Au dernier Sommet de Nouakchott, les pays de l’Union Africaine ont décidé de créer un observatoire africain des migrations. Passée inaperçue, face à d’autres résolutions comme celles relatives à la lutte contre la corruption et à l’accélération de la création de la zone économique de libre-échange, la décision de se doter d’un instrument d’observation du phénomène migratoire était attendue depuis longtemps.

Elle a pris forme le 11 mai dernier lorsque le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA avait adopté la proposition marocaine d’établir un observatoire africain des migrations. Son siège sera au Maroc mais sans précision sur la date de son installation.
La création d’un observatoire des migrations en Afrique par les Africains était devenue une urgence non pas seulement à cause des flux migratoires vers l’Europe et, accessoirement, vers d’autres régions du monde, comme le Moyen-Orient et l’Asie, mais en raison également des grands mouvements de déplacement à l’intérieur du continent. Les conflits et les crises ont amplifié le phénomène, le rendant sans comparaison avec la migration clandestine vers les côtes italiennes et espagnoles.
Le tout est de savoir maintenant si cet observatoire sera à la hauteur des missions qui l’attendent. «On parle beaucoup de la migration en Afrique, mais avec peu de connaissances.
On a peu de compréhension des tendances du phénomène migratoire. Et on n’a pas un cadre dans lequel on peut fédérer les stratégies nationales pour créer une vision continentale», a déploré le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, en marge du sommet de l’UA.
«L’Afrique est interpellée sur la question migratoire et elle doit faire son travail à temps pour pouvoir tenir un discours ferme, un discours clair vis-à-vis de ses partenaires, notamment l’Europe», a estimé le ministre.
Cet observatoire, dont le travail sera basé sur le triptyque «comprendre, anticiper et agir», aura pour mission de collecter les informations et de développer l’échange d’informations ainsi que la coordination entre les pays africains. Le Cameroun a salué cette initiative par la voix de son ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé de la coopération avec le monde islamique, Adoum Gargoum, et ce lors d’une réunion, tenue jeudi à Yaoundé, sur la réintégration de migrants rapatriés de Libye. La création de cet organe, rappelons-le, intervient un an après le scandale de l’esclavage vécu par d’innombrables migrants subsahariens de la part de réseaux de trafiquants en Libye. Après l’onde de choc provoquée par ce scandale, des opérations de rapatriement ont été organisées par les pays africains au profit de leurs ressortissants coincés dans l’enfer libyen. Le ministre camerounais a fait savoir que ces opérations ont permis de rapatrier plus de 2 000 migrants. S’exprimant le 5 juillet dernier sur le sujet des migrations, le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, a indiqué que le développement, l’emploi et l’intégration économique des jeunes sont les défis à relever.