Jeudi 22 juillet, le président de la commission de l’Union Africaine (UA), Moussa Faki, recevait les lettres de créance de l’ambassadeur d’Israël à Addis-Abeba Aleli Admasu en tant que représentant d’un pays membre observateur à l’UA. Pour l’Algérie, il s’est agi d’une décision «prise sans le bénéfice de larges consultations préalables avec tous les Etats membres». Pour l’Afrique du Sud, qui s’est exprimée hier sur le sujet par la voix de sa diplomatie, c’est une décision «choquante». Pretoria demande au président de la Commission de l’UA de s’expliquer sur une décision unilatérale et «sans consultations». Elle appelle à la tenue d’un sommet de chefs d’Etat et de gouvernement pour statuer sur une affaire, dont les premières conséquences sont de déstabiliser une organisation panafricaine en mal de cohésion et qui risque de connaitre de nombreuses divergences internes, selon les enjeux et les intérêts des uns et des autres membres.

Par Lyes Sakhi
Dans un communiqué, le 22 juillet, le ministre israélien des affaires étrangères, Yaïr Lapid, s’est félicité d’un «jour de fête pour les relations israélo-africaines». «Cet exploit diplomatique est le résultat des efforts du ministère des Affaires étrangères, de la division africaine et des ambassades israéliennes sur le continent. Cela corrige une anomalie qui a perduré pendant près de deux décennies et représente une partie importante du renforcement des relations extérieures d’Israël», a-t-il affirmé.
Israël entretient des relations avec 46 pays africains «et a des partenariats de grande ampleur et des coopérations dans de nombreux domaines, y compris le commerce et l’aide, selon le texte de la charte de membre observateur que le diplomate israélien a remis à Moussa Faki.
En vérité, l’Etat hébreu ne possède qu’une dizaine d’ambassades dans le continent africain, dont deux ouvertes récemment au Rwanda et au Ghana. Mais son acceptation en tant que membre observateur de l’UA lui permet d’avoir à Addis-Abeba de puissants relais et de contacts avec les autres pays du continent, ce qui ne manquera pas de susciter des développements nouveaux.
Le président de la commission de l’UA a, à ce sujet pris la précaution d’affirmer que l’UA n’a pas changé d’orientation sur le dossier palestinien et qu’elle «a été très claire sur sa position selon laquelle, dans la question de la Palestine et d’Israël, une solution à deux Etats est nécessaire à une coexistence pacifique». Mais il semble que ce ménagement n’a pas convaincu l’Afrique du Sud, un poids lourd du continent, outré par la nouvelle donne.
Hier, mercredi, le gouvernement sud-africain s’est dit en effet «consterné» par cette décision de la Commission de l’UA, déclarant qu’il allait s’opposer à cette décision «injuste et injustifiée».
Selon ce gouvernement, «la Commission de l’Union africaine a pris cette décision unilatéralement sans consultations avec ses membres». «La décision d’accorder à Israël le statut d’observateur est même plus choquant durant l’année où le peuple opprimé de Palestine a été pourchassé par des bombardements destructeurs et la poursuite des colonies illégales», a précisé le ministère sud-africain des affaires étrangères sud-africain dans un communiqué.
La diplomatie sud-africaine affirme que dans ce contexte la «décision de la Commission de l’UA est inexplicable». «Les actions injustes commises par Israël sont contraires à la lettre et à l’esprit de la Charte de l’Union africaine. L’UA incarne les aspirations de tous les Africains et reflète leur confiance qui peut guider le continent à travers l’expression pratique des objectifs de la Charte, en particulier sur les questions relatives à l’autodétermination et à la décolonisation», relève-t-elle.
Que va-t-il se passer dans les prochains jours ? Le gouvernement sud-africain a indiqué qu’il allait demander au président de la Commission de l’UA, Moussa Faki de faire un briefing à tous les Etats membres sur cette décision, espérant qu’elle soit discutée par le Conseil exécutif et la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement. «L’Afrique du Sud croit fermement que tant qu’Israël ne sera pas disposé à négocier une paix sans conditions préalables, il ne devrait pas avoir le statut d’observateur auprès de l’Union africaine», a-t-il souligné, ajoutant l’UA ne peut en aucun cas être partie à des plans et à des actions qui verraient l’Etat palestinien réduit en entités balkanisées dépourvues de véritable souveraineté, sans continuité territoriale et sans viabilité économique».
L’Afrique du Sud soutient la cause palestinienne avec des relations diplomatiques officielles établies en 1995, un an après la fin de l’apartheid. Elle a dégradé son ambassade en simple bureau de liaison à Tel Aviv en 2019. Mais, Israël qui avait le statut d’observateur au sein de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) jusqu’à sa transformation en Union africaine en 2002, garde des atouts et des appuis qui risquent d’entamer la cohésion déjà branlante entre les Etats membres et leur division sur de nombreux dossiers dont celui du Sahara occidental et de la Palestine.