La présidence tournante de l’organisation panafricaine revient au président de la République démocratique du Congo (RDC), Antoine Tshisekedi Tshilombo, en remplacement du Sud-Africain Cyril Matamela Ramaphosa.

Le 34e Sommet de l’Union Africaine (UA) a achevé ses travaux, hier, après l’élection de son nouveau président, le chef de l’Etat de la République démocratique du Congo (RDC). Antoine Tshisekedi Tshilombo remplace le président sud-africain Cyril Matamela Ramaphosa, qui a assuré cette mission au cours de l’année 2020 et s’est engagé à rendre l’UA plus pertinente en la «faisant sortir des salles de réunion». Il a exposé un programme ambitieux portant à la fois sur la lutte contre le changement climatique, les violences sexuelles, la promotion de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ou encore le mégaprojet du barrage hydroélectrique Inga dans son pays.
Au niveau exécutif de l’organisation panafricaine, le Tchadien Mahamat Moussa Faki a été reconduit à la tête de la Commission de l’Union Africaine pour un nouveau mandat de quatre ans. Seul candidat à sa succession, Moussa Faki, ex-Premier ministre (2003-2005), a obtenu le soutien de 51 des 55 Etats membres. Il sera secondé par Monique Nsanzabaganwa, vice-gouverneur de la Banque nationale du Rwanda, élue son adjointe à la tête de la Commission. Autre poste-clé, la présidence du Conseil de paix et de sécurité (CPS) est revenue à l’ambassadeur nigérian Bankole Adeoye. En remplacement de l’Algérien Smaïl Chergui, qui était à la tête de cet important organe de l’UA durant deux mandats consécutifs, le Nigérian a été élu Commissaire aux Affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’UA avec 55 voix. Il devient désormais le premier commissaire de l’UA à combiner le portefeuille de la Paix et de la Sécurité avec celui des Affaires politiques, fusionnés par la nouvelle réforme. Quatre candidats étaient en lice pour ce poste très convoité. Il s’agit du Sud-Africain, Jeremiah Kingsley Mamabolo, du Nigérian Bankole Adeoye, de la Burkinabè Minate Cessouma et Liberata Mulamula, de Tanzanie.
En ce qui concerne les autres organes de l’UA, l’Angolaise Josefa Sacko a été réélue au poste de commissaire à l’agriculture, développement, à l’économie bleue et à l’environnement, le Zambien Albert Muchanga a été reconduit au poste de commissaire chargé du développement économique, du commerce de l’industrie et des mines, en plus de la réélection de l’actuelle commissaire, l’Egyptienne Amani Abu Zeid, au poste de commissaire chargée des infrastructures et de l’énergie.
Le super département regroupant les Affaires politiques et le département Paix et Sécurité, devrait jouer un rôle crucial aux côtés de M. Faki, pour tenter de faire avancer de nombreux dossiers tels que celui du Sahara occidental, l’instabilité des pays de la bande sahélo-saharienne, de la Libye, qui semble connaître des développements intéressants sous la houlette de l’ONU, et du conflit de l’eau du Nil entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie.
Il devra tenter de régler également de nombreuses crises que l’UA est accusée de négliger. Selon les observateurs, le Conseil de Paix et de Sécurité n’a, par exemple, quasiment pas abordé le conflit entre le gouvernement camerounais et les séparatistes anglophones, ou l’essor inquiétant des islamistes radicaux dans le Nord du Mozambique. La crise au Tigré, qui secoue depuis trois mois l’Ethiopie, qui abrite le siège de l’UA, fait, elle, partie des dossiers les plus sensibles. Dès le déclenchement des combats début novembre, M. Faki avait appelé à la cessation des hostilités entre le gouvernement d’Addis-Abeba et les autorités dissidentes du Tigré, une région du nord de l’Ethiopie. Mais le Premier ministre éthiopien et prix Nobel de la Paix 2019, Abiy Ahmed, a refusé toute médiation de l’UA dans une opération «de maintien de l’ordre» relevant de la souveraineté nationale.

Front sanitaire
En ce qui concerne la lutte contre la pandémie de la Covid-19, le continent africain reste pour l’instant relativement épargné, avec 3,5% des cas et 4% des morts officiellement recensés dans le monde, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies de l’UA (Africa CDC). Mais de nombreux pays sont actuellement confrontés à une seconde vague préoccupante et ont du mal à accéder aux vaccins, alors qu’à raison de deux doses par personne, l’Afrique aura besoin de 1,5 milliard de doses pour vacciner 60% de ses 1,3 milliard d’habitants environ.
«Cette maladie a provoqué beaucoup de souffrance et de difficultés sur notre continent», a déclaré le chef de l’Etat sud-africain Cyril Ramaphosa, le désormais ex-président de l’UA, dans son discours d’ouverture, soulignant que l’urgence sanitaire se doublait d’une «grave crise économique et sociale». Les dirigeants africains se montrent de plus en plus agacés face à la course effrénée aux vaccins, dans laquelle ils partent avec un lourd handicap. Dans une récente interview, M. Faki a dénoncé le «nationalisme vaccinal» et les «pays riches qui s’arrogent la priorité, certains commandant même plus que ce dont ils ont besoin». Ils sont invités à intensifier leurs programmes de financement nationaux de la santé afin de contrôler les futurs chocs de santé publique à la lumière de la pandémie. Un appel dans ce sens a été lancé par le président rwandais Paul Kagame lors de la présentation d’un rapport d’étape sur la réforme institutionnelle de l’Union africaine et sur le financement national de la santé.
«Sans systèmes de santé nationaux solides dans tous les pays, notre continent restera vulnérable aux pandémies», a dit M. Kagame aux dirigeants africains qui assistaient virtuellement au Sommet.
Il a également recommandé que l’Agence de développement de l’Union africaine, l’Auda-Nepad, soit chargée de travailler avec des partenaires pour créer des plateformes régionales en vue d’aider les Etats membres à accroître le financement national de la santé.