Une multitude de dysfonctionnements privent quelque 1 700 étudiants de l’université de Tizi Ouzou de leurs droits élémentaires, à commencer par celui de suivre un cursus régulier et de poursuivre leurs études dans un cadre normalisé.

L’aveu est du recteur lui-même, le Pr Ahmed Tessa, qui a reconnu qu’il reste beaucoup à faire pour mettre de l’ordre au niveau de cette université. « Les problèmes qui existaient dans les années 1980 sont les mêmes exposés aujourd’hui.
Mon souci est de mettre de l’ordre à court terme. Il y a des services et des départements qui ne fonctionnent pas. 1 700 étudiants sont sans certificat de scolarité ni ne bénéficient de chambre dans les résidences universitaires, alors que d’autres n’ont pas de bourse ».
Dans une intervention lors du Forum hebdomadaire de la Radio locale, le Pr Tessa a mis le doigt sur un manque criant des effectifs, principalement des enseignants. Pourtant, c’est depuis juin 2016 que la question se posait, sans manifestement pour voir y apporter de réponse.
Un manque de 1 464 enseignants permanents a été exprimé par le rectorat de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou selon un document consacré à l’état des lieux actuel et aux prévisions. L’Ummto devrait disposer d’un effectif théorique de 3 590 enseignants pour répondre à la norme universelle en matière d’encadrement pédagogique qui est d’un enseignant pour 15 étudiants.
Pour un effectif global de 56 000 étudiants, l’université de Tizi Ouzou dispose de 2 126 enseignants permanents, représentant un taux d’encadrement moyen d’un enseignant pour 25 étudiants, selon des statistiques arrêtées en 2016.
Une situation qui se répercute négativement sur la qualité des enseignements et la bonne prise en charge des étudiants sur le plan pédagogique, notamment dans plusieurs facultés. Et ce n’est guère mieux en 2017, année durant laquelle quelque 472 enseignants devront partir à la retraite. Selon le recteur de l’Ummto, « des postes de recrutement seront disponibles avant septembre prochain pour y remédier ».
« A ce jour, nous avons 258 maîtres assistants de classe B, qui ont été recrutés cette année et qui devront être formés par leurs collègues ayant cumulé une expérience, avant d’être chargés de cours pour qu’ils puissent assurer un meilleur encadrement pour les étudiants », poursuit-il. Interrogé sur l’instabilité qui prévaut au niveau de la faculté de médecine, en proie à des mouvements de protestation des étudiants en pharmacie et ceux en chirurgie dentaire, le recteur n’a pas caché son inquiétude sur le manque d’encadrement auquel fait face particulièrement cette faculté après trente ans d’existence. « Il n’y a pas de professeur en pharmacie ni en chirurgie dentaire. Cela m’inquiète beaucoup.
C’est un danger. C’est pour cela que j’ai instruit le doyen de cette faculté pour convaincre certains professeurs d’Alger à se déplacer vers notre faculté afin d’assurer une bonne formation à nos étudiants»,
déplore-t-il.
Le Pr Tessa a reconnu que l’université de Tizi Ouzou fait face également à un déficit en personnel encadreur considérant l’augmentation du nombre d’étudiants qui a atteint cette année les 60 000 étudiants. Il dresse un récapitulatif : un total de 2 096 enseignants dont 162 professeurs, 219 maîtres de conférence de grade A, 254 autres de grades B, 1 203 maîtres assistants de classe A et 258 autre de classe B assurent actuellement la formation à travers l’ensemble des facultés qui comptent une moyenne de 5 000 étudiants chacune. Pour l’année universitaire 2016-2017, 110 postes ont été récupérés par le rectorat de l’université à l’issue des départs à la retraite de 100 enseignants et 10 encadreurs administratifs.
Mais ces efforts n’ont pas apporté une solution définitive à la question du manque d’encadrement pédagogique, citant une nouvelle fois l’exemple du département de pharmacie dans la faculté de médecine qui ne dispose pas de professeur et celui de chirurgie dentaire. Une situation qui risque de s’aggraver dans un avenir proche, a estimé l’invité du forum, « lorsqu’on sait que 472 enseignants de l’Ummto sont âgés de plus de 50 ans, 298 autres ont plus de 60 ans et 94 dépassent les 65 ans». Sans parler de certains problèmes d’ordre social, comme l’absence de logements de fonction et le retard dans la livraison des programmes d’habitat inscrits à leur profit, ce qui dissuade beaucoup d’enseignants de rejoindre l’université de Tizi Ouzou pour renforcer l’effectif encadreur.
Le Pr Tessa a attiré l’attention sur la dégradation des conditions sociales des étudiants à l’intérieur des résidences universitaires, reconnaissant que les conditions de vie à l’intérieur de certaines cités se sont remarquablement dégradées, d’où la nécessité d’une véritable prise en charge de ce volet.