L’Algérie célèbre aujourd’hui la Journée internationale de la femme qui intervient dans un contexte national particulier, marqué par la récurrence des manifestations pour le changement, où la question de la place de la femme dans la société, dans l’espace public et dans la sphère politique est reposée plus que jamais, si bien qu’elle n’a jamais quitté les débats et les forums publics.

La célébration de cette année est à la fois un marqueur et un indicateur des luttes démocratiques en Algérie, en ce que la question relative aux droits des femmes et à sa liberté de se prendre en charge par elle-même, se trouve imbriquée et étroitement liée à celle de la quête d’un Etat de droit.
Il y a en effet juste une année, le 8 mars 2019, la célébration de cette date symbolique avait donné plus de densité, d’épaisseur, de gaieté aux manifestations de la rue soulevée contre le projet d’un cinquième mandat pour l’ancien Président. Enclenché quinze jours plus tôt, le 22 février, le mouvement a atteint en effet en ce jour du 8 mars 2019 son apogée en termes de mobilisation sonnant une dynamique populaire inédite qui ne s’estompe pas une année plus tard. Cette mobilisation avait sonné également le retour d’une question restée pendante pour s’inviter, cependant, dans un contexte nouveau qui a vu des pans entiers de la société exprimer un désir de changement, une envie de liberté et une exigence d’égalité des genres.
Nul doute que les batailles pour les droits de la femme sont indissociables des luttes démocratiques. Force est de constater cependant que des mesures électoralistes, voire populistes, risquent de passer pour des acquis du combat féministe alors qu’il s’agissait plutôt de vraies fausses victoires.
C’est le cas de la loi organique du 12 janvier 2012 adoptée en application de l’article 31 bis de la Constitution, telle qu’amendée en 2008, selon laquelle «l’Etat œuvre à la promotion des droits politiques de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élues». Il s’agit d’une reconnaissance constitutionnelle qui consacre le renforcement de la participation des femmes aux assemblées élues et contribue à la promotion de l’égalité entre les sexes. Cette loi-parité a donné lieu à une présence jamais connue de la gente féminine dans l’APN qui a compté 147 députées pour la mandature 2012-2017, soit une moyenne de 31,6 %, alors qu’il n’était que de 7,7 %. Mais ce nombre baissera à 118 pour la mandature en cours (2017-2022). «Pour beaucoup, la loi sur les quotas s’est transformée au fil du temps en contrainte pour certaines formations politiques qui se voient tenues de présenter des femmes sur leurs listes sans que cela ne traduise une conviction profonde, souligne Nourredine Bessadi, enseignant-chercheur à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.
Ce dernier note que «la place de la femme au sein de l’APN est ainsi souvent perçue comme étant un remplissage», relevant que dans le discours officiel de l’Etat algérien, l’émancipation des femmes serait le corollaire du développement économique conduit par l’Etat. Or, ce discours a, dès le début, été confronté à des discours politiques d’exclusion des femmes s’appuyant sur des références religieuses et patriarcales». Pour Belkacem Benzenine, chercheur au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Oran) et auteur d’études sur la place des femmes dans la vie politique dans les pays arabes, «le renforcement de la représentation des femmes dans les assemblées élues est considéré comme une évolution démocratique, mais une évolution qui s’impose selon la logique, la stratégie et les objectifs propres au pouvoir».
Sans aucune concertation avec les mouvements féminins et féministes ni avec les partis politiques, le gouvernement a présenté son projet de loi comme relevant de ses attributs constitutionnels, et émanant de la volonté de réforme menée par l’ancien chef de l’Etat.
En porte-à-faux avec cette loi organique, la cheffe du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, avait estimé, à juste titre, que «le système du quota de femmes aux assemblées élues peut entraîner des dérives et ne sert pas les intérêts de la femme, qui a arraché ses droits par les armes durant sa participation à la Révolution». Elle avait qualifié cet arsenal «d’escroquerie politique, de scandale et de mascarade».

Les lois évoluent, les mentalités ne suivent pas
Nul doute que le droit et le respect des lois n’ont pas la place qui devrait être la leur. Il ne faut pas perdre de vue cependant que les choses ont évolué positivement pour les femmes sur le plan juridique. Mais cette évolution dans la réglementation demeure «bloquée» par des mentalités et des attitudes sociales empêchant une avancée réelle sur ce registre.
En effet, c’est à partir de 2005 que de nouvelles lois ont été promulguées permettant une protection contre les violences physiques et psychologiques. C’est dans cette finalité qu’a été promulguée la loi n°15/19 du 30 décembre 2015 qui criminalise la violence conjugale, le harcèlement de rue, le vol entre époux et la dépossession des biens de la femme par l’époux.
Agresser son conjoint ou son ancien conjoint est passible d’une peine allant jusqu’à vingt ans de prison, en fonction des blessures de la victime, et si de l’agression résulte la mort de la victime, son auteur encourt la prison à perpétuité. Les amendements criminalisent également le harcèlement sexuel dans les lieux publics. Sauf que ce cadre juridique qui promeut les droits des femmes bute sur des mentalités réfractaires à l’idée du progrès.
Selon l’Arab Barometer (enquête non partisane dirigée dans le Monde arabe mesurant les attitudes des citoyens sur la démocratie et la gouvernance, l’économie, la société civile…) l’appréciation des Algériens sur certaines questions sociales et religieuses atteste d’un conservatisme ambiant. L’enquête conclut qu’en 2017 un plus grand nombre d’Algériens considère que «l’enseignement universitaire est plus important pour les garçons que pour les filles et que les femmes mariées ne devraient pas travailler à l’extérieur de la maison».<