Le 28e Sommet de l’Union africaine qui s’achève aujourd’hui a été riche en évènements, hier, lors de la première journée de ses travaux. Les dirigeants de l’UA ont ainsi pu élire leur nouveau président,

celui de la Commission exécutive ainsi que d’examiner le dossier de candidature d’adhésion du Maroc, trente-trois ans après que feu le roi Hassan II eut décidé de la quitter après la reconnaissance de la Rasd en tant que membre de l’organisation panafricaine. Selon le président sénégalais Macky Sall et le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek, cités hier par les agences de presse, 39 chefs d’Etat (sur 54 pays) se sont prononcés pour le retour du royaume chérifien au sein de l’UA.

Depuis, hier donc, et en remplacement du chef de l’Etat tchadien Idriss Déby Itno, c’est le président de la République de Guinée, Alpha Condé, qui a en charge pendant un mandat d’un an la présidence tournante de l’UA. Le président guinéen aura pour mission de conduire la réforme des institutions de l’UA afin de «redynamiser l’action de l’organisation et lui permettre de faire face aux mutations que connaissent le continent et le monde ». Le nouveau président de l’UA a plaidé pour l’amélioration des conditions de vie des populations, se félicitant du fait que l’Afrique demeure l’«l’un des continents les plus dynamiques » avec un taux de croissance annuel de l’ordre de 5% du PIB. Au même moment, le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika a été élu vice-président de l’UA pour un mandat d’une année. Le Sommet a également élu trois vice-présidents, chacun représentant une région du continent, pour un mandat d’une année renouvelable.
Pour la Commission, bras exécutif de l’Union panafricaine et dirigée avec panache par la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma depuis 2013, sa charge revient désormais au Tchadien Faki Mahamat.
Le nouveau président de la Commission était en compétition avec quatre autres candidats : les ministres des Affaires étrangères du Kenya, Amina Mohamed, du Botswana Pelonomi Venson-Moitoi, de la Guinée Equatoriale, Agapito Mba Mokuy, et du diplomate sénégalais, Abdoulaye Bathily. M. Mahamat devient ainsi la 5e personnalité élue à ce poste après l’Ivoirien Amara Essy (2002-2003), le Malien Alpha Oumar Konaré (2003-2008), le Gabonais Jean Ping (2008-2012) et enfin Nkosazana Dlamini zuma (2012-2017).
Nouvelle donne
Son arrivée coïncide désormais avec celle du Maroc dans le giron panafricain et la perspective d’un affrontement politique et diplomatique sans précédent entre le Royaume et la Rasd qui réclame l’indépendance du Sahara occidental et les camps qui leur sont respectivement favorables si l’on sait que, dans la charte fondatrice de l’Union Africaine, la question de la
décolonisation n’est pas sujette à la négociation. Le président de la Rasd a d’ailleurs donné le ton hier à ce sujet en déclarant à Addis-Abeba que « le moment est venu pour organiser le référendum d’autodétermination au Sahara occidental».
A l’issue d’un entretien avec le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres, à Addis-Abeba en marge des travaux du sommet, le président sahraoui a rappelé que la Mission onusienne pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso) « oit être en mesure de mener à bien sa mission pour laquelle elle a été mise en place il y a 26 ans et dont elle porte le nom, afin de permettre au peuple sahraoui de s’exprimer librement sur son avenir ». Le président sahraoui, également secrétaire général du Front Polisario, qui semble déjà se placer dans l’après adhésion du Maroc à l’UA, a dénoncé « la persistance des violations marocaines des droits de l’homme dans les parties occupées du Sahara occidental», appelant l’ONU à agir face à cette situation «inacceptable ».

Vendredi dernier, le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould
Salek, a affirmé que ce Sommet mettra le Maroc face à ses responsabilités historique et juridique car étant une force qui occupe illégalement un pays membre de l’organisation panafricaine, rappelant qu’il était le seul pays d’Afrique qui ne respecte pas ses frontières reconnues à l’échelle internationale.
Lors d’une conférence de presse au siège de l’Union africaine (UA), M. Ould Salek a évoqué la demande d’adhésion du Maroc à l’UA, relevant que celle-ci exigeait un traitement spécial par l’organisation dans le sens où le Maroc «n’était pas un pays comme les autres mais un pays qui occupe un autre Etat africain, membre de l’organisation, donc un pays colonisateur avec un régime identique au régime abject de l’Apartheid ».
Pour rappel, le roi du Maroc a dû suivre les travaux du Sommet depuis sa chambre d’hôtel, selon une source sahraouie à Addis-Abeba. Les pays membres ont interrogé le bureau sur sept points issus de l’Acte constitutif de l’UA : ils portaient principalement sur « l’article 3, les objectifs, b.; défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de ses Etats membres ; et sur l’article 4, les principes, a. égalité souveraine et interdépendance de tous les Etats membres de l’Union ; b. respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance ».