ne dit rien.
Je ne sais pas pourquoi, tout d’un coup, tout le monde est contre moi», a-t-il encore chargé. Encore une fois, le numéro 3 mondial a pris soin de ne pas nommer les intéressés, laissant son raisonnement ouvert à interprétation. Mais comment ne pas penser à Rafael Nadal et Novak Djokovic, dont le temps pris au service fut régulièrement l’objet de (petites) polémiques depuis leurs débuts sur le circuit ? L’allusion peut également s’appliquer à un Marin Cilic qui en agace plus d’un, il est vrai, avec sa manie de faire rebondir de plus en plus longtemps la balle avant de s’exécuter, à mesure que la tension augmente.

Le public de flushing aussi ciblé
Pour ce qui est du match spécifique évoqué par le Grec, sans doute s’agit-il de sa défaite, toujours au 3e tour, l’an passé contre Borna Coric au bout des cinq sets après avoir eu plusieurs balles de match. Si ce qu’il dénonce n’est pas dénué de tout fondement (loin s’en faut), c’est aussi et surtout une manière pour Tsitsipas de détourner l’attention. Pas sûr toutefois qu’il y parvienne et que sa cote de popularité auprès de ses collègues s’améliore par la même occasion.
Sur sa lancée, il s’en est même pris au public new-yorkais, il est vrai particulièrement capricieux et dissipé. «Je n’utilise ces pauses que pour une chose, me débarrasser de mes tenues trempées et en enfiler de nouvelles sèches. Apparemment, c’est un immense problème. Il se peut que ça ait pris un peu plus longtemps que pour les autres. Mais s’il y avait une règle qui disait clairement le temps limite qu’il est permis de prendre, j’essaierais probablement de la suivre, de rester dans les limites de la loi autant que possible. Les gens ne comprennent pas, ils sont là pour le spectacle. Ils veulent regarder du tennis, ils sont très impatients, surtout la nouvelle génération. Ils veulent juste que tout aille très vite.»
Jusqu’au bout, Tsitsipas n’aura donc pas esquissé l’ombre d’une remise en cause. Droit dans ses bottes, il a assumé jusqu’au bout le rôle du «méchant» dans le roman de cette édition 2021, comme l’avait fait Daniil Medvedev voici deux ans. Reste à savoir quelles en seront les conséquences à court et moyen termes. En tout cas, avec le numéro 3 mondial on s’ennuie rarement, pour ne pas dire jamais. Ceux qui craignaient que le circuit ne devienne lisse et sans relief avec le départ progressif du «Big 3» peuvent se rassurer.