Le chef du Polisario et président de la Rasd s’est, pour la première fois, exprimé hier sur sa récente tournée africaine et donné un bilan des rencontres qu’ils a eues lors de son périple dans plusieurs pays du continent.


Après une rencontre hier avec le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, Brahim Ghali a déclaré que les déplacements qu’il a effectués en Afrique du Sud et d’autres pays d’Afrique australe notamment lui ont servi à relever le «soutien fort» que ces derniers apportent à la cause sahraouie « pour la liberté et l’indépendance ». Ils lui ont permis, a-t-il indiqué hier à la presse, d’envisager avec optimisme et détermination le prochain et décisif sommet de l’Union africaine (UA), prévu à la fin de ce mois à Addis-Abeba et lors duquel sera examiné le dossier d’adhésion du Maroc à l’union panafricaine.
C’est dans cette optique que Brahim a déclaré que la République arabe sahraouie et démocratique « prend acte » de la ratification par le Maroc de l’Acte constitutif de l’Union africaine : « Nous avons pris acte de la ratification par le régime marocain de l’Acte constitutif de l’Union africaine y compris dans ses articles prévoyant la nécessité pour le royaume marocain de respecter les frontières internationales du Sahara occidental reconnues », a indiqué le président Ghali à l’issue de son entretien avec le Premier ministre Abdelmalek
Sellal. Cette déclaration, estiment les observateurs, montre que les indépendantistes sahraouis vont affronter l’adversaire sur le terrain politique et diplomatique et vont s’armer des textes fondateurs de l’UA pour rappeler à Rabat que le prix d’adhésion à l’Union panafricaine, 33 ans après que le roi Hassan II a décidé de la quitter pour protester contre la reconnaissance par les pays membres du droit des Sahraouis à l’autodétermination, est de se soumettre à ses textes fondateurs et de sa réforme en 2001 à Lomé. Selon les termes de l’Acte constitutif de l’UA, a rappelé Brahim Ghali, les Etats membres sont tenus de régler leurs différends par les voies pacifiques et le Maroc qui aspire à devenir le 55e membre de l’organisation panafricaine est appelé à respecter la souveraineté des pays membres. Ainsi, le président de la Rasd, fort du soutien de pays influents de l’UA, rappelle au Maroc que le fil rouge reste celui de la question de la décolonisation. Ainsi, il a formé le vœu que la démarche marocaine d’adhésion à l’Union africaine soit suivie par une autre plus courageuse « qui consiste à voir le régime marocain respecter tous les traités internationaux, honorer ses engagements et engager des négociations » avec le Front Polisario pour « le retrait de ses forces et de son administration des territoires sahraouis occupés » ; et «permettre au peuple sahraoui de jouir de son droit à instaurer son Etat et parachever sa souveraineté sur tous ses territoires ».

Les Sahraouis prêts pour de nouvelles batailles au sein de l’UA
En décrypté, les indépendantistes sahraouis estiment que la démarche d’adhésion peut n’être qu’une formalité, sachant que Rabat déploie depuis des années des efforts considérables pour s’assurer de soutiens politiques et diplomatiques, notamment en Afrique de l’Ouest, qu’il va mobiliser à nouveau pour regagner son siège au sein de l’UA.
Les Sahraouis savent également que l’affrontement se jouera à l’intérieur même de l’Union dont la commission exécutive, présidée actuelle par la sud-africaine Nkosazana Dhlamini Zuma, doit changer de dirigeant durant les prochaines semaines si le vote n’est pas une nouvelle fois reporté. Une échéance décisive tout comme celle qui concerne le traitement de la question sahraouie par les Nations unies avec le remplaçant de Ban Ki moon, le nouveau secrétaire général Antonio Guterres en lequel Brahim Ghali a renouvelé hier sa «confiance » pour parachever « le processus permettant au peuple sahraoui d’accéder à la liberté et à l’indépendance et d’édifier son Etat ». Dans cette perspective, Brahim Ghali s’est félicité du dernier arrêt rendu par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) concernant les ressources du Sahara Occidental «qui, a-t-il dit, constitue un grand acquis et une éclatante victoire au plan politique et juridique».
Dans un communiqué du 19 janvier, le Front Polisario a déclaré poursuivre « sa démarche systématique afin d’obtenir la pleine exécution de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 21 décembre 2016 ». Il réitère qu’il souhaite que « le dialogue s’ouvre sans délai et sans préalable, et avec tous les partenaires, mais il ne peut en aucun cas accepter que perdurent les violations du droit international, alors qu’il vient d’être rappelé avec tant d’éclat par la Cour européenne ». Le communiqué faisait notamment allusion à l’affaire du Key Bay, ce bateau français qui a opéré dans les eaux sahraouies et transporté des marchandises, l’huile de poisson notamment, importées du Sahara occidental.
Le Polisario a déposé deux plaintes devant les institutions judiciaires françaises. La première plainte a été déposée devant le Procureur de la République du Havre, et elle vise deux infractions, la discrimination économique et la fraude à l’origine. La seconde a été déposée devant la direction interrégionale des douanes du Havre, et vise l’infraction d’importations de marchandises sans déclaration d’origine valable, et la violation du règlement européen (CE) n°136/2004 du 22 janvier 2004 fixant les procédures des contrôles vétérinaires aux postes d’inspection frontaliers. Pour M’hamed Khadad, coordinateur sahraoui avec la Minurso, «c’est un outrage à la souveraineté sahraouie qui se fait désormais en connaissance de cause maintenant que la Cour européenne s’est prononcée, et c’est une discrimination économique à grande échelle, car elle vise un peuple en entier séparé depuis plus de quatre décennies entre les duretés de l’exil et l’oppression de l’occupation ».