Par Sihem Bounabi
Une semaine après l’agression violente d’une pharmacienne à Ouneza, dans la wilaya de Tébessa, l’auteur des faits est toujours en fuite et la Direction de la santé publique (DSP) de la wilaya s’emmure dans le silence face à cette affaire.
Pour rappel, il y a une semaine, un délinquant connu dans le trafic de psychotropes, s’est présenté dans une pharmacie d’Ouenza à Tébessa pour réclamer des psychotropes avec une fausse ordonnance. Suite au refus de la pharmacienne de le servir, il est allé chercher un bidon d’essence et a aspergé la devanture et le comptoir de la pharmacie avant d’y mettre le feu. Dès le lendemain de cette agression, le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) a condamné fermement cet acte ignoble et exprimé sa solidarité avec la pharmacienne.
Hier, le Snapo a apporté plus de détails sur cette affaire, en affirmant que les choses auraient pu être beaucoup plus dramatiques, car «deux employées, dont l’une enceinte, sont restées coincées à l’intérieur de l’officine après le déclenchement de l’incendie. Elles n’ont pu en sortir qu’après l’intervention des agents de la Protection civile». Il est également précisé que «la pharmacienne enceinte a été hospitalisée après la brûlure de ses membres inférieurs et a bénéficié d’un arrêt de travail de 15 jours ». Quant aux deux employées sauvées in extremis de l’incendie qui a ravagé la pharmacie, les agents de la Protection civile leur ont apporté les premiers secours car elles suffoquaient à cause de la fumée de l’incendie. L’officine est à ce jour fermée après avoir subi des dégâts matériels importants. Les ordinateurs, tout le stock de la parapharmacie, une importante quantité des médicaments, et les murs ont également brûlé.
Selon le Snapo, l’auteur des faits, connu pour le commerce de psychotropes, est sorti de prison il y a juste un mois. Il a passé ses jours depuis sa libération à faire le tour des pharmacies de Ouenza pour essayer de se procurer illégalement des psychotropes.
La pharmacienne a déposé le P-V d’intervention de la Protection civile et le congé de maladie de 15 jours au niveau de la DSP, mais aucune réaction à ce jour, dénonce le Snapo. Son président, Messaoud Belmabri, explique que « le dépôt de l’arrêt de travail de 15 jours c’est par rapport la gravité des blessures », Ajoutant que « ce qui nous désole c’est cette indifférence et ce mutisme de l’administration sanitaire ». Le Snapo dénonce également que «malheureusement, et jusqu’à aujourd’hui, aucun geste, aucune réaction ni condamnation de cet acte, n’est venu de la part de nos responsables du secteur de la santé. C’est à croire que la vie d’un professionnel de la santé exerçant au service des citoyens n’a aucune valeur». Messsaoud Belabri déclare aussi : « Ce qu’on attendait de la DSP est qu’elle se manifeste à titre de solidarité ne serait-ce que par un communiqué pour condamner cet acte. Ils ne se sont même pas déplacés sur les lieux pour s’entretenir avec la pharmacienne et son personnel et constater les dégâts. C’est une indifférence totale, à la limite du mépris. »
Le président du Snapo précise : « On n’attend pas de l’argent pour la réparation des dégâts causés par l’incendie, on attend un geste humain qui montre que l’administration sanitaire s’intéresse aux conditions d’exercice des professionnels et qu’elle condamne l’acte commis contre l’un d’eux. Malheureusement, la DSP s’emmure dans une indifférence, ce qui est incompréhensible pour nous.»
Quant à l’auteur de cet acte de violence qui a failli coûter la vie à trois personnes, et qui est toujours en fuite, le président du Snapo nous confie : « Nous espérons qu’il sera appréhendé le plus rapidement possible et que l’affaire puisse suivre son cours en justice pour la condamnation d’un tel acte. »
Il nous annonce également qu’une réunion du Bureau national du Snapo est prévue, notamment pour aborder la question de la vente de psychotropes et l’urgence que le ministère de la Santé emboîte le pas au ministère de l’Industrie pharmaceutique, notamment pour la publication de la liste des psychotropes assimilés, ainsi que l’accélération de l’élaboration des articles de loi du nouveau décret qui a été publié le 16 mai dernier dans le Journal Officiel.