Le sommet de l’Union Africaine s’ouvre demain dimanche avec, sur la table, plusieurs dossiers lourds à traiter et la promesse ratée de faire taire les armes en 2020. C’était en 2014, lors du cinquantenaire de l’organisation panafricaine. Les Etats membres s’étaient engagés à « mettre un terme à tous les conflits » dans le continent « d’ici 2020 ». Ce même thème revient cette année comme ligne directrice du sommet : « faire taire les armes ».

Selon le commissaire à la paix et à la sécurité jeudi dernier à la chaîne 3 de la radio nationale, des progrès ont été réalisés en Centrafrique et au Soudan notamment mais des foyers de crise importants demeurent dans d’autres régions comme au Cameroun, en Somalie, au Mozambique, au Soudan du Sud et, plus près de nous, au Mali et en Libye. Cependant, Smail Chergui, s’est montré inquiet de la situation, notamment au Sahel où on assiste à un regain d’activité terroriste et l’arrivée massive des djihadistes de Daech (organisation de l’Eta islamique), prolifération des armes, manipulation des violences intercommunautaires par les groupes armés : autant de défis auxquels la communauté internationale devrait s’attaquer « dans les mêmes termes et avec les mêmes moyens » que les autres défis globaux, a ajouté le commissaire africain dans une déclaration à l’APS. « On se pose la question pourquoi il y a une telle mobilisation en Irak et en Syrie et pourquoi pas la même mobilisation en Somalie et au Sahel, est ce qu’on pas la volonté d’en finir rapidement », a déclaré le commissaire à la paix et la sécurité de l’UA. M. Chergui a appelé à un sursaut de la Communauté internationale au Sahel similaire à celui qui a permis de vaincre Daech en Irak et en Syrie pour éliminer rapidement tous les groupes terroristes en Afrique.
Jeudi, face aux ministres africains des Affaires étrangères, le président de la Commission de l’UA Moussa Faki a fait le même constat, assurant que l’objectif manqué de 2020 – faire taire les armes- révélait « la complexité de la problématique sécuritaire en Afrique ». Estimant que « les armes sont de plus en plus bruyantes », Solomon Dersso, chef de l’organe de l’UA en charge des droits de l’Homme, a été plus loin dans un éditorial cette semaine dans le journal sud-africain Mail & Guardian : « Cela ressemble à un pied de nez au thème de l’année ».
Une situation à laquelle l’Afrique du Sud, qui succède à l’Egypte dans le cadre de la présidence tournante de l’UA, devra faire face, d’autant qu’il est attendu du président sud-africain Cyril Ramaphosa d’imprimer une nouvelle dynamique à l’organisation panafricaine, notamment en ce qui concerne les dossiers de sécurité et de paix. D’autant que la présidence de l’UA coïncide pour l’Afrique du Sud avec un siège temporaire au Conseil de sécurité de l’ONU, lui donnant la possibilité de faire entendre la voix du continent sur la scène mondiale.
 Dans un discours fin janvier, il a rappelé que les conflits « continuent de limiter » le développement de l’Afrique et qu’il va falloir mobiliser toutes les énergies pour les régler. Notamment en Libye dont la crise a montré les limites d’action et les divisions de l’UA En amont d’une conférence à Berlin en janvier, une porte-parole de M. Faki s’était plainte du fait que l’UA avait « systématiquement été ignorée » sur le dossier libyen, géré principalement par l’ONU.
L’autre conflit auquel M. Ramaphosa entend s’atteler est celui au Soudan du Sud.
Un accord de paix a été conclu en 2018, sous l’égide de l’organisation est-africaine Igad, mais la formation d’un gouvernement d’union nationale ne cesse d’être repoussée. Le week-end dernier, le président sud-soudanais Salva Kiir a rencontré M. Ramaphosa en Afrique du Sud alors que le vice-président sud-africain David Mabuza joue un rôle actif dans les négociations sur la formation du gouvernement. « C’est une opportunité pour M. Ramaphosa de démontrer son intérêt à s’atteler à ces questions, au-delà de la rhétorique de ses déclarations publiques », estime Piers Pigou, consultant pour l’Afrique australe pour le groupe de réflexion International Crisis Group.