L’Union africaine (UA) tient depuis hier, à Malabo, son
16e Sommet extraordinaire sur
le « terrorisme et les changements inconstitutionnels » de gouvernement en Afrique en présence d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement du continent africain.

PAR NAZIM BRAHIMI
Le sommet intervient dans un contexte qui ne permet point aux participaient de faire l’impasse sur deux questions cruciales, à savoir l’insécurité au Sahel et les coups d’état qui surviennent en Afrique.
Une réalité que le président de la Commission de l’UA a d’emblée mis en évidence dès l’ouverture du Sommet abrité par la capitale de la Guinée équatoriale. Moussa Faki Mahamat a en effet haussé le ton en clamant que l’Afrique « ne peut plus accepter les changements anticonstitutionnels sur le continent ».
Sur sa lancée, il dira que « le terrorisme et les changements anticonstitutionnels constituent deux défis majeurs qui freinent l’ambition de bâtir une Afrique nouvelle », qualifiant les modifications de constitutions de « coups d’État rampants », car ils bloquent toute possibilité d’alternance et peuvent donc déboucher sur des coups d’État militaires ou bien des révoltes ayant, dans certains cas, un soutien manifestement populaire.
Moussa Faki Mahamat a déploré dans ce sens une vérité selon laquelle « l’Afrique est sans doute le dernier continent au monde à vivre une telle intensité de terrorisme et où existent encore des changements anticonstitutionnels. Nous ne devons plus accepter cela », estimant que « les changements inconstitutionnels de gouvernement, fléau récent mais heureusement encore très localisé sur le continent, vient marquer un recul des processus démocratiques engagés dans de nombreux pays depuis une vingtaine d’années ».
En ce qui concerne la question du terrorisme, il s’agit selon l’UA, de « prévenir et combattre le terrorisme et l’extrémisme violent en Afrique, alerte précoce, action-réponse rapide, discuter de la relation tripartite entre paix, sécurité et développement, et examiner le rôle du secteur privé, de la société civile et des institutions religieuses, dans la lutte antiterroriste notamment ».
Alger propose de nouvelles pistes d’action
Dans ce registre relatif à la lutte contre le terrorisme, le président Tebboune, représenté par le ministre des Affaires étrangères, Ramatane Lamamra, et dans le cadre de l’exercice de son mandat en tant que leader de l’UA en matière de prévention et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, a soumis un rapport, qui vient d’être rendu public, sur l’évolution de la menace terroriste sur le continent et les perspectives de renforcement des réponses qui y sont apportées aux niveaux régional et international.
Ce rapport destiné à enrichir les délibérations des chefs d’Etat et de gouvernement lors du Sommet de Malabo, aborde l’état des lieux concernant la menace terroriste en Afrique et explique les facteurs ayant favorisé sa propagation à un rythme effréné dans toutes les régions du continent.
Il met notamment en évidence la nécessité de placer la question du terrorisme en tête des priorités de l’Afrique en matière de paix et de sécurité et propose, dans ce sillage, une série de mesures susceptibles de renforcer les capacités individuelles et collectives des pays africains, tout en mettant en exergue la responsabilité qui incombe à la communauté internationale appelée à soutenir davantage les efforts des pays africains.
A cet égard et se référant de l’expérience en matière de prévention et de lutte contre ce fléau, le Président Tebboune a mis l’accent sur « l’impératif pour les partenaires étrangers de se conformer à leurs obligations en vertu des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, en prêtant davantage assistance aux pays africains engagés dans la lutte contre le terrorisme, y compris à travers la localisation, l’identification et l’extradition des terroristes recherchés basés sur leurs territoires ».
Quant au niveau continental, le Président Tebboune revient dans son rapport sur l’importance de mettre en place rapidement une liste africaine des individus et entités terroristes, un mandat d’arrêt africain, ainsi qu’un Fonds spécial de l’UA pour la prévention et la lutte contre le terrorisme.
Il a appelé, dans ce sens, au renforcement des mécanismes et institutions déjà en place, à l’image du CAERT (Centre Africain d’Etudes et de Recherches sur le Terrorisme), d’AFRIPOL (Mécanisme africain de la Coopération Policière) et du CISSA (Comité des Services de Renseignement et de Sécurité en Afrique), afin de leur permettre de remplir leurs mandats en tant que composantes essentielles de la stratégie de l’UA de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.
Aggravation des crises humanitaires
Par ailleurs, le rendez-vous de Malabo a abordé la question du changement climatique, ses implications et ses enjeux. L’UA tente, dans ce registre, avec l’ONU, d’autres acteurs et des donateurs, de prévenir l’aggravation des crises humanitaires sur le continent, alimentées notamment par les changements climatiques et l’expansion des groupes jihadistes.
Le diplomate congolais Raouf Mazou, Haut commissaire assistant de l’agence onusienne pour les réfugiés (HCR), assure, depuis Malabo, que les catastrophes liées au climat ont considérablement aggravé ces dernières années des déplacements de populations pourtant déjà massifs dus aux violences et conflits. Et risquent d’attiser ces conflits dans une sorte de cycle infernal.
« L’Afrique connaît actuellement à la fois des catastrophes naturelles et des conflits qui provoquent des déplacements d’une ampleur sans précédent. En 2021, selon un rapport de l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), 22,3 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de leur pays à cause des catastrophes liées au climat, dans le monde, contre 14,4 millions déracinées par les conflits et la violence », a fait savoir Raouf Mazou.
Pour ce dernier, « les inondations et les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et intenses et touchent gravement des pays comme l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie et le Soudan du Sud. Les catastrophes liées au changement climatique risquent non seulement d’aggraver la pauvreté, la faim et l’accès aux ressources naturelles telles que l’eau, mais aussi d’accroître l’instabilité et la violence ». n